Mehenou_Amouzou


Par Dr. Mehenou Amouzou
 
L’Afrique souffre de problème d’identité très grave. Si on le comparait à l’Asie, ce continent a nettement moins progressé. rappelons que la Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Singapour ne vivaient que du tourisme dans les années 60. Aujourd’hui, ils sont très avancés technologiquement et leurs banques sont plus solides que les banques américaines et européennes qui sont d’ailleurs au bord de la faillite. La Malaisie qui visait le niveau de l’Afrique occidentale dans les années 60 a, quant à elle, apprit la culture de la palmeraie et aujourd’hui, son niveau d’industrialisation est une leçon que beaucoup de pays africains doivent réapprendre. En 1960, 1970 et 1980 le monde occidental (Europe et États-Unis) détenait et/ou contrôlait 80% du pouvoir économique et financier mondial. Cette hégémonie avait pour conséquence le détournement des richesses des pays en voie de développement vers les pays développés. Les pays qui étaient considérés comme en voie de développement sont entrain de renverser la tendance de supériorité; de 80% pour l’Occident et 20% pour le reste des pays en développement, on passe à 55% pour les Occidentaux et 45% pour les autres. Et ce taux va encore évoluer dans les 10 ou 15 prochaines années selon la Banque Mondiale et sera de 35% pour les occidentaux et 65% pour les autres.
 
Les pays considérés comme étant pauvres ou en voie de développement en 1960, 1970 et 1980 sont en ce 21ème siècle des pays développés avec un futur économique très prometteur. Tel est le cas par exemple de la Chine, de l’Inde, du Taïwan, de l’Afrique du Sud, de la Corée du Sud, du Singapour, de la Russie, de la Malaisie etc. Parmi le lot, l’Inde deviendra la puissance économique mondiale, surpassant les États-Unis, l’Allemagne, la Grande Bretagne, la France, etc. Le pouvoir économique mondial s’inversera donc, mais quelle sera la place de l’Afrique dans tout ce bouleversement?
 
L’Afrique, bien qu’étant un continent très riche en ressources naturelles et humaines, n’a pas su redresser la barre économique, technologique et militaire. Comme nous l’avions mentionné dans plusieurs de nos articles tout en soulignant l’urgence de la situation, certains pays africains continuent toujours à déléguer leur présidence après les indépendances. Les dirigeant africains ont continué à défendre et à protéger les privilèges et les intérêts des anciens états colonisateurs, et ce, au dépend des intérêts nationaux. Ces dirigeants africains, sans aucune vision pour l’avenir, bloquent le développement de leurs pays qu’ils entraînent dans le chaos. Plus de cinquante cinq (55) ans après les indépendances, la majorité des dirigeants africains n’éprouvent pas de honte à diriger des pays qui sont incapables de fabriquer un simple vélo. Ils sont incapables de réduire le taux d’importation des produits de base et curieusement, ils parlent d’émergence. À côté, les autres pays qui étaient considérés comme en voie de développement ont depuis longtemps renversé la tendance et sont à présent de grands pôles économiques.
 
Dès lors, on peut se demander à quel niveau sera l’Afrique dans 10 ou 15 ans si aujourd’hui encore, l’électrification, l’accès à l’eau, l’éducation, la santé, les routes, etc. sont considérés comme un luxe réservé à une petite frange de la population qui représente 0,025%. Cette question reste entière d’autant que cette minorité est solidifiée par une corruption très active qui a installé un désordre total dans les secteurs économique, social et politique. Le gain facile et la corruption sont devenus les discours que les hommes politiques prônent en vantant l’illusion politique et économique qu’est l’émergence. Pendant combien de temps encore l’Afrique va-t-elle servir de terrain de rattrapage économique, militaire, politique ou ethnique?
 
L’Afrique peut-elle émerger en gardant la même approche de gouvernance qui n’a produit aucun résultat pendant ces cinquante dernières années?
 
