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Me Tchitchao Tchalim, une véritable gangrène pour la Justice togolaise

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Falsification du rapport de la CNDH, instrumentalisation des juges dans l’affaire Pascal Bodjona…

Beaucoup d’observateurs avaient tiqué lorsqu’en mars 2011, il fut parachuté au ministère de la Justice, en remplacement de Kokou Tozoun démissionnaire après sa nomination à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac). A raison, car l’homme n’a d’yeux que pour Faure Gnassingbé. On pensait devoir lui accorder le bénéfice du doute. Et il était censé redorer le blason terni de la Justice togolaise. Mais à l’épreuve du terrain, l’homme se révèle plutôt comme une gangrène de cette Justice. Son nom rime avec instrumentalisation de la Justice à des fins politiciennes, falsification de rapport…et il est cité dans tous les coups fourrés. Lui, c’est Me Tchitchao Tchalim, Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

Croisade contre Pascal Bodjona

L’ancien ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales et Porte-parole du gouvernement, Pascal Akoussoulèlou Bodjona est dans le collimateur de la Justice. Depuis la fin de semaine dernière, les manœuvres ont été enclenchées pour le coffrer, dans le cadre de l’affaire d’escroquerie internationale dans laquelle Bertin Sow Agba est accusé par l’Emirati Abass Al Youssef. C’est un véritable acharnement contre l’ex-homme à tout faire de Faure Gnassingbé. Préalablement cité comme témoin, on tente de l’entendre comme inculpé. Et n’eût été la dextérité de ses avocats, M. Bodjona aurait rejoint depuis ce vendredi l’autre gros à la prison civile de Lomé. Au centre de ces manœuvres, un certain…Tchitchao Tchalim, le ministre de la Justice.


Nous l’avons révélé dans nos parutions de lundi et mardi derniers, le Juge d’instruction au 4ème Cabinet d’Instruction, M. Kéléwani Marius et le 2ème Substitut Adjoli Hyacinthe, au cours de l’audition vendredi dernier recevaient constamment des injonctions au téléphone. Et au bout du fil, on cite Me Tchitchao Tchalim, le Garde des Sceaux qui avait visiblement pour mission de faire inculper Pascal Bodjona. Ne trouvant pas matière à inculper l’ex-ministre, et excédé par les pressions constantes, l’un des juges aurait même craché à l’inénarrable Garde des Sceaux de venir le faire lui-même.

Me Tchitchao Tchalim est très impliqué dans cette croisade contre Pascal Bodjona. Comme révélé, il aurait participé aux côtés des « sécurocrates » à la réunion secrète qui eut lieu jeudi dernier à la Présidence de la République et où le scénario d’inculpation de l’ancien Porte-parole du Gouvernement a été scellé. Le plan élaboré n’ayant pas abouti, il aurait tenu une autre réunion le dimanche 12 août, avec le juge instructeur, Mataké Kéléwani et le Procureur général près la Cour d’Appel Atara M’Dakéna. Au menu, l’étude de la nouvelle stratégie pour sceller le sort de Bodjona. Drôle de ministre de la Justice, non ?

Traficotage du rapport authentique de la CNDH

En septembre 2011, suite au simulacre de procès qui a abouti à la condamnation de Kpatcha Gnassingbé et certains de ses coinculpés à des peines de prison, le Garde des Sceaux, Son Excellentissime Tchitchao Tchalim confia à la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), les investigations sur les allégations de tortures faites par les détenus. Après presque six mois d’enquêtes, Koffi Kounté et les siens arriveront, non sans difficultés, à des conclusions. Le 17 février 2012, un rapport fut rendu public sur un site du gouvernement comme celui de la Cndh et concluait à l’inexistence des tortures et autres traitements inhumains, cruels et dégradants. Mais quelques heures plus tard, l’opinion découvrit le pot-aux-roses.

Il s’agissait plutôt d’une version tronquée du rapport authentique obtenu sur menace et proprement édulcoré. La veille de la publication du faux rapport, Koffi Kounté a été convoqué à la Présidence de la République, en l’absence du maître des lieux, et une arme lui a été pointée sur la tempe pour l’obliger à signer le rapport falsifié. C’était évident que les deux « sécurocrates » mis en cause par le rapport devraient être les pilotes de ces manœuvres. Mais après avoir réussi à s’extirper de leurs griffes, Koffi Kounté traversa les frontières et fit publier le rapport authentique sur le site de la Cndh. La falsification venait ainsi d’être découverte. Malheureusement à cette manœuvre, s’est aussi associé Me Tchitchao Tchalim, celui qui est censé veiller à ce que la justice soit assurée à tous les citoyens. Un Garde des Sceaux qui participe donc au tronquage de la vérité, où il a été fait usage de faux !

On n’oubliera pas de si tôt le rôle de piston joué dans le simulacre de procès Kpatcha Gnassingbé. Même si ce sont Abalo Pétchélébia et les siens qui ont joué les premiers rôles, Tchitchao Tchalim n’a rien fait pour attirer l’attention des juges sur les violations flagrantes des dispositions juridiques. Le plus cocasse, c’est qu’il a laissé juger un député sans levée de son immunité parlementaire.

Les Togolais se rappelleront également du rôle joué dans l’affaire des députés ANC exclus en novembre 2010 du parlement, nommément le traitement réservé aux verdicts de la Cour de Justice de la Cédéao qui a désavoué l’Etat togolais. Mais c’est le Garde des Sceaux qui était aux manettes de la manœuvre visant à payer les droits et intérêts aux neuf députés, tout en occultant leur réintégration à l’Assemblée nationale. Il les a même saisis entre-temps à venir toucher les fonds.

Comme si toutes ces manœuvres ne suffisaient pas, Tchitchao Tchalim a décidé de mettre tout le corps judiciaire au pas, en convoquant en mars dernier une certaine rentrée judiciaire. En réalité une manœuvre visant à amener le corps judiciaire à faire allégeance à Faure Gnassingbé. Il a failli la dextérité de ce corps, et surtout des avocats qui lui ont réservé une fin de non recevoir, avant qu’il ne renonce à son projet. L’histoire retiendra aussi que c’est sous Tchitchao Tchalim que Bertin Agba est resté en prison malgré la décision de la Cour suprême ordonnant sa libération provisoire le 20 juin dernier. Et finalement, l’homme se révèle comme une gangrène pour la Justice togolaise.

Tino Kossi

liberte-togo.com

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