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Affaire Gnassingbé : Grand déballage de Mimi Gnassingbé et de Mme Esso Gnassingbé

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« Faure est pervers, cynique et méchant, c’est lui qui tire sur les ficelles »

. Lire l’intégralité de l’entretien qui annonce l’explosion de la famille Gnassingbé

L’affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat dans laquelle le député Kpatcha Gnassingbé et ses co-accusés sont inculpés prend des allures de plus en plus inquiétantes. Dans un entretien diffusé hier jeudi sur la radio « Légende Fm », Mimi Gnassingbé, l’épouse de Kpatcha Gnassingbé et Mme Esso Gnassingbé dont le mari est également détenu au secret depuis le 15 avril 2009, ont fait un grand déballage qui met à nu le malaise généralisé dans la famille présidentielle. « Faure est pervers et très méchant. Je ne sais même pas pourquoi on me parle d’une affaire de famille… Ce sont des conneries », ont déclaré les deux épouses exaspérées de la situation lamentable de leur époux. Elles ont dénudé la face cachée du chef de l’Etat et promettent des jours sombres pour lui si leurs maris ne sont pas libérés.

Si les femmes des détenus ont fait des déclarations d’une telle gravité, on se demande ce qu’il en sera lorsque les inculpés seront devant les tribunaux ou seront libérés.

Il y a bien de raisons de craindre le pire pour la famille Gnassingbé qui n’en finira pas de s’entredéchirer.

Nous vous proposons ici l’intégralité de l’entretien accordé à notre confrère « Légende Fm ».

Plus deux ans que vos maris sont incarcérés pour une affaire de coup d’Etat. Mesdames Mimi et Esso Gnassingbé, est-ce que vous arrivez à rencontrer vos maris ?
Mimi Gnassingbé :
Si ma mémoire est fidèle, je crois que je l’ai vu la dernière fois en octobre 2009. Depuis ce jour, rien du tout. Il y a une semaine de cela, trois personnes sont rentrées. Malheureusement, moi et Mme Esso Gnassingbé, nos maris sont toujours gardés. Ils nous ont recommandé d’aller prendre les permis pour les rencontrer mais ils ne veulent pas non plus nous les délivrer. Nous ne savons pas ce qu’il en est.

Mme Esso Gnassingbé :
J’ai vu mon mari une seule fois. Je crois que cela remonte en 2009.

Vous avez eu certainement des informations sur l’état de santé de vos maris. Comment se portent-ils ?
Mimi Gnassingbé :

Concrètement, je ne peux rien vous dire puisque nous ne les voyons pas. Par rapport aux ordonnances médicales que les médecins nous envoient, je conclus que ça ne va pas bien pour eux. Selon les informations que nous avions eues, mon mari est seul dans un bâtiment. Seuls les agents de l’ANR sauront nous répondre à cette question.

Selon les ordonnances, votre mari souffre de quelle maladie puisque vous les recevez pratiquement chaque semaine ?
Mimi Gnassingbé :
Il souffre des maux de reins et d’yeux, de l’hypertension bref il souffre de beaucoup de maladies. Les médecins prescrivent des médicaments que nous ne retrouvons pas dans les pharmacies. Nous sommes obligés de négocier avec les pharmaciens pour qu’ils nous trouvent des médicaments équivalents.

Est-ce que vous recevez des informations faisant état des pratiques de tortures sur vos maris ?
Mimi Gnassingbé :

Nous en avions tellement reçu. Quand lui-même sera de retour, il vous le confirmera.

Mme Esso Gnassingbé :
En 2009 lorsque j’ai vu mon mari, il ne pouvait pas marcher, ses nerfs ne fonctionnaient pas, il était très chétif bref je ne le reconnaissais plus. J’ai commencé à pleurer et il m’a consolée en me disant que ça va passer. Il m’a même demandé de prier pour sa libération. Il a encore dit que Faure a promis de les libérer, mais jusqu’à ce jour, rien n’est fait.

Mesdames, il y a également certaines informations faisant état de ce que quelques détenus seraient libérés. Avez-vous aussi l’information ? Qui sont libérés et pourquoi pas vos maris ?
Mimi Gnassingbé :

Moi j’en connais trois : Julien, Essolizam et Jaurès. Ils sont les seuls que j’ai rencontrés. Sur les autres, je ne peux pas dire grand-chose. D’ailleurs, je ne les connais même pas. Je ne sais pas non plus si leur arrestation était effectivement liée à celle de nos maris. Mais toujours est-il qu’on nous a dit qu’ils sont dix à être libérés. Le Procureur a eu à dire que ceux qui étaient libérés n’étaient pas directement impliqués. Tout est flou. Nous attendons la vraie raison de leur libération.