La première réponse qui vient à cette question est <<définitivement non>>. Pourquoi l’état de développement dans les pays francophones n’a toujours pas évolué, pourquoi leur avenir devient de plus en plus sombre et incertain? Pour répondre à cette question complexe, nous allons essayer de soulever certains points que nous trouvons importants pour nous éclairer sur le chemin de l’émergence. Il s’agira du Franc CFA, la santé des africains, le Togo et la Côte d’Ivoire.
 
La monnaie CFA
 
Il y a eu des livres, des articles et débats sur ce sujet qui ont tous conclu que la monnaie, le FCFA constitue à elle seule 60% des handicap qui freinent complètement le développement de ces quatorze pays au profit de l’ancienne puissance coloniale qu’est la France. Évidemment les 40% des causes restantes proviennent des dirigeants de ces pays, eux même. Il y a quelques années, aucun dirigeant africain n’a pu réagir face à la dénonciation de l’expropriation de ressources et de capitaux par la France de Monsieur Jacques Chirac. Il n’y a rien d’étonnant à cela. La France s’est toujours enrichie directement à partir de ses anciennes colonies et elle serait sous développée comme les pays du tiers monde sans cette manne.
 
Pourquoi ces présidents ne peuvent pas subvenir aux besoins de leurs populations? Bien que le gouvernement français rançonne 60% des ressources et revenus directs ou indirects des anciennes colonies, 40% reste tout de même entre les mains de ces chefs d’états qui ne sont pas élus par les peuples mais désignés par la France. Cette dernière s’assure ainsi le paiement des rançons et des avantages et en échange, les dirigeants peuvent tout se permettre: la corruption, le tribalisme, le népotisme, l’intimidation, l’arrestation arbitraire, le gaspillage des ressources, etc. Ce qui est surprenant, c’est que la France qui a inventé, encourage et parraine tout ce système est qu’en même membre-fondateur de la commission de droit de l’homme. C’est à se demander si le droit de l’homme est vraiment universel ou s’il s’agissait en réalité du droit d’intérêt, les deux n’étant pas conciliables.
 
Avoir sa monnaie est très importante mais il serait mieux de commencer à évaluer les ressources des pays. Suite à cela, la première étape du développement passera par la promotion de l’agriculture car elle est très importante pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et améliorer l’image du pays. La deuxième étape passe par la transformation de nos produits sur place et de l’exportation de ces produits finis. C’est l’industrialisation du pays qui commencera ainsi. Et cela n’a rien à voir avec le fait de construire quelques industries pour montrer que nous en avons sans aucune étude au préalable pour en déterminer des choix judicieux pour le long terme.
 
Après l’industrialisation du système agricole, le peuple n’attendra plus des aides alimentaires qui sont (soit dit en passant) très nocives pour la santé car la majorité des nourritures importées comme aides aux pays sous-développés ne sont que des nourritures organiques. Ce n’est qu’à partir de cet instant que la création de la monnaie entrera en jeu. Cela ne pourra être fait que dans cet ordre pour éviter que le pays ne soit économiquement, socialement puis politiquement déstabilisé. En Afrique, la majorité des opposants n’est pas mieux que les dirigeants des pays. Ils veulent, à leur tour, devenir dirigeants en prêtant allégeance à ces mêmes personnes qui ont le contrôle des ressources du pays et le peuple est pris en otage. L’esclavage moderne continue ainsi et les nouveaux maîtres esclaves sont nos propres frères africains.
 
Tout récemment, il y a eu une réunion avec les gouverneurs de la Banque centrale des États de Centrale et occidentale réunissant les ministres de l’économie et des finances de l’Afrique francophone. Cette réunion a été dirigée par le Gouverneur de la Banque française et le Ministre de l’économie française. A la fin de ce sommet, la même rhétorique: « le Franc CFA est bon pour vous ». Il faut leur reconnaître qu’ils protègent bien ce Franc. C’est comme une mère qui berce son enfant en lui chantant une berceuse mais ce n’est pas à la France de choisir la monnaie des pays africains à la place des africains. Aucun chef d’états africains n’aime discuter l’avenir de ce franc à l’exception du président tchadien. C’est un sujet qui reste tabou parce qu’ils craignent de se retrouver sur un fauteuil éjectable en ne servant plus la machine de propagande de l’occident.
 
