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Etudiantes le jour, prostituées la nuit : Plein feu sur la double vie menée par certaines étudiantes à Lomé (REPORTAGE)

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Kalagniè, 22 ans, est étudiante en deuxième année de droit à l’Université de Lomé. Arrivée en 2010 dans la capitale togolaise en provenance de Sokodé (environ 375 km au nord de Lomé) où elle a obtenu son BAC II, la jeune étudiante vit dans la même chambre que son amie d’amphi Mokpokpo 23 ans. Cette dernière a quitté Atakpamé depuis 2009.

Kalagniè et Mokpokpo n’ont aucun parent à Lomé, elles se « débrouillent » pour joindre les deux bouts et faire également face à de petites charges fixes : le loyer (8.000 F.CFA), l’électricité et l’eau (au moins 3.000 F.CFA), etc…

« La vie est vraiment dure. Je suis orpheline de père ; et ma mère est souffrante depuis 2005. Je suis venue à Lomé, après mon BAC 2, grâce à Mokpokpo que j’ai connu sur Internet. C’est elle qui m’a invitée », raconte Kalagniè.

« Je suis venue à Lomé avec un petit sac contenant trois ou quatre habits. C’est Mokpokpo qui m’a aidée les premières semaines en me donnant quelques uns de ses vêtements que je portais pour me rendre sur le Campus. Au bout de trois mois, elle m’a +initiée+ à me débrouiller. Ainsi, après les cours, je sors avec elle les soirs. Les premiers jours, elle m’a emmené derrière Palm Beach où j’ai rencontré certaines étudiantes et aussi des élèves », poursuit la jeune étudiante.

« Au fil des mois, elle m’a montré d’autres endroits. Elle m’a également appris beaucoup de choses : toujours exiger le port de préservatifs pour éviter des maladies, toujours utiliser des lubrifiants pour éviter des irritations pouvant entraîner des infections etc…. Aujourd’hui, je me +débrouille+ toute seule. Mais il faut avouer que je me prostitue par la force des choses. Je veux étudier, mais pas de moyens. Papa est mort depuis 2001, et maman est malade depuis 2005. J’ai trois petits frères qui sont placés auprès des tantes à Sokodé et à Kara », explique Kalagniè les larmes aux yeux.

Mokpokpo son amie, fait ce « métier » les soirs depuis la classe de terminale : « j’ai commencé depuis la classe de terminale, quand je vivais auprès d’une tante. Elle vendait de la bouillie dans une petite école. Les moyens étant limités, j’étais obligée de me prostituer les soirs, suite à des conseils d’une camarade de classe. J’accompagnais ma camarade par moments à Dékon où nous allions voir ses amis qui vendaient des appareils électroménagers et autres objets. Beaucoup d’entre eux me faisaient la cour et je ne refusais pas. Les débuts ont été très difficiles. Car j’avais tellement honte et difficilement, je supportais le sexe de certains hommes. Mais au fil des mois, je me suis habituée ».

« Ainsi grâce à mes petites +recettes+ j’arrivais à subvenir à mes besoins. Et par la suite, j’ai quitté ma tante pour louer une petite chambre. C’est cette chambre que partage aujourd’hui Kalagniè », ajoute-elle.

A l’instar de Kalagniè et Mokpokpo, beaucoup d’étudiantes se prostituent les soirs, après les cours, afin de joindre les deux bouts. Elles fréquentent souvent les hôtels, les buvettes et certains coins chauds de Lomé.

« Moi j’ai négocié avec des réceptionnistes de certains hôtels. J’ai laissé mon numéro et lorsqu’ils ont un client qui se trouve dans le +besoin+, ils m’appellent. Je me présente et je négocie avec ce client. Ils ont également leur pourcentage. Le réceptionniste qui m’a trouvé le client perçoit 20%. Par exemple sur 5.000F.CFA, je lui donne 1.000 F.CFA. Je ne lui mens pas, je lui dis ce que j’ai perçu. C’est une relation basée sur la confiance. Car lorsque ces réceptionnistes constatent que vous ne déclarez pas ce que vous avez reçu, ils ne vous appelleront plus « , dévoile Atsoupui, 25 ans, étudiante en 3eme année d’anglais à l’Université de Lomé.

Atsoupui fait ce « travail » depuis deux ans : « j’ai commencé en février 2010. Je suis en cabine sur le Campus et ce sont des amies qui m’ont montrée le chemin. Et par la suite, j’ai pris goût ».

« Aujourd’hui, j’arrive à régler mes petites charges : la restauration, les photocopies, les bouquins et surtout l’habillement. Car les parents n’arrivent plus à faire face à mes besoins. Papa travaillait dans une société privée. Il a été licencié en 2001. Maman vend la tomate au marché de Hedzranawoé. Nous sommes cinq et je suis l’aînée de la famille », indique Mlle Atsoupui, rencontrée dans un petit hôtel de la capitale en compagnie de quatre de ses amies d’amphi.

« Je vous avoue que la prostitution est un +métier+ très difficile, surtout pour une étudiante en quête de petites ressources pour subvenir à ses besoins. Il arrive parfois où vous tombez sur des hommes qui abusent de vous. Ils prennent des produits, bref, ils se droguent avant l’acte sexuel. Alors, ils vous malmènent toute la nuit. Mais il arrive des moments où nous tombons sur des hommes très sympathiques avec qui on s’amuse seulement – sans faire l’amour – et qui nous +bombardent+ avec un billet de 10.000 F.CFA. », souligne-t-elle.

Certaines étudiantes prennent également d’attaches avec des conducteurs de taxis-motos. Certains jeunes étudiants leur servent également d’intermédiaires ou de garçons de courses, moyennant une petite contrepartie.

Elyse et Edem, toutes deux étudiantes en première année de communication dans une Ecole de formation privée, ont choisi des zémidjans comme intermédiaires à qui, elles ont confié leurs numéros de téléphone.

« Nous avons négocié avec une dizaine de zémidjans. C’est sur la moto, lors des discussions que nous leur posons nos problèmes. Ce sont des gens qui transportent également des étrangers qui ont parfois envie sortir avec des filles. Si ces zémidjans tombent sur ces personnes, ils nous appellent. Et les rendez-vous sont toujours fixés pour les soirs, après les cours », souligné Elyse, 21 ans.

« Outre les zémidjans, j’ai aussi de relations avec des amis dans des buvettes et restaurants. Ils ont tous mon numéro. Ils me font signe, lorsqu’un client se trouve dans le besoin. Je me présente et ils reçoivent après leur contrepartie », renchérit Edem, 22 ans.

« Je n’ai pas voulu me prostituer de cette manière, mais c’est la situation qui me pousse à le faire. Les garçons ont plus d’atouts que nous. D’autres étudiants font le zémidjan. Certains font des cours de répétition dans les maisons. Mais, nous autres, sommes coincées ; raison pour laquelle nous sommes parfois contraintes de faire ce +job+, après les cours », se justifie Elyse. FIN

Photo de l’article : illustration
Edem Etonam /Nicolas KOFFIGAN

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