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Portrait d’un leader de l’opposition unique en son genre : Me Yawovi Madji Agboyibo du CAR

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Me Yawovi Agboyibo, le chantre du brouillard et de la confusion politique

Me Yawovi Madji Agboyibo du CAR n’a pas encore tiré les leçons des erreurs des 22 ans de lutte pour l’instauration de l’Etat de droit au Togo. Ses violons d’Ingres sont le double langage, le mensonge, les coups bas, la sournoiserie, etc. quoiqu’il se présente comme le sauveur du peuple togolais qui veut du nouveau après plusieurs années de dictature étouffante. Qui est Yawovi Agboyibo, ce chantre du brouillard et de la confusion politique qui vient d’initier une alliance destinée à pérenniser le règne des Gnassingbé ?

Du parti unique à la création du FAR

Avocat de profession, Me Yawovi agboyibo a mis son énergie et son intelligence au service de la dictature de feu Général Gnassingbé Eyadema. Il fut membre de la cellule 39 du RPT – parti unique – à Lomé, président de l’Amicale des ressortissants de Yoto à Lomé, puis député de Yoto dans la législature 85-90 et 90-95 interrompue par les tumultes politiques même s’il s’est défendu plus tard qu’il était allé à ces élections sous le manteau de candidat indépendant. Bien ancré dans le parti, il avait l’exclusivité des dossiers juridiques du régime Eyadema. « Il conquiert ainsi la clientèle de nombreuses entreprises publiques demandant et percevant des honoraires importants sur fonds publics. Avocat du gouvernement, des banques, des assurances et des entreprises étatiques, il n’hésite devant rien pour obtenir satisfaction », lit-on dans un livre intitulé « Yawovi Agboyibo, un traître au Togo », écrit par un certain Comité Justice et Vérité.

Quand le dictateur Eyadema avait eu l’idée de mystifier la communauté internationale en créant sur le continent africain, la première Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), il fit appel à Agboyibo qui en devint le premier président. Trois ans avant le soulèvement du 5 octobre 1990, il s’est prêté à la comédie en s’imposant l’omerta sur les graves violations des droits de l’homme. Les révélations faites plus tard à la Conférence nationale souveraine sur les camps de Kazaboua et d’Agombio, etc. en sont la preuve. Bref, la CNDH version Agboyibo n’était que le vernis qui couvre la dictature étouffante.

Opportuniste, il sait où aller quand le vent tourne. Avec les événements du 5 octobre, le changement était irréversible malgré la mise en place par Eyadema du comité des 109 – Agboyibo en faisait partie – qui devait élaborer les textes devant conduire le pays à la démocratisation, et ce selon le rythme du dictateur. Le 17 mars 1991, les étudiants avaient prévu une manifestation d’envergure, et les chauffeurs, le lendemain, c’est-à-dire le 18 mars. Le mot d’ordre de grève des étudiants était la démission immédiate du général Eyadema. Curieuse coïncidence, dans la nuit du 15 mars 1991, la maison d’Agboyibo sise à Doumassessé derrière le Garage central a été incendiée. « La maison d’Agboyibo incendiée, le peuple – naïf qu’il est – se trouvait soudain un grand ami et un éventuel futur « sauveur ». Coïncidence ou calcul, le lendemain même de l’incendie, le célèbre Avocat constituait avec le collectif des étudiants un front. Le FAR (Front des Associations pour le renouveau », constate Andoch Bonin dans « Les conférences nationales en Afrique : Cas du Togo, intrigues et enjeux ». Un front qu’il a présidé avec Me Joseph Kokou Koffigoh, président de la LTDH (Ligue togolaise des droits de l’homme) d’alors. Selon toujours Andoch Bonin, les deux leaders du FAR avaient dissuadé les étudiants qui étaient partis pour réclamer la démission du général président en arguant que « sa démission créerait un vide politique, une vacance du pouvoir ». Mais sous leur houlette, les manifestations de mars à avril 1991 avaient sérieusement ébranlé le pouvoir et conduit à l’adoption de la charte des partis politiques, l’amnistie générale, la tenue d’un forum national devenu plus tard conférence nationale. Grâce également à l’avocat, ses frères de Yoto et les paysans des autres préfectures pouvaient fabriquer et boire du Sodabi à gogo. Dans la « République autonome de Yoto » par exemple, l’un des surnoms de l’alcool est Agboyibo.

