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Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio, deux légendes de la trahison au cachot du désespoir

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« Je n’en veux point aux sots, j’en veux aux sottises », s’en prenait Jacques DU LORENS, dans ses satires, à la bassesse, à la fourberie, aux fausses grandeurs, à la compromission et à toutes les petitesses que les gueux exhibent comme des étincelles de l’esprit. Le discernement qui caractérise l’auteur est aussi viril chez les Togolais. Ils ne supportent jamais la trahison, le mensonge, tous les relents d’ingratitude, les déviances immorales et les écarts aux effluves de suffisance et de mépris.

Malgré toutes les souffrances, tous les traumatismes des violences sociopolitiques et l’aridité de leur quotidien, les Togolais restent lucides. Cette qualité est une force qui tient leurs espoirs, leurs ambitions et leurs attentes de voir leur terre renaître de ses cendres. La clairvoyance leur fait désirer des hommes de qualité pour la gestion de leur pays, c’est-à-dire, ceux qui ont une inclination particulière pour la justice, le bien, le progrès, la droiture, l’humain-patron, l’épanouissement pour tous ; en un mot, ceux qui disposent d’une grande âme.

En observant l’échiquier politique national, ceux qui ont la charge de conduire notre pays sont dans les compromissions, dans la trahison des attentes de notre peuple. Des avortons et des résidus des partis politiques se tiennent dans une fausse union pour leur propre survie pour s’agripper au pouvoir. Le « Club du petit » et des amis de Gilchrist OLYMPIO manifestent la volonté d’écraser les Togolais par l’autoritarisme de leurs choix dans un rêve cynique de règner contre les orientations populaires que martèle la conscience nationale du changement démocratique.

Ceux qui ont déjà vu Gilchrist OLYMPIO dans ses sorties au Togo et le statut qu’il a de son acte solitaire d’accord historique avec le RPT sont conscients de ce que cet homme est devenu un gâchis moral, politique, social, humain. Il y a des obstinations qui tuent avant notre propre mort. Le capitaine hors de son bateau n’est qu’un fantôme. L’art politique ne consiste pas à se servir des gens pour des ambitions personnelles, mais il consiste à conduire leurs aspirations, à les devancer, à assurer leurs pas dans la confiance qu’ils ont placée en leur leader. Sur cette base, entre les militants et le leader, il y a une pudeur de mérite à porter. Tous ceux qui ignorent cette pudeur sont vite emportés par les flèches de leur propre trahison. Ils ne peuvent pas s’adapter à la conscience populaire, l’orienter vers des horizons prometteurs et anticiper sur l’avenir.

Aussi, avons-nous vu Faure GNASSINGBE se détourner de son parti ombilical. Il a subrepticement créé un antagonisme avec lui en suscitant des MSF (Mouvements de Soutien à Faure) parce qu’il croit qu’en politique, il faut organiser des forces pour imposer des solutions. Ce sont ces mouvements qui harcèlent le RPT à coups de massue et Faure le pousse au précipice avec un coup de pied. Pourtant, c’est ce parti qui l’a parachuté au pouvoir avec abominations et crimes imprescriptibles. Cette faiblesse à la trahison est ce qui révolte la plupart des membres du RPT en ce que ce parti est devenu pour le « champion » la peste ou le choléra dont il faut absolument se débarrasser pour montrer pattes blanches en noyant les imbéciles qui font pour lui le sale boulot des tueries et massacres jamais connus dans l’histoire de notre pays pour l’installer au pouvoir. Ce qui guette le parti auquel Faure tient à créer, c’est la situation actuelle de l’UFC-AGO.

L’obstination de Gilchrist OLYMPIO à prendre les militants de l’UFC pour des sujets et leur imposer ses propres choix, a dégonflé comme une peau de baudruche cette formidable machine politique et son leader exhibé au supermarché des pacotilles diplomatiques amuse un peuple qui lui rit au nez.

De l’obstination de Gilchrist OLYMPIO à l’entêtement de Faure GNASSINGBE, quelle place la voix des militants occupe-t-elle dans les choix et actes politiques de leurs leaders ?

1) Les frères siamois de la trahison

Gilchrist et Faure sont des enfants des anciens Présidents de la République du Togo. Leur descendance ne suffit pas à l’excellence de leurs visions. La naissance n’est rien du tout où la vertu n’est pas. Cette vérité générale est méconnue par la plupart de nos concitoyens qui procèdent par raisonnement de sympathie à la descendance pour en faire le fondement des qualités. Or, chaque homme est une histoire particulière, un monde suffisant à lui-même qui a ses tendances, ses émotions, ses penchants, sa vision autonome, un jardin particulier. Déterminer le caractère, les qualités d’un homme par le biologisme est une approche catastrophique voire insensée.