La santé des Africains
 
La précarité dans le domaine de la santé en Afrique devient alarmante, triste et inhumaine. Beaucoup de patients se couchent à même le sol, et on décède de simple maux de tête ou de ventre sans compter les pénuries de médicaments qui arrivent très souvent. C’est à ce demander si les responsables de santé, les ministres savent réellement l’état des lieux de leurs services. Cela reste inhumain car eux mêmes n’hésitent pas à piocher dans les fonds de l’état pour aller se soigner ailleurs.
 
Au Cameroun et au Tchad, les analyses effectuées par des hôpitaux ou cliniques envoyées en France prennent 30 jours pour que les résultats reviennent à l’hôpital Tchadien et 60 jours pour les hôpitaux camerounais. Les autres pays n’ont pas ces privilèges. Soit cela n’existe pas, soit la durée est plus longue alors que la situation pourrait être vraiment urgente. Très souvent les patients décèdent avant que les résultats n’arrivent. L’émergence est-il possible dans ces conditions là ? Le cancer et d’autres maladies que l’on a l’habitude de dire européennes prennent racines maintenant dans le monde noir à cause de certains dirigeants peu soucieux de leurs populations. Grâce à des raisons énumérées plus haut et incapables de veiller à la santé et à l’approvisionnement en nourriture, ces pays tombent dans la disgrâce de l’assistanat. On parle d’émergence africaine alors que ces pays sont incapables de faire leurs propres analyses. Nous sommes incapables d’avoir la véracité sur ce qui est mis sur le papier concernant les produits reçus sous forme d’aide. Si le cancer et d’autres maladies que nous disons occidentales nous déciment aujourd’hui, c’est à cause de ce que nous consommons. L’émergence ne s’obtient pas d’un seul coup en claquant des doigts. C’est plutôt l’ensemble de progrès positifs effectués qui doivent permettre de changer le statut d’un peuple.
 
Le Togo
 
Situé en Afrique occidentale avec une superficie de 56666 km² pour une population de 7,500,000 habitants, ce pays est composé de durs travailleurs espérant une vie meilleurs pour leurs enfants au prix de leur propre vie. Le Togo a été considéré dans les années 70 comme la Suisse de l’Afrique grâce, entre autres, à ses Nanas Benz qui mobilisaient le commerce des pagnes à travers toute l’Afrique. En 1990, la compagnie de télévision CNN des États-Unis avait fait un reportage sur ces fameuses femmes et parlait de leur dynamique d’entrepreneuriat. Et pourtant, elles n’avaient pas fréquenté de grandes universités comme Harvard Yale, Sorbonne Stamford, etc… L’augmentation du prix du phosphate avait entraîné de grands travaux de l’état Togolais dont 15% présente un intérêt économique pour le pays. Les 85% de ces travaux sont quant à eux considérés comme des investissements négatifs dont on a commencé à voir les retombées quand survinrent la chute du court de phosphate. Avec ces investissements et les intérêts qui en découlent, le pays se retrouve à plat très vite et entre dans une phase de récession volontaire. Et pourtant cela pourrait être prévu mais ce qui faisait défaut est la gestion des ressources de l’état.
 
L’industrie textile de Datcha (ITT) au Togo
 
Selon le géographe Yves MARGUERATH en 1961, le gouvernement Togolais sollicita un groupe industriel allemand pour construire un complexe textile. Ce projet visait aussi bien la décentralisation que l’aménagement du territoire et l’industrialisation. L’investissement a été donc fait hors de la capitale. La Région des Plateaux, principale zone productrice de coton du pays a été choisie, bien que la route principale qui relie Lomé au nord du pays n’était pas goudronnée, mais elle longeait la principale voie ferrée du pays.
 