A vous entendre parler, on sent à travers votre voix un sentiment de désespoir et de tristesse.
Mimi Gnassingbé : Bien sûr ! Pour beaucoup de personnes, je n’ai pas eu à faire des pas pour rencontrer le Président Faure pour la négociation. J’en ai fait plusieurs fois. Même avec Toyi, le jumeau de mon mari, nous en avions fait. Il en est de même avec ma belle sœur Nathalie. Malheureusement, il faut comprendre qu’il ne veut pas. Nous nous sommes dit que telle que se présente la situation, soit nous nous résignons dans notre coin. Mais il faut qu’il arrête de nous dire que c’est une histoire de famille et que cela va se régler en famille. Mais jusqu’à quand elle va se régler ?

Vous estimez que le chef de l’Etat fait preuve de mauvaise foi ?
Mimi Gnassingbé :

Bien sûr ! C’est de la méchanceté, de la cruauté. Il paraît que lorsque je parle, il ne le supporte pas mais moi, je vais encore le dire ouvertement. Il est ni plus ni moins pervers. Je ne peux pas le comprendre. Une histoire de famille se règle en famille.

Dans le cas d’espèce, on parle d’une affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat ?
Mimi Gnassingbé :
Rien que des conneries. Nous attendons qu’on nous brandisse les preuves. Cette histoire ne prendra tout de même pas un siècle.

Mme Esso Gnassingbé : Cette allégation est vérifiée. Quand l’affaire a commencé mon mari est parti à Kara. Faure avait demandé que mon mari revienne à Lomé, que c’est une affaire de famille et qu’ils vont la régler en famille. Mais jusqu’à présent rien n’est fait.
Comment vos enfants supportent-ils l’absence de leur père ?
Mimi Gnassingbé : Ceux qui en sont conscients sont traumatisés. Ils me demandent où se trouve leur père. La dernière fois, le plus âgé a vu par exemple la photo de Massina dans une presse. Il est tombé des nues du fait qu’il inflige des tortures à son père alors qu’il vient chez lui à la maison.

Mme Esso Gnassingbé : Les enfants ne supportent pas l’absence de leur père. J’essaie de les consoler par moments en leur disant que leur père est en voyage et que bientôt il sera de retour à la maison.

Des Organisations de Défenses des Droits de l’Homme parlent des cas de tortures et de traitements inhumains. Avez-vous eu certaines informations faisant cas de tortures et traitements inhumains à l’ANR ?
Mimi Gnassingbé :
Déjà le fait qu’on nous refuse de leur rendre visite est un cas de torture. Nous ne savons pas dans quel état se trouvent actuellement nos maris.

Mme Esso Gnassingbé : Je ne saurai jamais vous dire le problème qui oppose Esso Gnassingbé et Kpatcha Gnassingbé à Faure Gnassingbé. Il traite convenablement les autres détenus. Le cas de nos maris est inquiétant.

Madame Mimi Gnassingbé, c’est en avril 2009 que votre mari a été attaqué à son domicile. Etiez-vous présente ?
Mimi Gnassingbé :
J’étais là avec les enfants et la grande sœur de mon mari. Deux des enfants ont souhaité passer le week-end chez cette dernière et ils sont partis. Après leur départ, j’attendais mon mari au salon pour le dîner. Un temps après ma servante est venue m’annoncer que nous sommes attaqués. Jusqu’à cet instant, je ne comprenais pas grand-chose. Du coup, je me suis levée pour aller chercher mes téléphones dans la chambre. En traversant le couloir, j’entendais qu’ils ont commencé par attaquer le salon. Je rejoins mon mari dans chambre. En partant, ma belle sœur Nathalie nous avait prévenu qu’il y a un complot qui se tramait contre Kpatcha mais celui-ci a banalisé la chose arguant que ce sont des rumeurs. Bien avant l’arrivée du colonel Félix Kadaga et ses hommes, il a appelé son ex-femme Babanam et son frère Nono leur disant de ne pas sortir parce que ça va chauffer cette nuit, ce sont les termes qu’il a utilisés. Nono a ensuite appelé Toyi pour lui faire part de la situation. Toyi aussi a appelé son beau-frère c’est-à-dire le mari de Nathalie pour le prévenir. Comme cette dernière était ensemble avec nous, elle en a profité pour nous planter le décor. Elle nous a avoué qu’il y avait eu une réunion au camp la nuit du dimanche. Autour de vingt et une heures, ils ont tiré sur notre maison. Nous avions essayé de regarder par la fenêtre et nous avions reconnu Félix Kadaga. Il était cagoulé. Lui et ses hommes sont entrés et ils ont tiré dans ma chambre et celle de mon mari. Par l’entremise de Toyi, Rock est venu pour sauver la situation. Mais Kadaga a dit qu’il a reçu l’ordre d’en finir aujourd’hui avec les Gnassingbé et que lui et ses hommes ne vont pas replier sans avoir arrêté Kpatcha. Rock a discuté avec Kpatcha et mon mari est descendu. Après, ils sont tous partis au camp. Tous ceux que Kpatcha a tenté d’appeler cette nuit ont tous éteint leur portable.

