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L’art du « FAURisme », c’est dire des choses qu’on sait soi-même fausses, des choses aux antipodes de la réalité, mais en ayant l’air convaincu que les gens les croient. Kodjo Adedze semble avoir bien assimilé cette philosophie dont le chef de file n’est que Faure Gnassingbé. Interpellé à l’Assemblée nationale le 31 décembre 2025, dans le cadre d’une question d’actualité consacrée au stress hydrique dans certaines localités du Togo, Kodjo Adédzé a attribué les difficultés d’approvisionnement en eau dans la région des Savanes aux effets du changement climatique et à la baisse du débit de la rivière Oti.
Des déclarations vivement contestées sur le terrain, où acteurs locaux et populations pointent plutôt la vétusté des infrastructures comme principale cause de la crise.
La réponse du ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Sévon-Tépé Adédzé, lors de cette interpellation par la représentation nationale sur les difficultés d’approvisionnement en eau potable dans les régions des Savanes et de la Kara, suscite indignation et incompréhension dans la région des Savanes.
En imputant la situation aux effets du changement climatique sur l’hydrologie de la rivière Oti — notamment pour le cas de la ville de Mango — ainsi qu’à l’insuffisance des systèmes de forages existants, le ministre a livré une explication que beaucoup qualifient de théâtrale, tant elle paraît éloignée de la réalité vécue sur le terrain.
Selon le ministre, « les difficultés d’approvisionnement en eau découlent des effets du changement climatique sur l’hydrologie de la rivière Oti, exacerbés par la sécheresse, ainsi que de la capacité insuffisante des systèmes de forages existants ». Si cette déclaration peut sembler techniquement recevable à première vue, elle ne résiste guère à l’épreuve des faits.
« Ma maison est située à proximité immédiate de la rivière. Le niveau de l’eau est loin d’avoir baissé, sauf si le ministre parle d’une autre Oti que celle que nous connaissons », témoigne Alimi, habitant de Mango.
Une
source locale s’interroge également : « Des travaux d’alimentation en eau potable de la ville de Mandouri sont actuellement en cours dans le cadre du PND Eau, avec une prise d’eau prévue sur la rivière Kpendjal, prolongement naturel de l’Oti. Comment un tel projet peut-il être engagé si la rivière ne dispose plus de ressources suffisantes ? ».Dapaong : des infrastructures à bout de souffle
Dans le cas de la ville de Dapaong, le véritable nœud du problème est pourtant connu des acteurs locaux, des techniciens et même de certaines autorités. Il s’agit de la vétusté avancée des infrastructures de production d’eau potable, combinée à l’inadaptation du système de stockage.
Selon des sources proches de la Togolaise des Eaux (TdE), les installations de l’Unité de Traitement d’Eau Potable (UTEP) du lac artificiel de la Kumfab sont dans un état de dégradation alarmant. Les pompes chargées de refouler l’eau vers les réservoirs de la ville n’ont jamais été remplacées depuis près d’un quart de siècle.
La TdE se contente de réparations ponctuelles, sans jamais engager un renouvellement en profondeur des équipements. Avec le temps, les pannes se multiplient, la pression chute de manière chronique et le réseau de distribution devient incapable de répondre à la demande.
Ce constat, qualifié de secret de Polichinelle par de nombreux observateurs, est pourtant rarement assumé officiellement par les autorités centrales. La sortie du ministre Adédzé à l’Assemblée nationale vient ainsi raviver le fossé entre le discours officiel et la réalité du terrain.
Pendant que les membres du gouvernement multiplient les déclarations de façade, les populations de la région des Savanes, déjà éprouvées par l’insécurité et la pauvreté, réclament des diagnostics honnêtes, des choix techniques assumés et des investissements durables dans les infrastructures hydrauliques.
À force de travestir la réalité, le risque est grand de voir s’installer une défiance durable envers les autorités, pendant que l’eau, elle, continue de manquer.
François Bangane
Source: lalternative.info