L’industrie textile de Datcha (ITT) est construite en 1964, et commença à fonctionner en 1966 avec un investissement de l’ordre de 3 milliard de FCFA en 1975. Cette usine maintenait des chiffres d’affaire avoisinant 3 à 4 milliard. Certains des produits étaient exportés vers l’Europe tandis que le reste circule dans toute l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale. L’effectif de cette usine atteignait 1500 personnes avec 30 cadres dont une moitié est allemande et l’autre togolaise. L’usine était florissante, c’était une belle réalisation qui tournait honorablement entre 70 à 80% de sa capacité de production.
 
Toujours selon le géographe de l’ORSTOM Mr Yves MARGUERATH, l’usine devait renouveler certains équipements et acheter certains produits. L’entreprise qui faisait 3 à 4 milliard de chiffre d’affaires était incapable de renouveler ses équipements de travail en 1980 et cessa d’être compétitive. Les dettes s’accumulèrent jusqu’à 7 milliard de FCFA. L’usine a tout simplement mis les clés sous la porte. Les cadres européens se retirèrent (pour ne pas dire s’enfuirent, fin 1980) et la dissolution de la société ITT SA fut proclamée en juin 1981.
 
Après le retrait et le départ des partenaires, l’usine fonctionnait toujours avec ses ouvriers et ses cadres togolais, sans aucun statut juridique. Le personnel abandonnait peu à peu. En 1982, il restait encore 920 ouvriers, 7 cadres togolais et un technicien français (indispensable), qui continuaient à faire tourner l’usine, avec les moyens de bord et d’énormes dettes.
 
La chute de cette industrie est due à un moment où le régime faisait le culte de personnalité. Dans toutes les préfectures du pays, des mouvements de soutien s’organisaient pour danser, chanter et faire des louanges. Le gouvernement habillait les danseurs de la tête aux pieds. Le Togo avait alors une population de 3 millions d’habitants et comptait à peu près 100,000 danseurs qui ne travaillaient plus pour la plupart et qui sont mis à disposition pour faire des louanges au gouvernement. L’habillement de ces 100,000, danseurs, liseurs de motions de soutiens est la principale cause de faillite de l’industrie textile de Datcha (ITT) qui faisait pourtant un chiffre d’affaires de 3 à 4 milliard FCFA. Comment a-t-elle sombré dans le déficit de 7 milliard FCFA malgré les diverses tentatives pour faire fonctionner l’entreprise. Malheureusement, ce système de gestion continue toujours et rend l’avenir de plus en plus incertain.
 
La Côte d’Ivoire
 
Ce fut la grande économie francophone de l’Afrique de l’ouest qui éblouit les autres pays de la sous région par son développement économique et par son efficacité de système de santé qui était au dessus de celui des autres pays. Les hôpitaux de la sous région recommandaient à leurs patients si les cas les dépassaient d’aller se faire soigner en côte d’Ivoire. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas parler de la Côte d’Ivoire avec fierté, sérénité et espoir sans être politicien ou faire du « griotisme politique ».
 
La Côte d’Ivoire, comme d’autres pays a commis des erreurs. Bien que celles-ci soient graves, on pouvait se ressaisir et les corriger et espérer des résultats positifs malgré quelque délais et des retomber économiques. Le gouvernement ivoirien avait détaillé le programme ambitieux qui ferait du pays le numéro un de l’Afrique actuelle. Ce programme devait permettre l’expansion de son développement accouplé du dynamisme de son système de santé efficace, de la création d’emplois, de la cohésion sociale, etc. En 2015, le gouvernement déclare un taux de croissance de 8% minimum par an et espère mieux en 2016. Le Plan National de développement 2012 à 2015 a été prolongé de 2016 à 2020, ce qui équivalait à 45 milliard d’Euro dans le but « d’accélérer la transformation structurelle de l’économie ivoirienne ».
 