Qu’il s’agisse de Gilchrist OLYMPIO ou de Faure GNASSINGBE, les Togolais s’en voudront longtemps de s’être trompés sur leurs dimensions, leur état d’esprit, leurs personnalités, leur force morale. Les a priori sont toujours des considérations fallacieuses. Notre grandeur ne réside pas dans l’image de nos pères, mais dans nos capacités propres et des pas que nous faisons dans la vertu et le travail personnel. Parmi ces deux enfants de chefs, ni l’un, ni l’autre ne mérite de si grands honneurs. Ils nous le prouvent à voir leur aveuglement respectif, leur sens atrophié de l’intérêt général, du juste, du bien, du beau et du vrai. Ce qui reste de l’UFC à travers les rêveries solitaires de Gilchrist est dans l’effervescence en bataille rangée contre Faure dans son engagement obstiné à dissoudre le RPT, des preuves patentes que tous les deux sont dans des postures de rejet parce qu’il leur manque le sens de la mesure, une sagesse et une intelligence pour asseoir sans effraction leur autorité.

Comme Gilchrist, Faure est parti trop loin dans ses ambitions personnelles. Il lui serait impossible d’équilibrer son jugement et de renoncer à s’identifier à un fondateur de parti ou d’éviter d’être le meurtrier du parti de son père, le RPT. La minorité autour des frères siamois aime leur dire ce qu’ils veulent entendre. Elle s’évertue au nom de ses propres profits à sceller leur avenir politique, à les enterrer vivants sous les rancœurs des militants de leurs partis respectifs. Gilchrist et Faure ignorent que les rois font toujours des hypocrites et que seul, le ciel fait des dévots. Là, réside la cause de leur enlisement auquel il leur sera impossible de survivre.

A comparer les deux personnalités, elles ont si soif d’autorité et sont lacérées d’un nombrilisme, une tendance maladive à ramener le monde à eux et à eux seuls. Cet égocentrisme est une surestimation narcissique qui a du mal à les renseigner sur leurs propres défauts pour des correctifs nécessaires à leur progrès. Ils sont plutôt engoncés dans la peau de leurs géniteurs qui ont gouverné le Togo dans le triomphe de leurs choix personnels. La compulsion à reprendre les méthodes de leurs pères ne correspond plus à la modernité de notre époque. Les circonstances de la gouvernance ont grandement changé ; elles ne résultent plus de l’autoritarisme et des volontés singulières d’un seul homme. Elles dérivent d’une analyse multidimensionnelle de chaque acte, de tout choix par de véritables maîtres qui transmettent leurs conclusions et leurs observations au chef. La collégialité fait aujourd’hui les Républiques. Nous ne sommes plus à cette époque où le Chef fait le « bonheur » des peuples contre leur gré.

Les deux frères siamois se partagent aussi une passion, celle de la vengeance. Or, en politique, la vengeance n’est pas la meilleure assistance. L’esprit vindicatif qui caractérise les deux rejetons de chefs s’observe dans les manœuvres qui ont abouti à l’exclusion maladroite et illégale des députés ANC (Alliance Nationale pour le Changement) de l’Assemblée nationale et dans l’Affaire Kpatcha. Entre les deux, l’esprit vindicatif a des accents exhibitionnistes chez Gilchrist, la preuve en est qu’il avait promis l’enfer à certains responsables de l’ANC. Chez Faure, il prend des détours insidieux et fourbes pour être plus féroce. De la détention de Kpatcha et co-accusés à la mobilité du chef d’accusation, la froideur des comptes à régler au demi-frère encombrant et prétentieux nous fait frémir d’émoi.

Dans les deux cas d’espèce d’autorité ou plutôt d’autoritarisme, des tombeaux, de nombreux tombeaux ont poussé à leur pas sans qu’ils ne soient capables d’en tirer la moindre leçon, d’honorer la mémoire des disparus ou de se battre pour eux. A travers leurs actes, ils apparaissent aux yeux de la grande majorité des Togolais comme les pires indésirables de la République. La bêtise est tonitruante quand celui qui la commet est investi d’une confiance populaire ou quand il se donne le rôle de porter la voix d’un groupe, d’un peuple. Gilchrist et Faure forment dans leur rapprochement à la tête de notre pays le couple de la déraison. Jamais, ils ne seront honnêtes avec les Togolais. Comme l’écrit Denis DIDEROT dans Encyclopédie : « Plus vous trouverez de la raison dans un homme, plus vous trouverez de la probité ».

2) Actes politiques et mérites

Personne ne peut renverser l’histoire pour convaincre des contemporains lucides. Il y a une escroquerie morale à prêter les habits de MANDELA à Gilchrist. Le grand homme n’a pas osé s’ouvrir au dialogue à n’importe quelle condition ; il n’a pas subordonné non plus sa sortie de prison à un positionnement personnel. L’évolution politique en Afrique du Sud correspond aux balises posées par MANDELA qui tenait à l’émergence de la volonté populaire. Il a orienté sa démarche sur des bases et des attentes de tout un peuple. Il est plutôt question d’un conciliabule entre Gilchrist OLYMPIO et Faure GNASSINGBE sous le couvert du RPT. Une histoire personnelle n’engage outre mesure un peuple, un parti politique.

