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Du RPT à l’UNIR : le petit monarque tangue dans une voie sans issue

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La volte-face de Faure Gnassingbé

Tout a débuté aussitôt après les élections présidentielles de 2003, lorsque certains orphelins du défunt RPT avaient pressenti la fin imminente du Général Etienne Gnassingbé Eyadéma. Et face à l’ambition de plus en plus affichée par M. Fambaré Ouattara Natchaba, alors Président de l’Assemblée Nationale, de succéder au dictateur, certains caciques du régime allaient régulièrement voir le Général à Lomé 2 pour étudier les possibilités de sa succession. Les derniers moments du Général Eyadéma, semble-t-il, furent très pénibles pour ce dernier. Le général délirait et perdait la mémoire par moments, raconte un ancien ministre.

C’était à cette période que certains barons, à l’instar du Ministre Pitang Tchalla seraient arrivés à se rapprocher davantage du vieux. Car il s’arrangerait à être toujours seul avec l’Homme du 13 janvier pour en être le seul confident. Pendant ce temps, le plus «Faure» de ses fils et ses frères s’occupaient de leurs « affaires » : des filles de gauche à droite, des pseudos hommes d’affaires çà et là, sans oublier les pilleurs de l’économie nationale. Ils faisaient des allers-retours au domicile sans même se soucier de leur géniteur gravement malade.

Au cours de l’une de ces rencontres à laquelle aurait participé un général très connu, il était question de trouver une formule pour embastiller l’homme de Sansané-Mango. Car ce dernier devenait de plus en plus arrogant, parlait en désordre, même au téléphone. Ses conversations téléphoniques sur les numéros locaux comme étrangers étant systématiquement transférées à qui de droit. Au sortir de cette réunion, le Général en question se serait approché du négationniste Abass Bonfoh, alors Vice-président de l’Assemblée nationale, qu’il considérait comme un frère de village, pour en savoir sur les dispositions inscrites dans leur règlement intérieur en vue du remplacement du Président. Abass Bonfoh, voulant vouer sa fidélité à Natchaba, va courir comme un petit lapin pour aller faire le « kpakpato » de sa conversation avec son frère. Le sieur Natchaba, maîtrisant les habitudes de la maison, va, à son tour, anticiper sur cette affaire de succession devant Eyadéma. Résultat, Faure Gnassingbé sera nommé ministre pour mieux suivre les circuits d’argent. C’est ainsi que le 1er complot contre Natchaba avait échoué.

Le Général qui s’est vu non seulement trahi par Abass Bonfoh et son image écornée vis-à-vis de ses pairs, va garder des dents contre « le plus chanceux des Togolais ». C’était d’ailleurs la raison pour laquelle il s’était opposé à la présidence par intérim d’Abass Bonfoh. Mais les caciques avaient toujours d’autres cartes à jouer. Une grande croisade de restructuration sera lancée dans l’armée togolaise. Les hauts commandements, les niveaux opérationnels de la grande muette vont être confiés aux frères de même village, aux gendres, bref aux proches. Les caches d’armes aussi vont se multiplier.

Les complices des Coups d’Etat de 2005

Depuis les dernières révélations d’Abass Kaboua, le leader du MRC, il est légitime de se demander si la mort d’Eyadéma est un mythe ou une réalité. On peut avoir des doutes sur les circonstances de sa mort du fait que son corps n’a pas été exposé à son peuple et en l’absence d’un quelconque certificat de décès. Mais ce qui est sûr est qu’Etienne est effectivement mort. De l’autre coté, le débat continue d’être houleux depuis que Kpatcha Gnassingbé, le plus célèbre des prisonniers du Togo, a voulu apporter sa part de contrevérité devant la CVJR, en ce qui concerne les événements de 2005. Toujours est-il qu’il y a une personne qui manque à la liste des auteurs et complices de ce complot contre la Nation togolaise. Elle faisait partie de ceux qui étaient dans l’avion présidentiel ce 05 février 2005. L’avion qui transportait la dépouille de son mari. Et c’était là que tout a été arrêté. Oui, la succession monarchique d’Eyadéma avait été décidée dans cet appareil à bord duquel il y’avait entre autres personnalités, le ministre Pitang Tchalla, les fils Faure et Kpatcha Gnassingné. Celle dont on ne parle jamais dans cette affaire s’appelle Mme Hubertine Badagnaki épouse Gnassingbé Eyadéma. Dans cet avion, lorsque le choix entre Kpatcha et Faure s’était posé pour prendre la succession d’Eyadéma, il a fallu que la belle mère tranche en dernière position. C’est elle, qui aurait désigné Faure Gnassingbé du fait de son prétendu tempérament olympien, d’après un reportage diffusé sur Rfi. Le choix de cette femme d’Eyadéma s’était imposé avant la descente de l’avion sur le tarmac CETAP de Lomé. Ainsi, depuis le passage de l’ex-DG de la SAZOF devant la CVJR, beaucoup se demandent « qui est Kpatcha pour affirmer avoir fait plier la hiérarchie militaire à faire allégeance à son frère Faure ». Le député de la Kozah n’avait-il pas respecté que la volonté de leur belle mère? Il serait aussi légitime de se demander qui est cette femme d’un ancien président qui continue de vivre dans le camp militaire, plus de sept ans après le décès de son mari.