Fort de ces succès, Me Agboyibo s’est enveloppé d’un mythe : ses partisans ont distillé dans l’opinion qu’il aurait défié le grand dictateur à Lomé II et se serait évaporé avec un fauteuil présidentiel qui avait finalement atterri à Kouvé, son village natal. Une rumeur qu’il n’a jamais démentie. Dans la foulée, il porta sur les fonts baptismaux le Comité d’action pour le Renouveau (CAR) en trompant le peuple qu’au départ il ne voulait pas créer un parti politique et que ce sont les femmes du grand marché de Lomé qui l’y avaient obligé.

Des combines pour maintenir Eyadema au pouvoir

Après les coups bas des acteurs politiques, l’échec de la grève générale illimitée et les violences qui ont émaillé la transition démocratique, la classe politique togolaise s’est retrouvée à Ouagadougou pour continuer les discussions entamées à Colmar. L’objectif de ces pourparlers togolo-togolais étant de rasséréner le climat politique dans la perspective des premières élections présidentielles. Selon les informations, les opposants réunis au sein du COD II (Collectif de l’opposition démocratique) se sont mis d’accord d’avoir un candidat unique face à Eyadema, conscients de l’imperfection de l’accord de Ouagadougou. Rendez-vous fut alors pris à Cotonou pour le choix du candidat unique de l’opposition. Un choix qui était porté sur Edem Kodjo, président à l’époque de l’Union togolaise pour la démocratie (UTD). De retour à Lomé, Me Agboyibo crache sur ce choix et allègue que sa base a décidé qu’il se présente à tout prix à ces premières élections présidentielles. Mais dans les faits, tout a été manigancé pour maintenir Eyadema aux affaires. L’argument selon lequel il s’est retiré à cause de l’invalidation de la candidature de Gilchrist Olympio, n’était qu’une galéjade.

Il faut le dire, bien avant ces élections, il y avait eu à l’initiative de la France un arrangement entre Eyadema, Edem Kodjo et Agboyibo : Eyadema président pour un mandat de cinq ans, le poste de Premier ministre était promis à Edem Kodjo et celui de l’Assemblée nationale à Agboyibo. Ce qui s’est passé alors au lendemain des législatives de1994, s’est inscrit dans l’ordre normal des choses. C’est pourquoi quand Agboyibo accusait urbi et orbi l’ancien Secrétaire général de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) de trahison, celui-ci ne cessait de déclarer que le patron du parti des déshérités savait bien que c’est lui qui devait être nommé Premier ministre. A l’époque, le président du CAR s’est escrimé à livrer à la vindicte populaire son ami Kodjo, passant aux oubliettes l’arrangement ante-élection. « Les revirements de position répétés de M. Edem Kodjo et le fait qu’il a accepté, en l’absence de consultation de la majorité parlementaire et au mépris de l’accord du 26 mars 1994, d’être nommé Premier ministre, après des manœuvres pour s’assurer la complicité du CAR, sont tels que le CAR ne peut pas aujourd’hui lui faire confiance pour occuper un poste aussi important que celui de Chef de gouvernement », avait dénoncé le CAR dans un mémorandum rendu public le 11 mai 1994.

Et pour se venger, Me Agboyibo et son parti refusent le poste de président de l’Assemblée nationale mais se contentent de celui de 1er vice-président (Gahoun Hégbor). Le comble, l’avocat retire pendant plus de neuf mois ses députés à l’Assemblée, offrant ainsi la victoire du peuple au dictateur Eyadema. « Une analogie serait parfaite entre la grève générale illimitée qui s’est soldée par un fiasco retentissant à cause du caractère irréaliste de ses revendications et l’option politique actuelle du CAR, dont les exigences n’ont pu connaître de satisfaction depuis plus de six mois », écrivait le journal « L’Eveil du peuple » du 5 mai 1995. Une stratégie qui s’est révélée suicidaire. Le parti n’est devenu que l’ombre de lui-même totalisant à peine 6% de l’électorat togolais. Certains députés à l’instar d’Allagbé et Tchegnon s’étant rendus compte des manigances de leur patron, ont préféré rejoindre directement la maison RPT alors que les cadres comme Afan Houenoumadji et Apedo-Amah ont dû abandonner la barque. Le cas le plus récent est celui de son ami et ex-Directeur de cabinet à la Primature Georges Aïdam qui est devenu le vice-président de l’UNIR de Faure Gnassingbé.

