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Création des masters professionnels à l’Ecole normale supérieure d’Atakpamé, pour quelle opportunité ?
Depuis « Le Processus de Bologne » qui porte, entre autres, sur l’harmonisation des diplômes et la mobilité étudiante, les réformes se sont succédé dans les universités. Au nombre de ces réformes la professionnalisation des formations universitaires. En Afrique, surtout, elle est à la mode. Elle est une grande innovation. Elle cherche, semble-t-il à répondre à la question de l’employabilité des jeunes diplômés. On a pu alors assister à des visions contradictoires : celles qui pensent que la professionnalisation risque d’enlever à l’université ses fonctions classiques et celles d’une université devant former les professionnels. Le débat peut pourtant surprendre tant la question de la professionnalisation à l’université n’est pas nouvelle : le modèle d’une formation professionnelle est d’ailleurs « le fondement d’une institution dans laquelle les formations de médecine et de droit, par exemple, ont pour vocation de former les étudiants à des professions bien identifiées. »
L’innovation, concerne toutes les activités fondées sur le savoir et sur l’apprentissage. Elle est devenue un enjeu politique, et les institutions internationales ne cessent de la promouvoir et d’en faire le défi essentiel des sociétés contemporaines. L’innovation est un ferment de la compétitivité et de la croissance économique et le devenir des pays passe par un renforcement de la recherche et de la formation. Dans le contexte de la mondialisation, de plus en plus dépendante des connaissances, l’enseignement supérieur est plus que jamais un facteur de compétitivité économique. Par la création, la diffusion et la conservation de la connaissance et par la formation des hommes, les universitaires deviennent ainsi les principaux acteurs de cette nouvelle économie fondée sur la connaissance.
Et pourtant, les universités et les universitaires ont toujours joué un rôle essentiel dans les grandes orientations de nos sociétés car le projet de l’université, c’est de mettre le savoir et l’innovation au cœur de la société. L’économie moderne fondée sur la connaissance mobilise de plus en plus des savoirs divers et par nature complexes qui sont directement reliés aux savoirs développés par la recherche fondamentale. « Ce sont les laboratoires universitaires qui préparent la compétitivité de demain ». L’université n’exclut aucun savoir qu’il soit théorique ou pratique. Développer, transmettre des compétences et les faire évoluer sont aussi les missions des universités, tout autant que la création et la transmission de connaissance abstraites.
Les universités ont été des lieux de professionnalisation et la formation de professionnels compétents est l’une des missions fondamentales des universitaires. C’est pourquoi il ne faut pas opposer les savoirs et tomber dans le piège de la fausse opposition entre savoir opérationnel et savoir théorique, les deux sont parfaitement complémentaires et nécessaires.
Les gouvernements, face à la professionnalisation universitaire, semblent parfois manquer d’idées réellement novatrices. Les enjeux actuels touchent l’équilibre entre compétences techniques, savoirs fondamentaux, et adaptabilité face aux besoins changeants du marché, poussant à innover avec des approches comme l’apprentissage hybride, les certifications professionnelles, et une meilleure articulation avec les entreprises pour des parcours plus fluides et actualisés.
Au vu des tendances internationales, il devient nécessaire de moderniser la forme, la structure et le contenu de l’enseignement supérieur. Dans cette perspective, il faut mettre en œuvre les fonctions sociales des universités qui visent la création, la conversation et la diffusion des valeurs scientifiques et culturelles. Les universités ont également pour mission la formation initiale et contenu du personnel pour la culture, le développement de personnalités créatives, des compétences et des aptitudes nécessaires à l’activité professionnelle et sociale, la formation de la conscience et de l’identité nationale, le développement de la culture nationale et la promotion du dialogue interculturel. Les jeunes diplômés doivent être instruits, doivent avoir une compétence dynamique pour s’intégrer efficacement dans une économie en mouvement et en transformation.
L’Homme a besoin d’une éducation éclairée et équilibrée qui le prépare à la fois à la vie intérieure, individuelle, et à la vie extérieure, sociale ; une éducation qui, d’une part, l’éveille à son état d’Homme et, d’autre part, l’aide à intégrer le monde et à maitriser les réalités existentielles. Former autrement, c’est aussi permettre à toutes les potentialités d’un individu de se développer librement pour qu’il puisse offrir aux autres et au monde le meilleur de lui-même, tout en sauvegardant tout au long de son existence la fraicheur, la spontanéité et l’ouverture d’esprit. Cette caractéristique détermine la compétitivité de l´individu inséré dans l’économie du savoir. Au diplômé, on demande qu’il ne soit pas seulement un bon exécutant, mais aussi d’être capable d’acquérir les
connaissances nécessaires à son développement.Innover, c’est penser autrement. C’est l’aboutissement d’un processus fondé sur la démarche scientifique qui met le savoir au service de la professionnalisation.
