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Bénin, Togo : Le dégel de l’axe Cotonou-Lomé, première mission de Romuald Wadagni

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Le président togolais Faure Gnassingbé a discrètement pris contact avec le président béninois nouvellement élu pour le féliciter. À Lomé, l’arrivée au pouvoir de Romuald Wadagni est perçue comme une opportunité majeure pour relancer un dialogue aujourd’hui quasiment rompu, sur fond d’accusations de déstabilisation.

L’échange téléphonique n’a fait l’objet d’aucune communication officielle. Mi-avril, le chef de l’État togolais, Faure Gnassingbé, a discrètement appelé le président béninois nouvellement élu, Romuald Wadagni, pour le féliciter. Quelques heures plus tôt, le 14 avril, la Commission électorale nationale indépendante (Cena) avait proclamé la victoire du ministre béninois des finances avec plus de 94 % des voix.

Si l’investiture officielle n’aura lieu que le 24 mai, elle suscite déjà un réel enthousiasme à Lomé. Depuis près d’un an, les relations entre les deux capitales sont en effet particulièrement tendues. Les deux chefs d’État, Patrice Talon et Faure Gnassingbé, ne se parlent quasiment plus, sur fond d’accumulation de différends diplomatiques et sécuritaires.

Le plus sensible d’entre eux concerne le rôle présumé joué par Lomé dans la fuite du lieutenant-colonel béninois Pascal Tigri, considéré par Cotonou comme le cerveau de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 contre Patrice Talon. Après l’échec de ce putsch, qui a fait plusieurs morts, l’officier mutin est parvenu à échapper aux autorités béninoises avant de trouver refuge au Niger, où il est toujours présent.

Tentative de coup d’État

Selon les services béninois, Pascal Tigri aurait d’abord transité par le Togo avec l’aval des autorités togolaises. D’après plusieurs éléments remontés à la présidence béninoise, il aurait été pris en charge à la frontière par des contacts liés aux services de renseignement togolais, avant de traverser le pays jusqu’à Lomé. Après moins d’une semaine sur place, il aurait rejoint Niamey à bord d’un jet privé spécialement affrété.

Aujourd’hui hébergé dans l’une des villas ministérielles situées près de la présidence nigérienne, Pascal Tigri bénéficie de la protection du chef de la junte, le général Abdourahamane Tchiani, avec lequel Faure Gnassingbé entretient une relation de confiance. Activement recherché par les autorités béninoises, qui ont émis un mandat d’arrêt international à son encontre, l’officier est également visé par des recherches menées avec l’appui de plusieurs partenaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

À Cotonou, cet épisode a achevé de convaincre Patrice Talon de l’implication indirecte de Lomé dans les activités du réseau putschiste béninois. Une affaire venue s’ajouter à plusieurs années de crispations entre les deux voisins.

Le cas sensible de Reckya Madougou

Le premier point de rupture remonte notamment à l’arrestation, en mars 2021, de l’opposante béninoise Reckya Madougou, en pleine campagne présidentielle, puis condamnée pour « association de malfaiteurs et terrorisme ». L’interpellation de cette proche de Faure Gnassingbé avait profondément irrité le président togolais. Détenue depuis près de cinq ans à la prison d’Akpro-Missérété, Reckya Madougou demeure un sujet majeur de tensions entre les deux pays. Faure Gnassingbé a régulièrement laissé entendre qu’un geste à son égard constituerait un préalable indispensable à une normalisation des relations bilatérales. À cela se sont ajoutés les liens étroits entretenus par Lomé avec les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES), en particulier le Niger, pays voisin de Cotonou et

hostile à Patrice Talon.

Les autorités béninoises observent également avec méfiance les relations entretenues par Faure Gnassingbé avec certaines figures de l’opposition béninoise, à commencer par l’ancien président Thomas Boni Yayi, qui s’est discrètement rendu à Lomé fin 2025.

C’est dans ce contexte particulièrement sensible que Romuald Wadagni est attendu par les autorités togolaises. À Lomé, beaucoup espèrent que son arrivée au pouvoir permettra d’amorcer un dégel progressif de leurs relations, notamment sur le dossier Reckya Madougou.

Romuald Wadagni très apprécié par Faure Gnassingbé

Le sujet reste toutefois hautement délicat pour le président élu. Son prédécesseur Patrice Talon, qui l’a désigné comme candidat du camp présidentiel, refuse toute libération de l’opposante et continue de défendre une ligne dure à l’égard du Togo. Dans ce contexte, les premiers gestes de Romuald Wadagni vis-à-vis de Lomé seront particulièrement scrutés par le clan de l’ancien président béninois. Sa marge de manœuvre apparaît d’autant plus étroite qu’il devra éviter que ce dossier ne se transforme en point de friction avec son prédécesseur.

En coulisses pourtant, Romuald Wadagni souhaite clairement renouer le dialogue avec le Togo. Le futur président béninois dispose de liens étroits et anciens avec le pays voisin, où il a étudié dans sa jeunesse et où réside toujours une partie de sa famille.

Depuis 2023 déjà, alors que les tensions entre Patrice Talon et Faure Gnassingbé étaient devenues palpables, Romuald Wadagni avait progressivement été chargé d’assurer le lien entre eux. Il se rendait régulièrement à Lomé pour transmettre des messages et tenter de préserver un canal de communication minimal entre les deux présidences, alors que le chef de l’État togolais a toujours apprécié l’ancien ministre des finances béninois.

Aurélien Agbénonci à Lomé

Avant lui, ce rôle était principalement assuré par l’ancien puissant ministre béninois des affaires étrangères, Aurélien Agbénonci, en poste de 2016 à 2023. Ami de longue date de Patrice Talon et très introduit auprès de Faure Gnassingbé, il avait néanmoins été brutalement écarté du gouvernement en 2023. Aurélien Agbénonci a ensuite discrètement quitté le Bénin, fin 2024, pour s’installer à Lomé. Son départ est intervenu quelques semaines après l’arrestation d’Olivier Boko, ancien conseiller spécial et compagnon de route historique de Patrice Talon, poursuivi pour « complot contre la sûreté de l’État » et toujours détenu.

Depuis le Togo, l’ancien chef de la diplomatie béninoise reste extrêmement discret et évite toute prise de position publique sur la vie politique nationale. Son éloignement prolongé illustre les profondes fractures apparues entre Patrice Talon et plusieurs de ses anciens alliés historiques, tout comme son choix de s’installer à Lomé avait irrité la présidence béninoise.

À la suite du départ d’Aurélien Agbénonci, Romuald Wadagni a pleinement repris le rôle de canal officieux entre Lomé et Cotonou. Pendant près de deux ans, il est parvenu à maintenir un minimum de contacts entre les deux présidents. Mais le climat s’est tellement détérioré au cours des derniers mois que le futur président béninois, pourtant habitué des déplacements à Lomé, ne s’y est plus rendu depuis près d’un an.

Lors de leur échange téléphonique de la mi-avril, Faure Gnassingbé et Romuald Wadagni ont convenu de se rencontrer prochainement. Un premier signal vers un possible dégel de l’axe Cotonou-Lomé.

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