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Volonté de rempiler en 2015 et menace sur la démocratie

 

. L’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo donne l’exemple au Burkina

 

C’est une constance que les peuples burkinabé et togolais sont confrontés à la même équation, faire partir les locateurs de la présidence de la République dans les deux pays, obsédés par le pouvoir et prêts à tout pour y s’éterniser. Au Burkina, après que l’opposition et la société ont inauguré très tôt la contestation pour ne pas être acculée par le temps, une médiation est enclenchée par un ancien locataire du palais de Kosyam pour convaincre Blaise Compaoré de lâcher prise. La nième leçon d’intégrité des « Hommes intègres ». Y a-t-il un sage et courageux au Togo pour faire entendre raison à Faure Gnassingbé ?

 

Un ancien président pour raisonner Blaise Compaoré

 

La présidentielle au Burkina Faso, c’est dans un peu plus d’un an. Mais les « Hommes intègres », sachant que qui veut loin aller loin, ménage sa monture, ont très tôt ouvert les hostilités contre Blaise Compaoré, non repu par ses vingt-sept (27) ans passés au pouvoir. Tout a commencé dans son propre camp où plusieurs barons du parti au pouvoir dont Salif Diallo, Roch Kaboré, Simon Compaoré et autres ont rendu leur tablier en début janvier, et rejoint l’opposition. Ils étaient dans la rue le 18 janvier dernier, aux côtés des leaders traditionnels de l’opposition, de la société civile, bref du peuple pour manifester contre le tripatouillage de la Constitution, nommément de l’article 37 qu’envisage faire Blaise Compaoré afin de briguer à nouveau la magistrature suprême en 2015. Les Burkinabés avaient déjà pris une bonne longueur d’avance sur le Togo ; mais ils multiplient les actions pour atteindre leurs objectifs. La dernière, c’est la mission de bons offices entreprise par Jean-Baptiste Ouédraogo, un ancien locataire du Palais de Kosyam.

 

En effet, c’est l’ancien président burkinabé qui a été désigné médiateur dans la crise afin de ramener Blaise Compaoré à la raison et sauver la paix et la démocratie en péril dans son pays. Mission qu’il a acceptée volontiers et qu’il remplit déjà avec responsabilité. Jean-Baptiste Ouédraogo, la tête sur les épaules, s’est clairement prononcé contre une modification de l’article 37 de la Constitution. Le mercredi 5 février dernier, il a demandé à la classe politique de « respecter scrupuleusement la Constitution en s’interdisant la révision de l’un ou l’autre des articles déjà ancrés dans la loi fondamentale ». Un message adressé en fait à Blaise Compaoré. Le groupe de médiation composé, entre autres personnalités, d’autorités religieuses du pays, veut lui « ménager une porte de sortie honorable ». Eh oui, il en a vraiment besoin parce qu’il est seul contre tous. D’abord dans son propre pays où il a réussi à faire l’unanimité contre sa personne avec son projet de modification de l’article 37. Difficile pour lui aussi de compter sur l’armée dans son entièreté, lorsqu’on considère les mutineries qui s’étaient produites en 2011. Du côté de la Françafrique, il n’est pas mieux loti. A part Alassane Ouattara, le président ivoirien qui lui a ouvertement apporté son soutien et plaidé sa cause à Paris, beaucoup plus par devoir de gratitude pour son implication dans son avènement au pouvoir du côté d’Abidjan, Blaise Compaoré n’a pas tellement de soutien. Au vu de la détermination du peuple burkinabé, difficile pour le Facilitateur attitré dans les crises politiques en Afrique de l’ouest de s’imposer à son peuple en 2015.

 

Le Togo, lui, attend son Salomon

 

Tout comme le peuple burkinabé, les Togolais doivent empêcher Faure Gnassingbé de rempiler en 2015 après avoir passé dix (10) ans au trône, soit les deux mandats autorisés par la Constitution. C’est un secret de Polichinelle que l’homme veut s’éterniser au pouvoir après le père qui a duré trente-huit (38) bonnes années. En tout cas, il ne montre aucun signe d’un homme qui veut quitter le pouvoir en 2015. L’opposition et le peuple togolais sont appelés à s’opposer à cette boulimie; mais pour l’instant, c’est le silence plat. Tout comme au Burkina, il va falloir des sages, des hommes de valeur, des personnalités politiques, religieuses ou autres pour dire les quatre vérités à Faure Gnassingbé, le convaincre de quitter le pouvoir en 2015 pour sauver la paix et la démocratie au Togo. Mais y a-t-il un volontaire pour jouer ce rôle ?

 

Jean-Baptiste Ouédraogo est un ancien président du Burkina Faso, quelqu’un qui a goûté aux délices du pouvoir et qui pouvait être tenté de cautionner Blaise Compaoré dans sa voie suicidaire. Mais il a mis l’intérêt du peuple burkinabé devant tout. Au-delà de ce statut, il a ainsi honoré la masse des intellectuels de son pays. Il prouve simplement qu’au Burkina Faso, malgré l’abêtissement auquel les régimes monarchiques soumettent souvent la masse intellectuelle, il y a encore des références. Avec lui, les autorités religieuses qui ont accepté l’accompagner. L’ancien président burkinabé et les hommes et femmes qui l’accompagnent prouvent qu’au pays des « Hommes intègres », il y a encore des hommes de valeur sur lesquels le peuple peut compter. Difficile de dire de même s’agissant du Togo.

 

Ici, c’est presqu’impossible de compter sur un homme ou une femme de valeur dans la classe politique. Ceux qui ont la carrure et le background pour incarner ces médiateurs, comme l’ancien Premier ministre Edem Kodjo, préfèrent émarger dans les couloirs du pouvoir et se porter au secours de la paix dans d’autres pays, gardant le mutisme total sur l’incendie dans le leur. Ici, il n’y a d’intellectuel que sur le papier. Pas de prise de position ou d’appel au bon sens devant certaines péripéties mouvementées, comme on en voit sous d’autres cieux. Tous sont conditionnés, et les rares qui osent critiquer le pouvoir, sont très tôt appâtés par des espèces sonnantes et trébuchantes ou des nominations au gouvernement. Et une fois aux affaires, ils perdent leur latin ou deviennent des plus zélés ou des avocats du diable. Yacoubou Hamadou, Octave Nicoué Broohm, Pr Kako Nouboukpo…la liste est longue. La société civile qui doit forcer la main au régime en place ? Et les hommes religieux, dites-vous ? Ils sont comme les gardiens du temple, ceux-là mêmes qui doivent veiller aux valeurs morales, dire la vérité sans peur afin de redresser des situations dangereuses, bref des références dans la société. Mais la corruption a conditionné tout ce beau monde qui opte pour le silence. Les rares interventions sont timides. Le Togo est simplement à la recherche de son Jean-Baptiste Ouédraogo, de son Salomon pour faire entendre raison à Faure Gnassingbé. Et cela sert de lancement d’un appel à candidatures.

 

Tino Kossi

 

Liberté Togo

 

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