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Chronique de Kodjo Epou : Le gros piège du référendum

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Le CPDC est bloqué. Avec le RPT, il faut s’y attendre. Naturellement. A quoi ça sert un dialogue politique au Togo ? Telle est, tout compte fait, la question. Puisque les quinze précédents que le pays compte à son palmarès ont tous achoppé au même mur : le refus du RPT d’en appliquer les accords, par peur de partager le pouvoir. Plus triste encore, la nation a beau être au bord du précipice, ces fossoyeurs ne démordent pas de leur pouvoir de nuisance, malgré la part considérable qu’ils ont dans la débâcle collective. Tout le pouvoir ou rien, c’est l’impératif catégorique du RPT. Il en résulte que sa gouvernance, un sidérant patchwork de fausses solutions est plus porteuse de méfiance que d’espoirs.

A quoi bon discuter si cela doit, à tous les coups, devenir des larmes et parfois du sang pour la partie adverse, au lieu de conduire tout le monde à un point d’accord situé à égale distance des extrémités ? A sa capacité de répondre à cette question et en même temps de proposer une alternative crédible, on pourra juger les chances de l’opposition de faire entendre raison au RPT et réaliser le changement que les togolais attendent d’elle.

Il faut le dire, ce qui se passe dans ce brumeux CPDC n’est que de la comédie. Une perte de temps. On est tenté d’en rire, malgré le sentiment de frustration que crée la résistance du RPT, lorsqu’on apprend que des“constitutionnalistes” ont été sollicités pour donner leur avis sur le type de régime politique dont le Togo a besoin.Non seulement que ce sujet est caduc parce que souverainement tranché par le peuple depuis 1992, l’initiative du pouvoir de recourir à un input externe est simplement récréative.

De la manière dont une loi se fausse entre les mains de malhonnêtes exécutants, un régime, qu’il soit présidentiel, semi présidentiel ou parlementaire devient inopérant lorsque ceux qui sont appelés à l’incarner se comportent comme des malfaiteurs, à l’instar des responsables du RPT qui s’obstinent à n’avoir les lois que sur mesure, rejetant tout ce qui prend le contre-pied de leurs intérêts politiques, matériels et financiers immédiats. Pour l’opposition, il est beaucoup plus question, au regard de cette réalité, de renverser la vapeur, d’effacer totalement un système terrorisant, que de se battre pour un type de régime politique. Sans perdre de vue aussi que l’absence de vision collective et de solidarité en son propre sein paralyse l’action.

Cette opposition doit trouver la porte étroite entre réaliser le nécessaire équilibre des forces et maintenir le fil du dialogue. C’est seulement par ce jeu habile et soutenu qu’elle peut mettre fin à une époque, celle du RPT tout puissant. Le référendum ne peut pas faire partie des options sur la table. Les démocrates courent au suicide, dans les conditions actuelles, en demandant au peuple de choisir, par voie référendaire entre les types de régime. La réponse à la question de savoir qui va organiser ce scrutin, nous édifie largement sur les risques d’une telle initiative. Le RPT a t-il jamais organisé un vote pour le perdre ? Ou, les mémoires sont-elles devenues brusquement courtes chez les porteurs de cette proposition de sortie de crise ?

Aucune constitution, nulle part, n’est parfaite. Ce qu’il faut, c’est d’avoir la volonté politique de l’appliquer pendant une période de temps afin de jauger ses forces et lacunes. Le Togo, pour n’avoir pas fait cet exercice démocratique, peine à trouver son repère identitaire et en est à payer le prix exorbitant de ses interminables errements.

A la vérité, le retour de la Loi fondamentale que les Togolais, toutes tendances confondues, s’étaient massivement donnée le 27 Septembre 1992 et que le Général Eyadéma avait promulguée deux semaines plus tard, peut être un début de règlement des multiples problèmes artificiels dans lesquels baigne le pays.

Il y a longtemps, trop longtemps, que le RPT, malgré les milliers de cadavres qu’il a sur la conscience et pour lesquels il aurait dû s’effacer, manoeuvre pour maintenir la ligne dure et se montre réfractaire à toute idée de changement. C’est de la dictature. C’est inacceptable. N’en déplaise à ceux qui, rien que pour du pain, chantent à tue-tête l’éloge du mal. Comme pour avertir ceux-là d’un danger, les historiens rappellent fréquemment que les petites décisions arbitraires, les petites humiliations, en apparence anodines, ont toujours joué un rôle dans le déclic d’où a surgi la flamme des révoltes les plus inapaisables.

Kodjo Epou

Washington DC

USA

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