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L’église catholique du Togo, notamment ses dignitaires ont été de tout temps, à tort ou à raison, accusés d’apporter leur caution morale à la dynastie familiale en place depuis un demi-siècle. Leur curieux silence devant des événements ou des moments de tensions dans la vie politique togolaise ont toujours amené de l’eau au moulin de leurs détracteurs. Si par moments ils lancent des interpellations à l’endroit de la classe politique et du peuple togolais, les dignitaires de l’église catholique s’illustrent néanmoins dans des actes et/ou propos qui relèvent leurs hypocrisie et double langage. Au demeurant, ce sont les pauvres populations parmi lesquelles leurs fidèles, qui devront chercher leur secours ailleurs.
 
Dénis Amuzu-Dzakpah louange Faure Gnassingbé
 
Le « griotisme » politique, on en a connu au Togo, avec des militants du parti au pouvoir, le RPT/UNIR qui, à longueur de discours, louangeaient le père, puis le fils. Avec l’intention de séduire l’intéressé, pour une suite favorable. Mais des hommes de Dieu qui versent dans cette pratique, ce n’est pas commun. C’est malheureusement la prestation qu’a offerte le 19 octobre dernier Mgr Dénis Amuzu-Dzakpah.
 
« Deux mots très brefs, mais qui vont loin, lorsqu’on s’y engage véritablement : oui et merci (…) », a relevé le grand patron de l’église au Togo, dans son homélie à la Paroisse universitaire Saint-Jean Apôtre de Lomé, lors de la messe d’action de grâce commandée par le gouvernement. Il s’est agi de remercier Dieu pour la réussite du sommet sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en Afrique qui s’est tenu à Lomé du 10 au 15 octobre dernier et dont les travaux ont abouti à l’adoption et à la signature d’une charte. « Pareille charte est, à n’en point douter, destinée à garantir la souveraineté de l’Afrique sur ses eaux territoriales, ses océans et ses mers. La meilleure façon de remercier Dieu, c’est de participer à la messe. Et après Dieu qui a bien joué sa partition, force nous est de féliciter comme il se doit les acteurs et les actrices de ce sommet historique tenu à Lomé la capitale du Togo. A tout Seigneur, tout honneur. Il convient au plus haut point de rendre ici un vibrant hommage au président de la République togolaise, celui qui a eu la claire vision de cet important sommet historique et pris courageusement la décision d’y inviter ses pairs des cinquante trois (53) autres pays de notre continent africain… », a-t-il chanté devant Faure Gnassingbé en personne qui assistait à la messe. Des propos qui doivent lui aller tout droit au cœur, surtout lorsqu’on considère l’investissement en terme d’énergie du prélat. C’est un griot du pouvoir que l’on a entendu, prestant à gorge déployée, manquant juste de chanter des cantiques de gloire à son honneur.
 
Le deux poids deux mesures de l’église catholique
 
Les Togolais avaient déjà l’impression (légitime) d’avoir un clergé catholique qui a pris le parti des oppresseurs du peuple. Pendant que les populations parmi lesquelles de nombreux fidèles sont en situation, l’église catholique qui est censée être un refuge pour les âmes qui désespèrent, un objecteur de conscience, fait l’effort de garder le silence sur leurs souffrances. Mais elle n’hésite pas à répondre aux sollicitations du régime clanique en place lorsqu’elle est requise. Quand ce sont l’opposition et/ou des citoyens qui veulent mener des actions patriotiques, les dignitaires de l’église trouvent des arguments pour refuser de les assister.
 
Beaucoup de Togolais devraient tiquer, en apprenant que les responsables de l’église ont accepté officier la messe d’action de grâce du gouvernement, d’autant plus qu’ils avaient refusé la semaine précédente seulement d’assister les responsables du Combat pour l’alternance politique en 2015 (CAP 2015) et un regroupement d’organisations de la société civile. Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson et les siens avaient voulu tenir leur colloque sur la problématique de l’alternance politique en Afrique les 10 et 11 octobre derniers à l’Agora Senghor. Mais ils se sont vu refuser l’accès au lieu par ses responsables; ce qui explique la délocalisation de la rencontre à la salle Back-up à Nyékonakpoè. Même traitement pour le regroupement d’associations de la société civile qui a initié, les mercredi 12 et jeudi 13 octobre, les universités sociales qui se veulent un forum pour mettre en commun les énergies et lutter contre les injustices sociales. La justice sociale figure pourtant en bonne place dans les doctrines de l’église et ses dignitaires ne cessent de la crier à chaque fois que l’occasion leur est donnée. Mais ils ont refusé l’accès aux locaux à ces organisations.
 