En fait, Mme Badagnaki continue de résider au camp militaire qui porte le nom de son défunt mari alors que même les généraux n’ont plus une seconde de plus à vivre dans les camps lorsqu’ils sont admis à la retraite. Selon les indiscrétions, cette femme d’Eyadéma se sent plus protégée par les nombreux sacrifices et gris-gris que son défunt mari a entrepris dans ce camp. Et si, au lieu de désigner Faure Gnassingbé comme successeur, elle avait plutôt insisté sur le respect de la constitution togolaise ? Le Togo aurait fait l’économie de ces centaines de morts. On peut se demander aujourd’hui si Mme Badagnaki est satisfaite de son choix ? A en croire certaines sources, depuis l’affaire Kpatcha et co-accusés, même les rencontres hebdomadaires entre la belle mère et le fils président seraient boudées par ce dernier. Ainsi, quelques années après sa prise de pouvoir, Faure Gnassingbé a fini par montrer son vrai visage. Au point où, même son sujet, Eric Kpadé de l’UMP l’a confirmé le 14 mai dernier sur les ondes de Légende FM «…Faure était toujours derrière les rideaux de son père…». Ce qui conforte les propos de Mimi Gnassingbé «Faure est toujours caché derrière les rideaux et tire sur les ficelles ». Le processus amenant à la création-fusion-dissolution du RPT à l’UniR a été l’une des preuves suffisantes que Faure Gnassingbé est le vrai maître à bord.

De la famille Gnassingbé Eyadéma à Gnassingbé Eyadéma Faure

Pour se distinguer de son géniteur, Faure Gnassingbé confiait aux Togolais que « Lui c’est lui. Moi c’est moi». C’est ainsi qu’il donnera comme patronyme à sa progéniture Gnassingbé Eyadema Faure au lieu de Gnassingbé Eyadéma. Le président togolais n’est pas marié. Mais il a une équipe de rugby à quinze (15). Or une équipe a toujours des réservistes. Comment Faure peut-il parler de réconciliation, si ses propres enfants « Gnassingbé Eyadéma Faure » ne se connaissent pas et ne peuvent même pas se visiter ? D’autres enfants connaissent à peine leur papa. Au niveau de ses neuf « filles-mères » et la multitude de copines, c’est la grande guéguerre. Elles ne se connaissent forcement pas. Mais de loin, elles se regardent en chiens de faïence. Le Général Gnassingbé Eyadéma avait au moins un minimum du sens de la famille. Car chaque jour que Dieu fait, et qu’il se retrouve sur le territoire, il partageait des repas en famille autour d’une même table.

Pour avoir répondu à l’invitation d’une des coépouses à l’occasion du baptême d’une « petite fille de la nation », un honorable député qui plus est, oncle maternel du prince, s’est vu expulser d’une maison de la Cité OUA, que lui avait offerte la redoutable égérie présidentielle. Etant elle-même l’une des élues du prince.

Disons-le, la différence d’action entre le père et le fils est très nette. Papa Eyadéma ne mêlait jamais ses femmes et copines aux affaires de l’Etat. Mais avec le fils, elles sont au gouvernement de Houngbo, à la tête des sociétés d’Etat, dans les affaires et arrachent des marchés tous azimuts. Cette situation amène souvent à des conflits que des barons tentent de régler en organisant des voyages de réconciliation à bord de l’avion présidentiel.

L’esprit nouveau et sa compréhension de « l’UNION »

Au moment où des millions de Togolais tirent le diable par la queue, les posters de Faure Gnassingbé pullulent dans tous les coins de rue, de Lomé à Cinkassé, les calendriers, tricots et autres gadgets sont imprimés avec l’argent du contribuable et distribués sur le territoire. A voir les posters et les différentes positions du « fils de la nation », on dirait qu’il est devenu un mannequin qui organise le prochain défilé de mode. Pourtant, lors du dépôt de sa candidature pour la présidentielle de 2005, M. Faure Gnassingbé avait comme qualification professionnelle « Gestionnaire ». Pour l’élection de 2010, il change et devient « Expert Financier ». Et pour la création de l’UniR, il pique et devient « Président de la République ». C’est ce qu’on peut lire dans le quotidien national TOGO PRESSE sur la déclaration provisoire de l’UniR. Comment M. Faure Gnassingbé peut utiliser ce titre dans la déclaration de son parti politique ? Ces mêmes erreurs figurent au niveau d’autres membres de ce parti. Voilà ce qui dénote de l’amateurisme, la légèreté et l’empressement avec lequel ce parti UniR est créé. Malgré ces manquements, le dossier a été accepté par le ministre Akoussoulèlou Pascal Bodjona. Comme le disait un Professeur d’Université de Lomé à ses étudiants, il y a quelques semaines « Etienne a rassemblé les Togolais et son fils Faure vient les unir. Voilà comment le père et le fils tournent en bourrique les Togolais pendant près de 50 ans». Au fil du temps, les Togolais vont se rendre à l’évidence que celui qu’on leur présentait comme un agneau est plutôt un loup.