En outre, ceux qui ont la prétention de comparer Faure à Gorbatchev se moque de Faure et de l’histoire. Le « Saint homme » de l’ouverture démocratique ne s’est pas accroché au pouvoir par des subterfuges et des tripatouillages abjects des textes fondamentaux de son pays. Les falsifications honteuses de l’histoire constituent une faute intellectuelle de dernier cran, une chute du bon sens et une aplasie morale.

Tous ceux qui sont de petit esprit meurent de leurs illusions parce qu’ils sont imbus de leur prétention. Tout ce qui intéresse Faure et Gilchrist, ce sont leurs rêves d’enfants de prendre la place de leurs pères. Et les rejetons des chefs, quoi qu’il advienne, se font le pari d’y parvenir en détruisant tout sur leur passage. Leurs ambitions personnelles démesurées les mettent en situation de la grenouille qui veut faire un bœuf, prendre la taille de cet animal qu’elle envie. Mais, DESTOUCHES, dans Le Glorieux nous instruit : « Quand on fait trop le grand, on paraît bien petit ». Ce paraître est une révélation de l’être, un surgissement à travers des actes désadaptés, inutiles, impropres et insensés. Dans les fausses grandeurs s’étalent les petitesses.

En voulant coûte que coûte prendre la place de leurs papas, être à leurs rangs, Gilchrist OLYMPIO et Faure GNASSINGBE sont les deux piètres trahisons de leurs propre parti, de leurs bases électorales. Ils attendent autre chose que des actes solitaires qui les méprisent. Leurs écarts retentissants sont à la dimension du soutien dont ils bénéficiaient. Ils se sont crus être investis d’un pouvoir extraterrestre et transcendant pour brimer leur propres supports, ceux qui par naïveté ont confondu valeur intrinsèque et valeur de position familiale.

Le réflexe de ceux qui se sentent investis de toutes les forces, c’est de croire qu’ils sont au-dessus de tout le monde et qu’ils peuvent décider tous seuls pour les autres parce que la subordination leur est acquise. Ceux qui ont librement adhéré à des formations politiques ont des exigences à attendre de leurs partis. Ils peuvent librement prendre leur liberté quand le leader a une stratégie, une morale, une disposition éthique en carton.

Tous ceux qui en politique violent les attentes des militants, bafouent les lois, la morale, ne sont pas excusables. Si vous les excusez le matin, en fin de matinée, ils vous demandent le bon Dieu. Cette vérité se traduit en d’autres termes et par extension dans Le Politique d’ALAIN lorsqu’il dit : « Tout pouvoir sans contrôle rend fou ». Aujourd’hui, c’est Faure qui prend le RPT comme le bouc-émissaire de son inconfort politique, de sa gouvernance au tintamarre de l’impunité, de la corruption… Il se résout à le faire disparaître. Pourtant, il a le choix de créer son propre parti pour se démarquer du RPT s’il s’y sent à l’étroit. Les sieurs PERE et AGBEYOME avaient mérité la foudre du parti en y proposant seulement des réformes. Ils ont fini par créer eux-mêmes les leurs. Faure, lui, choisit de dissoudre la « cité des privilèges odieux » dont il a promptement bénéficié pour s’installer au pouvoir parce qu’il s’agit de sa Majesté FEG II. Il défie les « chiens de garde » du parti et leurs aboiements s’identifient à l’énergie du désespoir. Par l’arbitraire, le RPT a fabriqué son monstre qui use de l’arbitraire pour l’enterrer. Il sent tellement si mauvais qu’il ne peut se permettre de vivre avec un tel nom des barbaries. La liquidation forcée du RPT est une raillerie parce que ce qui caractérise l’existence, ce n’est pas la résurrection, mais l’effort vers le mieux-être ou le plus-être à partir des choix innovants et un engagement intelligent pour des mutations heureuses.

L’acte solitaire de Faure s’est peut-être inspiré de celui de Gilchrist OLYMPIO dont il a quelques rudiments de la dérive autoritaire dans une cohabitation marquée par des grignotages politiques, techniques et des méthodes.

Tous les Togolais savent maintenant les avariés que produit l’excès de confiance dans les hommes et dans les politiques. Alexandre DUMAS père avait raison de laisser dans ses Mémoires : « Il y a des services si grands qu’on ne peut les payer que par l’ingratitude». Mais l’ingratitude se paie fort cher. Elle répand le parfum des chrysanthèmes.

Didier Amah DOSSAVI

L’ALTERNATIVE 117 du 07 février 2012

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