Dans un contexte économique caractérisé par de profondes mutations, il est impérieux de renforcer les liens entre l’enseignement supérieur et le monde de l’entreprise tout en préservant les valeurs fondamentales de l’université et que ses finalités ne soient pas dictées par « des impératifs à cout-terme et ne pas tomber dans le court termisme de l’adaptation aux cycles économiques».
Création des masters professionnels à l’école normale supérieure d’Atakpamé, quelle opportunité ?
Ministre, gouverneur, préfet, conseillers régionaux et municipaux, directrice de cabinet et bien d’autres personnalités politiques, administratives et universitaires étaient au rendez-vous de la grande innovation du Ministre délégué en charge de l’enseignement supérieur, le Professeur Gado TCHANGBEDJI. La pièce se jouait dans la grande salle de conférence de l’Ecole normale supérieure d’Atakpamé.
C’était le 6 janvier 2026. « Cette initiative s’inscrit pleinement dans la politique gouvernementale visant à rehausser la qualité de l’enseignement secondaire ». Il s’agit, par ailleurs, dit-on, du fruit de la vision de SEM Faure Gnassingbé, Président du Conseil, « qui place le développement du capital humain au cœur de la stratégie nationale ». Il est tout de même révélateur que dans la confusion ambiante, dans ce contexte de léthargie intellectuelle qui a gagné les esprits à l’entrée dans la Cinquième République, on se raccroche sans coup férir au mot d’ordre du Président du Conseil : « Protéger, Rassembler, Transformer». Le Président du Conseil a donné la trame de sa nouvelle gouvernance. L’idée est excellente et salutaire.
Dans le domaine éducatif, « transformer » a trouvé un écho inouï. Chaque acteur y va de son invention. La création d’un master (qu’il soit professionnel ou recherche, peu importe) à l’Ecole normale supérieure d’Atakpamé en est une.
Rappelons que l’École normale supérieure d’Atakpamé est créée le 4 septembre 1968 par un décret de Gnassingbé Eyadéma. Comme toute autre école normale, elle s’organise sur un enseignement des sciences exactes, des lettres ou des sciences humaines et est destinée à former des enseignants.
La démarche est d’autant plus surprenante qu’elle émane d’un Professeur titulaire d’université, un ancien Doyen de Faculté. Préoccupé de faire « quelque chose » pour faire plaisir au Président du Conseil, le Professeur Gado sort la grande artillerie : la création des masters professionnels de mathématique, de lettres et de philosophie. Il faut noter, par ailleurs, que les sémantiques d’identification de ces masters posent un sérieux problème. A titre d’exemples, les masters professionnels en mathématiques ont des finalités bien différentes de celles de l’enseignement. Ils forment des experts en statistiques, modélisation, data science ou ingénierie mathématique, avec des parcours spécialisés (Data Science, Actuariat, etc.) orientés vers des applications professionnelles en entreprise (banque, assurance, IA, santé) ou la recherche, offrant des compétences recherchées en analyse de données massives et résolution de problèmes complexes, souvent en alternance ou avec stages ; alors qu’un master professionnel en philosophie peut préparer à des métiers spécifiques (culture, communication, fonction publique, éthique, édition) en développant l’esprit critique, l’analyse et la synthèse, souvent par des spécialisations comme l’histoire des sciences ou l’éthique appliquée. Ce sont plutôt des formations qui devraient meubler les offres de professionnalisation dans les universités publiques du Togo.
Le recrutement à l’école normale d’Atakpamé des candidats déjà diplômés des universités classiques pour une formation en master Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation aurait été intelligible et s’accommoderait mieux à la vision du Président du Conseil.
Cet état de fait est suffisamment éloquent pour illustrer le degré de panique de certains acteurs politiques face aux enjeux et aux défis républicains. Faute d’idées, toutes les méthodes sont permises, à commencer par les plus abjectes. Peut-être, bientôt à l’Ecole normale d’Atakpamé un doctorat professionnel pour former les enseignants-chercheurs en Mathématiques, en Philosophie, en Lettres, en Droit, etc.
Enfin, le Ministre délégué a-t-il déjà réfléchi au statut des enseignants moniteurs de l’École normale d’Atakpamé ?
A l’arrivée, on se pose bien de question sur l’opportunité de cette réforme. Les pensionnaires de cette école se plaignent bien souvent de leur sort après leur formation. Il importe de mieux réfléchir sur cet aspect précis que la collection des diplômes. Ceux qui vont à cette école ont à l’idée de trouver à faire à leur sortie. A ce jour, c’est la grande désillusion qui est au rendez-vous.
Au lieu de les libérer au bout des trois ans, on préfère les garder encore pour un Master comptant juste pour du beurre.
La Rédaction
LeCorrecteur