Le plus cocasse, aucune raison tenable n’a été avancée pour justifier ces refus. Mais on apprendra plus tard qu’il s’agit des consignes données par le pouvoir pour entraver la tenue de ces assises plus consacrées aux réels problèmes des populations. Faut-il le rappeler, pour empêcher le CAP 2015 de réussir son initiative, le régime a menacé deux des communicateurs étrangers invités, Albert Bourgi et Francis Kpatindé, qui ont alors renoncé à rallier Lomé.
 
De l’utilité sociale du sommet et du sérieux du message pastoral des évêques
 
Le dévouement avec lequel Mgr Dénis Adzakpa-Dzakpah a presté mérite d’être mis en exergue. Tel un Balla Fasséké (griot), il a vraiment mis du sien et exalté les mérites de la charte. A l’en croire, elle est censée mettre en commun les actions du continent pour lutter contre le fléau de la piraterie maritime et rasséréner les eaux territoriales de l’Afrique. C’est un défi qui ne manque pas de légitimité. Mais comparée aux urgences sociales abandonnées, l’organisation de ce sommet mérite bien d’être reléguée au dernier plan. Et pour une initiative à laquelle les populations sont légitimement restées indifférentes, on peut s’étonner que le dignitaire suprême de l’église catholique s’extasie tant. D’ailleurs le peuple constitué de ses fidèles risque de payer cette organisation d’un événement aussi budgétivore, avec le sacrifice fait par le pouvoir pour financer le sommet. Le régime a dû racler dans les caisses de l’Etat, mis à contribution les régies financières. Il est évident que l’après-sommet risque dure sur le plan économique pour le gouvernement. Les retombées sociales de ce sommet sont même difficilement identifiables. On peut donc s’étonner de cette jubilation de l’homme de Dieu.
 
Devant l’attitude des « seigneurs » du clergé catholique togolais caractérisé par l’hypocrisie, la duplicité, le parti pris ostentatoire pour les oppresseurs du peuple, on en vient à s’interroger sur le sérieux même de la congrégation et de ses responsables, bien que certains évêques osent s’affranchir un tout petit peu de la position collégiale et prennent des libertés. Au-delà de la question du sommet et de la charte qui en a résulté, il est permis de douter du sérieux du message pastoral adressé par les prélats du Togo au peuple togolais, à l’occasion du 27 avril 2016.
 
En effet dans une adresse au peuple togolais à l’occasion de cette célébration, les évêques du Togo ont interpellé aussi bien les gouvernants que l’opposition, la société civile, les citoyens. Ils n’ont pas occulté leur rôle à eux dans la société. Devoir de vérité, justice judiciaire, justice sociale, prise de responsabilités, répartition équitable des richesses…voilà autant de vertus que les prélats avaient chantées. Ils avaient interpellé les gouvernants sur la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’APG, appelé les citoyens à lutter contre la nationalisation de l’indifférence…Ce message était interprété à l’époque comme un appel patriotique et osé des évêques à qui des fleurs ont été jetées. Mais comment comprendre alors que les responsables de l’église refusent à des citoyens qui décident de réfléchir sur le destin commun, l’accès aux locaux de la Paroisse Saint-Jean Apôtre ? De là à croire que l’église au Togo est dans des deals obscurs avec le pouvoir dont les retombées sont des espèces sonnantes et trébuchantes et bien d’autres avantages, le pas est vite franchi…
 
Au demeurant, les Togolais perdraient beaucoup à attendre des dignitaires de l’église catholique et des hommes de Dieu en général quelqu’accompagnement moral que ce soit dans leur lutte contre leurs oppresseurs. C’est bien dommage, lorsqu’on voit la partition que joue le clergé dans d’autres pays, à l’instar du Congo Brazzaville ou encore du Cameroun où les évêques n’hésitent pas prendre clairement fait et cause pour le peuple et à même l’appeler à la désobéissance civile contre le pouvoir en place. C’est un tout autre son de cloche dans notre pays. Ici, c’est Togo, et chacun lutte pour ses intérêts personnels…
 
Source : Tino Kossi, Liberté
 

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