Rapprochement avec Faure Gnassingbé

A la suite de sa défaite à l’élection présidentielle de 2003 après avoir beau jouer à la victime dans l’affaire l’ayant opposé à Agbéyomé, le « Bélier noir » s’est rapproché de Faure Gnassingbé alors ministre de l’Equipement, des Mines et des Postes et Télécommunications. Une affaire qui avait fait grand bruit à l’époque. Bien évidemment, après la mort d’Eyadema, des informations n’avaient-elles pas circulé qu’un leader de l’opposition négociait avec le putschiste Faure Gnassingbé le poste de Premier ministre au moment où tous les opposants réunis au sein de la Coalition condamnaient la succession dynastique et réclamaient le retour à l’ordre constitutionnel ? En tout cas, les relations entre Faure Gnassingbé et Me Agboyibo sont cordiales et ne datent pas d’aujourd’hui. C’est dans cette dynamique qu’il a envoyé à l’abattoir Emmanuel Bob Akitani en surfant sur l’ego surdimensionné de l’actuel objet d’art de la République, Gilchrist Olympio, au grand dam du camp Gnininvi. En militant pour la candidature du vieux Bob Akitani, l’avocat entendait fragiliser l’UFC et montrer que ce parti ne donnera jamais aux Togolais l’alternance tant attendue. C’est aussi dans cette dynamique que Me Agboyibo a été nommé sans surprise Premier ministre au lendemain de la signature de l’Accord politique global. Fidèle à ses stratégies, il s’est cristallisé sur l’UFC qui avait refusé de participer au fameux gouvernement d’union nationale au lieu de faire les réformes nécessaires. Le bleu, la couleur traditionnelle du parti, s’est mué en rouge, et Agboyibo devient Jésus tout en assimilant ses amis de l’UFC à Barrabas. Pour la première fois, le parti des déshérités a établi pour la campagne électorale un budget d’un milliard de francs CFA. De sources dignes de foi, c’est le pouvoir qui a financé cette campagne, en allant, par l’entremise de l’ancien Directeur de Cabinet du Président de la République, déposer l’argent chez feu Omar Bongo. Cependant, le CAR ne s’en est sorti qu’avec quatre députés (3 dans le Yoto et 1 dans le Vo). Un score logique eu égard aux multiples acrobaties politiques du natif de Kouvé.

A la fin de sa mission à la Primature, Agboyibo est resté plusieurs mois à la résidence aménagée pour tous les Premiers ministres avant de déménager. Entre temps, son ami Faure Gnassingbé lui a retapé la maison de Doumassessé saccagée en mars 1991 par l’intermédiaire du Directeur général de Progosa, Jacques Dupuydauby, sacrifié en 2009 afin que l’Elysée puisse reconnaître le hold-up électoral de mars 2010.