Le mutisme des barons du RPT en est aussi une preuve. Sa façon cavalière de dissoudre le vieux parti et les frustrations que cela engendre sont loin d’unir. Lors de son discours du 26 avril 2012, Faure Gnassingbé déclarait en ces thermes : « Il y a une minorité qui accapare les richesses du pays… ». Plusieurs observateurs assimilaient ce passage du discours à un simple jeu. Non. Selon un analyste politique que nous avons approché, ce passage du discours, dénote du degré de nuisance que Faure Gnassingbé peut atteindre pour faire plier toute dissidence. Et pourtant, l’assemblée avait déclaré que tous les membres sont libres de tout engagement. Il s’adressait ainsi à tous les conservateurs qui s’étaient enrichis sous le manteau du RPT mais qui voudraient bouder son UniR. Les plus visés sont Kofi Walla, Patassé, Kanikatoua, Boukpéssi, Abass Bonfoh… Dans cet ex-parti RPT, chacun connaît les casseroles de l’autre. L’Esprit nouveau compte lancer à tout moment une croisade ; des arrestations pour fraude et détournement contre les dissidents. Comme illustration, ce baron qui, sur instruction de Faure, aurait débloqué 250 millions pour l’organisation du congrès extraordinaire de la mort du RPT. Il était question qu’il devrait y avoir une rencontre entre les deux hommes avant le début des travaux. Celui-ci devrait arriver à le persuader de conserver le RPT. Le jeune monarque va l’éviter jusqu’à la fin des travaux. Il prendra la voiture pour poursuivre l’hélicoptère jusqu’à Atakpamé. Mais hélas. Il arrivera tard sur les lieux. C’est alors qu’il va sentir un malaise qui l’obligera à se faire hospitaliser. C’était inadmissible pour ce baron qui croyait avoir rendu service à la famille Gnassingbé pendant des années en camouflant les gros détournements des fonds. C’est lui qui dépose à chaque élection, les dossiers de candidature du Père au Fils.

Voilà les difficultés que rencontrent les anciens barons du parti. Que vont devenir certains d’entre eux qui ne connaissent pas le prix du litre de carburant car disposant à suffisance des bons et des réserves dans les stations services ? D’autres encore n’ont ni véhicule propre, ni de domicile. Une enquête au niveau d’une banque de la place permet de savoir qu’il y a des barons du feu RPT qui ont contracté des prêts bancaires en leur nom propre et au nom de leurs enfants avec comme caution solidaire Gnassingbé Eyadéma. Hormis ces tableaux sombres, M. Faure Gnassingbé est aussi arrivé à piéger d’autres barons en faisant de leurs enfants, des collaborateurs, de petits nouveaux riches sans formation ni emploi véritable, des trafiquants de tous genres mais qui sont habitués à la vie facile. Donc des partisans de moindre effort qui peuvent même assassiner les parents pour demeurer avec le prince.

Le nouveau parti UniR semble déjà mal parti. D’abord, par principe, on adhère à un parti politique sur la base des idéaux et non par cooptation des membres. Les quelques personnalités cooptées ne représentent que l’ombre d’elles-mêmes. Le cas de George Aïdam ne peut être qu’une déception. Ce transhumant du CAR à l’UniR fait partie des pilleurs du Togo pendant la transition de Koffigoh. Il est souvent accusé d’avoir détourné des bourses scolaires au profit de ses enfants et de sa belle-famille. En plus, nous sommes peut-être en présence de l’union de la Franc-maçonnerie et de la Rose Croix. Faure étant le patron du premier groupe et George de l’autre. Il suffit de voir les prétendus grands mouvements de ralliement. Des ralliements qui s’assimilent à la mendicité. Si jusqu’ici c’est l’Alliance de Dahuku Péré qui se présente comme le plus gros parti tenté par cette mésaventure, c’est parce que cet « apprenti chrétien » qui voyait venir le tsunami, avait été asphyxié depuis sa dissidence. Et même s’il ne se ralliait pas, ses membres vont courir à la mangeoire de l’UniR. Le même scénario est présent dans la tête de l’UFC/AGO et c’est la raison fondamentale pour laquelle Gilchrist Olympio ne peut pas contredire les actions de Faure et son gouvernement.

Afin que le ciel s’éclaircisse davantage sur la « Terre de nos Aïeux », les Togolaises et les Togolais se doivent de prendre leur destin en mains.

B. Douligna

source : liberte-togo.com

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