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L’expression du rejet du pouvoir Faure Gnassingbé dans son propre fief

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Abass Kaboua : « Les Kabyè ne seront plus un rempart pour ce régime…Ca va exploser un jour »

Des jeunes qui défient les grenades lacrymogènes et affrontent les forces de l’ordre. Arrachent des pavés et les leur lancent. Les dépossèdent de leurs véhicules. Dressent des barricades. Brûlent des pneus. Séquestrent le représentant du pouvoir central et le mettent à genou. S’attaquent aux symboles du pouvoir et aux biens de ses hommes. Crient « Faure dégage ! », « Faure HAO »… Si c’était une devinette et on demandait de dire là où ces événements pourraient se passer, 99 % au moins des gens qui y seront soumis n’hésiteront pas à citer Bè. A raison, parce que cela lui ressemble. C’est le foyer de la contestation du régime Rpt. Le quartier général hier de l’Union des forces de changement (Ufc) et aujourd’hui de l’Alliance nationale pour le changement (Anc). Le Benghazi du Togo. Mais tout ce beau monde serait passé à côté. Cela se passait à…Kara. Le chef-lieu de la préfecture de la Kozah ! Le fief des Gnassingbé et du pouvoir Rpt ! Là où son candidat est dit plébiscité lors des échéances électorales !

Certains Togolais n’en reviennent toujours pas. Et pourtant c’est ce qui s’était passé jeudi à Kara. C’était une émeute. De la fumée s’élevait au-dessus de la ville. Des échauffourées opposaient un peu partout manifestants et forces de répression. Des étudiants qui descendent dans les rues pour se faire entendre, cela n’a rien d’extraordinaire. Mais qu’ils réclament le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir, il faut avouer que c’est inédit. Surtout qu’on se trouve à Kara. La fièvre a gagné aussi Sokodé et des manifestations d’élèves ont été signalées vendredi. Et par la suite Sotouboua, Adjengré, Pya, Adidogomé.

Si à Kara considérée comme le fief du pouvoir, habitée par le peuple kabyè brandi comme la base électorale du régime Rpt de père en fils, et qui a toujours été en marge des grandes manifestations de contestation du pouvoir en place, on en vient à réclamer le départ de Faure Gnassingbé, c’est dire que quelque chose a fondamentalement changé. Connaissant les manœuvres du pouvoir en place, on est capable de venir raconter que ce sont les opposants qui ont infiltré la marche et profité de cette tribune pour s’exprimer. Même si c’était le cas, l’harmonie avec laquelle les choses se sont déroulées prouve que les étudiants ont accepté ce message, qui serait d’ailleurs crié par certains en…kabyè.

A moins que l’on refuse de faire tourner ses méninges pour honorer le génie créateur de Dieu, ces cris sont l’expression d’un ras-le-bol, de ressentiments accumulés sur les cœurs. Même à Kara, au sein du peuple kabyè donc, on se rend compte de la faillite du régime en place. Le sort de ces populations n’a guère changé bien que ce soit cette ethnie qui soit au pouvoir depuis bientôt un demi siècle, et bien que ses fils comptent parmi les milliardaires cachés du Togo, c’est-à-dire ces gens qui ont vécu à l’ombre du Père et du Fils et qui ont fait fortune, licitement ou illicitement. C’est eux qui sont à la tête des plus grandes régies financières du Togo, Impôts, Togotelecom, et jusqu’à récemment les Douanes, pour ne citer que celles-là. Et ce ne sont là que les plus en vue. A la tête des structures administratives ou à des postes de responsabilité, c’est toujours le même traitement de faveur. Idem au sein de la hiérarchie militaire et dans l’entourage immédiat de l’ « Esprit nouveau », où chacun se crée un business et s’enrichit doucement, loin des yeux et des oreilles indiscrets. Tout ce beau monde compte à travers tout le pays des bâtisses où certains ont dormi à peine une fois – le chef même en dispose une bonne demi-douzaine-, et même à l’extérieur du pays dans les grandes capitales occidentales, s’offre des véhicules qui coûtent les yeux de la tête, multiplie des maîtresses, dispose de plusieurs comptes bancaires garnis tant au Togo qu’à l’étranger…bref ces bien nés mènent une vie princière, alors que les pauvres populations de leurs localités ploient sous le coup de la misère et n’arrivent pas à trouver de quoi tromper la faim. La situation dans certaines fermes laisse à désirer. Certains n’hésitent pas à dire que c’est au nord même que la misère est plus prononcée. A raison d’ailleurs si l’on doit considérer le rapport national sur l’incidence de la pauvreté au Togo, où il est constaté son accentuation au fur et à mesure que l’on monte dans le Togo profond. Toutes ces fortunes, au lieu que ces nouveaux riches les investissent pour créer de l’emploi et venir en aide à leurs frères et sœurs, aux Togolais en général, ils les thésaurisent pour en faire profiter seulement à leurs familles et proches. Pour espérer dénicher un emploi, les jeunes gens sont obligés de débarquer à Lomé. Tous les horizons sont bouchés.

Ces pauvres étudiants qui ont manifesté violemment jeudi, sont simplement révoltés de voir que l’on joue avec leur avenir en refusant de leur accorder le minimum, au moment même où les enfants des barons eux, se font former dans de grandes écoles occidentales, pour revenir les asservir plus tard après le retrait de leurs parents. Si les manifestants sont allés jusqu’à s’en prendre aux symboles du pouvoir, à des sociétés qui le représentent fort bien comme la Direction des Impôts et Togocellulaire, et à des propriétés des cadres du pouvoir en place comme la maison du ministre Pascal Bodjona et du président de l’Assemblée nationale Abass Bonfoh, et en plus réclamer le départ du pouvoir de Faure Gnassingbé, c’est qu’ils se rendent simplement compte que c’est le prix à payer pour avoir des lendemains meilleurs. Et quand on sait que cela s’est passé dans une région où les résultats proclamés de la dernière présidentielle laissent croire que Faure Gnassingbé y est plébiscité, c’est que l’heure est grave, et il doit se rendre à l’évidence.

Il ne sert à rien de brandir des artifices et d’instrumentaliser des événements pour faire croire à une certaine adhésion du peuple à ses idéaux, à une pseudo reconnaissance de la communauté internationale, de se faire octroyer par un quelconque Cpdc des mandats de plus. La réalité est là, c’est qu’il est vomi au sein même du peuple kabyè, qui refuse d’être le rempart d’un système qui l’ignore royalement. Ce que le leader du Mouvement des républicains centristes (Mrc) a bien exprimé sur les ondes de Légende FM, et d’alerter, au vu de la situation : « Ca va exploser un jour ».

Tino Kossi

source : liberté hebdo togo

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