Du sabotage du FRAC à celui du CST

Justement, à la veille de cette joute électorale, l’épineuse question de la candidature unique de l’opposition était encore sur le tapis. Après avoir participé aux travaux devant déboucher sur la création du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC) et le choix du candidat unique, Me Agboyibo se rebiffe et jase partout qu’il a été victime de guet-apens. « Je ne suis pas habitué à la langue de bois. Je comprends ce que vous dites. Vous voulez parler notamment de Me Agboyibo qui s’est plaint comme quoi il a été victime d’un guet-apens. Vous pensez que Me Agboyibo de par son expérience politique, peut tomber dans un guet-apens que j’aurais tendu ? Vous le croyez sincère quand il dit ça? Alors que la veille de la rencontre, il a précisé dans un journal de la place qu’il va à Paris et que si c’est une question de candidature unique, lui, il ne se laissera pas enfariner ? Vous croyez qu’il n’était pas au courant de ce sujet lorsqu’il m’a envoyé un émissaire, en l’occurrence Me Apévon, un confrère et m’a dit qu’il me fournira toutes les informations nécessaires qui démontrent que l’opinion est avec lui et que la candidature unique ne peut se concevoir qu’autour de lui ? Non, soyons sincères. Il y avait cinq points à l’ordre du jour : le mot introductif et le message, le critère de désignation du candidat unique et son principe lui-même ; les insuffisances du processus électoral et les remèdes à y apporter pour l’améliorer ; la stratégie électorale pour revendiquer la victoire, et le 5ème point à l’ordre du jour, c’était l’ordre politique, c’est-à-dire le projet d’accord pour la désignation du candidat unique. Evidemment lorsque les quatre points à l’ordre du jour ont été épuisés, qu’il a vu que les discussions n’allaient pas vers sa désignation, il a tout simplement claqué la porte en refusant d’examiner le 5ème point à l’ordre du jour. Lorsque vous participez à une réunion, d’entrée de jeu pourquoi ne pas quitter la réunion lorsque vous voyez qu’elle avait un autre objet que celui pour lequel vous étiez arrivé? », avait expliqué l’initiateur de ce projet, Me François Boko, ancien ministre de l’Intérieur, sur radio Kanal FM.

En fait, cette double facette affichée par le patron va faire des émules dans le parti. La députée Tchohlo qui a obtenu ce siège grâce aux manœuvres de Monsieur le Président du CAR, a commencé à s’éloigner de la maison. Depuis qu’elle s’est offert une Prado après un « coup d’œil » du chef de l’Etat, elle n’est plus en odeur de sainteté avec les siens. A cause de ce crime de lèse-Agboyibo, elle ne sera pas sur la liste du CAR aux prochaines élections législatives. Même Henri Gbonê est sommé de ne pas se présenter pour ne s’être pas retiré au profit du pion d’Agboyibo au début de la législature en cours. Sauf revirement, il ira aux élections dans le Yoto en tant que candidat indépendant. Passons.

Mais à la création du Collectif « Sauvons le Togo » (CST), Me Agboyibo et ses lieutenants vont encore étaler sur la place publique leur mauvaise foi. Encore une fois, il a participé aux travaux tout en espérant que les organisations de la société civile allaient amener les partis à conclure des alliances électorales. Il nous revient qu’au cours d’une séance, le CAR aurait proposé que le CST accueille avec le statut de membres fondateurs le COPED et le MEET, deux associations proches de lui. Ce qu’ont refusé les autres qui leur auraient fait remarquer que ces deux associations avaient la possibilité de faire leur adhésion individuellement. Voilà le même Agboyibo qui voulait que ses deux associations aient le statut de membres fondateurs du CST, qui claironne aujourd’hui que les organisations de la société civile n’ont pas le droit de faire de la politique. C’est de l’inculture civique, dira un enseignant à l’université.

Jaloux des succès du CST et militant pour le maintien du clan Gnassingbé au pouvoir, Agboyibo a fait cette sortie médiatique à la veille de la création de la fameuse alliance Arc-en-ciel. En mettant en place cette alliance avec les résidus politiques comme la CDPA, l’UDS-Togo, le MCD, le PDP et le NET, le Bélier noir et ses ouailles entendent jouer aux trouble-fêtes au cours des prochains dialogues. L’autre objectif poursuivi par ces mini-partis qui représentent à peine 7% de l’électorat, est de montrer qu’il n’y a que des radicaux au CST et qu’eux, ils représentent la branche des modérés prêts à dialoguer dans n’importe quelle condition. Et pour entretenir la confusion, le CAR et la CDPA affirment être membres fondateurs du CST tout en étant les initiateurs de l’alliance Arc-en-ciel.

En définitive, les agissements de ces opposants de carrière (Agboyibo et Gnininvi), adeptes des compromis compromettants, doivent constituer un motif de mobilisation pour les Togolais. Qu’ils ne se laissent pas distraire par les aboiements de leurs lieutenants qui lanceront certainement contre nous la fatwa. Mais faut-il laisser Agboyibo et ses amis saboter une fois de plus la nouvelle dynamique qui est enclenchée ?

R. Kédjagni

liberte-togo.com

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