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Le prestige de l’État vs la fatigue du pouvoir

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Ce dimanche 24 mai 2026, le Bénin est en train de donner une leçon silencieuse mais éclatante à tous ceux qui ont horreur du beau, de l’ordre et de la projection nationale.

La cérémonie d’investiture de Kossi Mbueke Romuald Wadagni, troisième président béninois en seulement vingt ans, n’est pas qu’un simple rituel républicain. C’est la démonstration d’un pays qui, malgré ses limites, a compris une chose essentielle : l’esthétique institutionnelle est aussi une force politique. Un État qui soigne son image, qui organise avec rigueur ses grandes cérémonies, qui respecte les symboles de la République, finit toujours par inspirer confiance à son peuple et considération à l’étranger.

Pendant que le Bénin enchaîne les alternances présidentielles dans un cadre institutionnel relativement stable –  de Kérékou à Yayi Boni en passant par Soglo, puis de Yayi à Talon, avant cette nouvelle transition républicaine – le Togo, lui, erre encore dans les labyrinthes d’un pouvoir sans véritable horizon politique clair.

En vingt-et-un ans, Lomé cherche toujours sa boussole. Un pays immobilisé dans une gouvernance qui donne parfois l’impression de survivre au jour le jour, sans grand souffle mobilisateur, sans ambition historique clairement assumée, sans récit national capable de projeter la nation vers autre chose que la préservation du système.

Le contraste est brutal.

D’un côté, le Bénin expose une République qui se renouvelle, qui scénarise sa modernité, qui assume le prestige de l’État et comprend que la beauté publique participe à la pédagogie nationale.

De l’autre, le Togo semble s’être habitué à la banalisation du pouvoir, à la fatigue institutionnelle et à une gestion sans imagination politique.

Car oui, le beau compte.

Le beau dans l’architecture publique.

Le beau dans les cérémonies d’État.

Le beau dans l’organisation nationale.

Le beau dans la manière de raconter un pays à son peuple et au monde.

Les nations qui avancent sont souvent celles qui savent produire du symbole, du récit et de la fierté collective. Et ce dimanche, le Bénin a rappelé à toute l’Afrique francophone qu’un État peut être sobre sans être terne, républicain sans être poussiéreux, moderne sans renier son identité.

Dire cela ne signifie pas que l’on couvre son propre pays d’opprobre. Bien au contraire! C’est précisément parce qu’on aime son pays qu’on refuse sa médiocrité, qu’on critique ses renoncements et qu’on espère le voir rayonner. Car le véritable patriotisme ne consiste pas à applaudir aveuglément tout ce qui existe, mais à vouloir sincèrement que sa nation devienne plus grande, plus belle et plus inspirante pour les générations à venir.

Ambroise Dagnon