Selon le journal hebdomadaire Jeune Afrique de Mai 2016, la Côte d’Ivoire est sur le chemin de l’émergence, de la hausse des investissements de la maîtrise de l’inflation, du déficit budgétaire et de l’endettement,… Bref, le pays fait des progrès spectaculaires. Vivement que ces progrès bénéficient à tous. Pendant que la Grande Chine perd ses étoiles dans les analyses des agences de notation, toujours selon l’hebdomadaire, « la Côte d’Ivoire améliore mois après mois sa position aux yeux de ces gardiens du risque-crédit. Car presque tous es signaux y sont dans le vert. ». Elle est estimée très heureuse dans un monde où la croissance est ralentie partout en Afrique. Le gouvernement ivoirien juge avoir dépassé le taux croissance de 10% en 2015 quand le FMI l’estime plutôt à 8,6% avec 10,7% en 2012, 9,2% en 2013 et 8,5% en 2014.
 
Le gouvernement ivoirien a mentionné aussi dans le journal Jeune Afrique que la société Fitch maintient la notation B à la Côte d’Ivoire en plus de l’inflation jugulée à un taux moyen de 1,2%, le déficit des échanges courants contenu à 1,7% du PIB. Le déficit budgétaire est limité à moins de 3% du PIB, ce qui est mieux que celui de la France ! L’endettement est maîtrisé à 41% du PIB, quand la moyenne de l’UEMOA est de 74%. Les investissements sont multipliés par 3,2 depuis 2011. Le salaire minimum a augmenté de 64%. Les rémunérations des fonctionnaires sont revalorisées de 12% en 2014, après vingt-sept années de stagnation. Plus de 2 millions d’emplois ont été créés et le revenu par habitant a été amélioré de 20%. Toutes les aides versées aux agriculteurs (cacao, café, anacarde, manioc…) sont en hausse. Le président, Alassane OUATARA, n’en est pas peu fier et insiste : « Nous avons réduit de moitié la pauvreté en quatre ans. ».
 
Si elle a réalisé ces progrès grâce à l’investissement public, largement financé par l’aide extérieure, la Côte d’Ivoire entend accélérer la cadence jusqu’à l’émergence grâce à l’entreprise privée. Elle figure donc parmi les dix pays qui ont le plus amélioré leur climat des affaires dans le monde. Selon le classement « Doing Business » de la Banque mondiale, et selon le Centre de promotion des investissements (Cepici), 40 entreprises y naîtraient chaque jour. L’agence de notation ivoirienne Bloomfield Investment a beau souligner que le service de la dette a fortement progressé au point de dévorer 30% des ressources propres de l’État, son vice-président et chef économiste, Youssouf CARIUS, ne peut que reconnaître que cela affectera peu la trajectoire du pays.
 
Après avoir présenté les beaux programmes qui feraient de la Côte d’Ivoire, la perle de l’Afrique et la rendraient très prospère, comparons-les avec les réalités du terrain. Sur le plan économique, politique et social, les gouvernements qui se sont succédé ont fait des efforts pour améliorer la situation des ivoiriens mais les résultats économiques, sociales et politiques constantes ne permettent pas d’espérer l’émergence politique, économique et sociale que le ou les gouvernements successifs avaient prôné.
 
