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Les deux visages de Faure Gnassingbé : Le dialogue à la bouche, les armes, grenades lacrymogènes et gourdins cloutés en mains

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Faure Gnassingbé l’avait crié très fort. Il était le rénovateur, bref l’homme par qui le nom des Gnassingbé devrait être réhabilité. Cette volonté de rupture avec son défunt père Eyadéma Gnassingbé, il l’exprimait dans sa célèbre phrase : « Lui c’est lui, moi c’est moi ». Mais aujourd’hui, il peine à la traduire dans la réalité. Vomi par une opposition qui refuse de se laisser bâillonner, Faure Gnassingbé, à l’image de son défunt père, privilégie le recours au dialogue. Mais dans le même temps, il ne se prive pas du plaisir de mater dans le sang les manifestations de cette même opposition.

De père en fils, le régime des Gnassingbé, ce clan qui a pris en otage le peuple togolais, n’a pas changé. Ni dans sa nature, ni dans ses méthodes de conservation du pouvoir à tout prix. Et pourtant, au lendemain du décès d’Eyadéma, suivi quelques heures plus tard de l’installation de Faure Gnassingbé au pouvoir par un quarteron d’officiers, et surtout après la parenthèse de sang de 2005, un brin d’espoir était né auprès d’une frange de la population. A raison, étant donné l’extrême jeunesse du successeur du vieux dictateur au pouvoir et plus encore de son discours sur sa volonté de trancher avec l’ère ancienne. De nombreuses publications autrefois non complaisantes envers le pouvoir d’Eyadéma avaient rangé leurs plumes. Le délit de parenté n’existant nulle part, Faure Gnassingbé ne devrait pas subir la haine viscérale de l’écrasante majorité des Togolais pour son défunt père. Il devrait être jugé sur pièces. Comme tout le monde, il devait avoir une seconde chance. Un délai de grâce lui avait donc été accordé.

Curieusement, une fois bien installé au pouvoir, il n’entend plus le quitter. Au terme de son premier mandat, difficile de dresser un bilan positif de sa gouvernance. Nombre d’entre ceux qui avaient cru en lui avaient fini par déchanter. Clopin-clopant, avec les multiples associations fantoches qui ont poussé comme des champignons et pris d’assaut les villes et les hameaux les plus reculés du pays pour vanter le programme politique de Faure Gnassingbé à coup d’achats massifs des consciences et de distributions du « riz, c’est mon faure 2010 », et surtout les manœuvres frauduleuses dont Pascal Bodjona, son ex-bras droit était le chef d’orchestre, il a pu se maintenir au pouvoir en 2010.

Mais depuis lors jusqu’à nos jours, son pouvoir est contesté dans la rue. Jean-Pierre Fabre, candidat de recours de l’UFC au scrutin présidentiel de 2010 continue de revendiquer sa victoire à ce scrutin. Entre-temps, suite à la crise de leadership doublée d’un combat d’idéologie qui a opposé ce dernier à son ex-mentor Gilchrist Olympio, l’ex-principal parti d’opposition a connu la césure. L’ANC a été créée par les dissidents de l’UFC pour poursuivre le combat pour la vérité des urnes et, garder allumée la flamme de la résistance citoyenne à l’oppression. L’OBUTS, le PSR, l’ADDI, le PTT vont la rejoindre dans ses revendications. Et plus tard, tous ces partis seront appuyés par des organisations de la société civile, au sein d’un collectif dont le nom est assez évocateur et situe sur sa mission. Il s’agit du Collectif « Sauvons le Togo » qui recourt systématiquement et sans discontinuer à la mobilisation populaire pour obtenir des conditions d’un scrutin législatif crédible et une batterie d’autres revendications.

Les deux réponses heurtées du régime à l’opposition

Comme son défunt père, les réponses de Faure Gnassingbé aux multiples revendications de l’opposition se résument à un diabolique maniement du langage de la force et du dialogue. Du CPDC en passant par le CPDC élargi, le CPDC rénové, l’accord RPT-UFC, le dialogue entre partis parlementaires, la classe politique togolaise a exploré toutes les options. Mais tout ceci n’a donné que de piètres résultats, la faute, peste-t-on du côté de l’opposition, à une mauvaise foi caractérisée du pouvoir et à son refus de l’alternance politique au Togo. Pis, le pouvoir manie dangereusement à la fois l’arme du dialogue et celle de la force. Un jour, des grenades lacrymogènes sont tirées sur des manifestants qui sortent à l’appel du CST, des coups de matraques sont au rendez-vous de la répression, des blessés et parfois des morts sont enregistrés, les matériels de sonorisation du CST saisis, les leaders et jeunes militants parfois embastillés et le lendemain, une invitation leur est adressée en vue d’une concertation. Bien sûr, les partis qui mènent la fronde au gouvernement posent des préalables qui n’ont à ce jour vu aucun début de satisfaction. Résultat, les discussions sont constamment boycottées par ces formations politiques de l’opposition.

Le pic de la violence a été atteint lors du retour sur scène des milices pro-RPT/UNIR pour massacrer les manifestants du FRAC/CST au quartier Tokoin-Doumasséssé, avec des couteaux, gourdins cloutés et autres. Sur ce point, il n’est pas superflu de rappeler qu’aucun milicien n’est poursuivi à ce jour, en dépit du fait qu’ils étaient bien identifiables. Même le 05 octobre dernier, la commémoration par le CST du processus de démocratisation a été réprimée dans le sang. La marche prévue à cet effet a tourné court, par la faute des agents forcenés de la répression. Raison invoquée : un désaccord sur l’itinéraire emprunté par les manifestants. Le langage du pouvoir est donc clair : « Vous refusez le dialogue, nous vous réprimons ». Seulement, de quel dialogue est-il question lorsqu’on sait que les conclusions des 17 pourparlers qui ont déjà eu lieu et surtout de l’APG sur la nécessité des réformes constitutionnelles et institutionnelles, sont rangées dans les tiroirs ? Darde un sympathisant du CST. « L’opposition n’a pas la moindre envie de servir de faire-valoir démocratique ni de bâillonnettes au régime en place ».

Du côté du pouvoir, Ahoomey-Zunu, Premier ministre du Togo est formel et l’a exprimé sur les ondes de RFI lundi dernier : « Pour nous, il n’y a pas d’autres solutions. Continuer à rechercher le consensus par tous les moyens en ayant à l’esprit que nous avons intérêt à ce que notre pays s’apaise définitivement ». Il n’hésite pas à se faire hara-kiri : « Nous avons invité à plusieurs reprises cette opposition qui manifeste. Toutes les fois, ils ont refusé de répondre, mais nous avons bon espoir qu’un jour, la raison prévaudra ». Le pouvoir envoie donc la balle dans le camp du CST et de la Coalition Arc-en-ciel et ne pipe mot au sujet de la satisfaction des préalables à tout dialogue posés par les meneurs de la fronde.

Voilà qui illustre la radicalisation des positions de part et d’autre et donne la preuve que le pouvoir en place incarné par le fils d’Eyadéma est resté fermement attaché aux méthodes anciennes de conservation du pouvoir. « Ou vous acceptez de vous laisser bâillonner par un dialogue trompeur aboutissant à des réformettes, ou on vous réprime sauvagement dans vos revendications de rue ». Voilà le message de Faure Gnassingbé, lequel illustre également sa duplicité. Exactement, comme son défunt père. « Esprit nouveau », avez-vous dit ?

Magnanus FREEMAN

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