Donc depuis ce jour, vous n’avez plus des nouvelles de votre mari
Mimi Gnassingbé :
Non. Nous sommes dépassées. Nous nous disons soit on les libère ou on les juge. C’est notre mot d’ordre en ce moment. Nous n’allons plus croiser les bras. Nous allons le faire entendre à qui veut parce que nous avons ras-le-bol.

Vous connaissez bien votre mari, vous partagez beaucoup de choses avec lui. A un moment donné, est-ce que vous avez le sentiment qu’il peut faire un coup d’Etat ?
Mimi Gnassingbé :
Non, j’ai eu à dire la même chose à la gendarmerie. Ils savent très bien que c’est un fait monté et il a été bien ficelé. Je ne sais pas lequel des Gnassingbé qui va nous dire le contraire. Vivement qu’il m’apporte les preuves. Il faut qu’on arrête de dire que c’est une affaire de famille. Elle a dépassé cette étape. Si les frères Gnassingbé arrivent à se faire des choses, imaginons que c’est une autre personne qui soit dans leurs mains. En tout état de cause, je demande pardon aux personnes à qui nos maris ont eu à faire du mal.

Quel enseignement peut-on finalement tirer ?
Mimi Gnassingbé :
Je dirai que après tout, ils sont des frères mais après sa libération, ils seront méfiants l’un envers l’autre. Certains membres de la famille me reprochent le fait que je parle trop de cette affaire. Moi, je suis claire. La famille reste la famille certes, mais s’il y a des problèmes qui se posent, il faut qu’on les règle avant que la famille ne puisse se retrouver un jour. Ils sont incapables de s’asseoir pour régler ce problème, je ne sais même pas pourquoi on me parle de famille. Nous sommes rentrées dans quelle famille où s’il y a un problème, personne ne veut en parler parce qu’ils se disent lorsque je vais commencer à en parler, on ne va plus me donner mon pain quotidien ou on ne va plus s’occuper de ma mère.

Faites-vous allusion aux autres Gnassingbé ?
Mimi Gnassingbé :
C’est plus que clair. Je ne cache pas mes sentiments et ils le savent tous. Je ne vais pas mâcher mes mots à leur égard parce que leur comportement m’étonne. Ils sont tranquilles dans leur maison parce que Kpatcha n’est pas de même mère qu’eux. Comme Kpatcha n’est plus là, la vache laitière aussi est fermée. Ils ne pourront plus recevoir de lui. C’est pourquoi ils se sont penchés de l’autre côté.

La manière dont vous connaissez Faure Gnassingbé, vous pensez qu’il peut être cynique à ce point ou ce sont ses proches qui l’ont induit en erreur ?
Mme Esso Gnassingbé :
Il est lui-même un homme méchant. Il est très méchant. Faure est très méchant.

Madame Mimi Gnassingbé, est-ce que vous confirmez la même chose ?
Mimi Gnassingbé :
Jusqu’à un passé récent, je me disais qu’il a été induit en erreur mais les actes qu’il pose me font croire la même chose. Il se cache derrière les rideaux et il tire sur les ficèles.

Mme Esso Gnassingbé : Faure n’a qu’à essayer de régler ce problème et libérer nos maris. Tant que nous ne dormons pas lui aussi ne dormira pas.

Que ferez-vous concrètement ?

Mme Esso Gnassingbé : Vous verrez vous-même ce que nous ferons.

Source : Correcteur via Légende FM

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