Sur le plan politique
 
La réconciliation semble toujours au point mort. Rien ne bouge et les gagnants de la guerre n’arrivent pas à transformer cette victoire pour créer la cohésion sociale. Le gouvernement pense qu’imposer son diktat peut forcer l’adhésion du peuple. La cohésion politique qui fait partie du gouvernement est plutôt assimilée à la politique de suivie. Ceux qui ont combattu l’ancien gouvernement espérant une politique meilleure se retrouvent dans l’impasse. Qu’est-il arrivé pour que la majorité ne puisse pas discuter avec la minorité sur les enjeux du pays ? Il est clair maintenant que la division née de l’élection de 2010 continue à créer des problèmes qui ont des conséquences économiques et sociales jusqu’en 2016. Le 05 octobre 2016, le président du pays a prononcé un discours sur un référendum sur la constitution qui se tiendra à la fin de ce même mois d’octobre. Ce qui est difficile, c’est que la population est à peine informée du contenu de ce référendum qu’elle discute d’ailleurs et déjà, il fallait voter. La première des choses à faire est la réconciliation. A partir de là, les points de vue pourraient être échangés comme la réconciliation faite en Afrique du Sud. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est divisée. Le mot consensus semble ne pas exister pour ce pays et cela a des conséquences sur son développement.
 
Sur le plan économique
 
Malgré les efforts des gouvernements qui se sont succédé, on ne voit pas ou ne sent pas la reprise. On dirait que l’économie peine à décoller. La vie est devenue très chère et dure et la débrouillardise qui existait est devenue une sortie sans secours. On voit les statistiques du gouvernement annoncer la création de millions d’emplois. Sur le terrain, on peut lire sur les visages, le désespoir, la tristesse, la peur. Si les gouvernements avaient réellement créé ces millions d’emplois, cela devrait relancer l’économie. Quel est donc le nombre réel de personnes sans emploi ? Le gouvernement avait annoncé un taux de croissance minimum de 10% en 2012. Cela serait un très bon signe si ces chiffres s’avéraient. D’après le gouvernement, le salaire minimum a cru de 64% et après 27 années de stagnations les salaires ont été valorisés de12% en 2014 et le revenu de 20%. Comment le gouvernement a pu arriver à donner des chiffres qui sont différents de la réalité économique du pays. Les taux de croissance que le gouvernement annonce est donc basé sur la vente des matières premières, ce qui explique qu’il n’y ait pas eu de retombée économique comme on aurait du le constater.
 
Sur le plan social
 
Le plan social est en pleine ébullition. La paix sociale semble précaire dans le pays et le taux de chômage réel est très élevé, surtout pour les jeunes de moins de 25 ans. Le présent est soumis à des confrontations sociales, le futur très pessimiste et sombre. Le dialogue social, quant à lui, n’existe pas et on se demande si l’émergence prônée par le gouvernement est sérieuse.
 
Nous pouvons nous demander dans quels secteur ou industries les milliards du Plan National de développement de 2012 ont été investis ? Le gouvernement en prévoit un autre de 2016 à 2020 avec un montant de 45 milliard d’Euro. Mais si le premier n’a pas eu de résultat positif, comment le peuple peut-il croire aux actions du gouvernement ? Comment le peuple peut-il croire au second PND avec ses milliards qui sont sensés rembourser les dettes contractées par le gouvernement ivoirien ? On impose au peuple de rembourser des prêts dont il n’a pas bénéficié. L’émergence ne se décrète pas.
 
L’Afrique souffre de problèmes d’identité propre à elle. Tant que les africains confondent leurs identités à celles des autres créant la confusion en disant que parce qu’ils sont colonisés par tel pays, ils sont pareils, la question de l’émergence ne sera que de l’utopie. L’Asie et l’Inde ont pu décoller, rivaliser, dépasser l’occident et ravir la place de première puissance économique en se basant sur leurs propres identités, ressources et leurs valeurs culturelles. En Afrique, le peuple a tant sacrifié et il continue à se chercher.
 
Dr. Mehenou Amouzou a obtenu son « Master in Business » à l’« European Advanced Institute of Management » ainsi qu’un Certificat en finance et investissement à Paris, France. Il a complété ses études dans les Relations Internationales et les Stratégies Politiques et de Défense et a obtenu son Doctorat de Philosophie en Finance.
 
Contribution :
 
Fundacion Paraiso Sin Fronteras ; Nkrumah Amouzou Production ; Loic Mbaiagom Dingamyo & Kokou Paul Amouzou.
 

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