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De la réalité de l’homosexualité dans les églises au Togo

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EHAIA identifie plus de deux mille personnes à Lomé, à Kpalimé et à Aného
* Pasteur Godson Lawson : « Nous leur enseignons des techniques d’étude biblique à utiliser lorsqu’ils se rencontrent »
L’initiative œcuménique du lutte conte le VIH/SIDA en Afrique (EHAIA) qui est un programme du Conseil œcuménique des églises (COE) est en atelier depuis mercredi, avec des personnes ayant des relations sentimentales avec leurs semblables, dans un hôtel à Lomé. Ils sont une vingtaine de jeunes appartenant à ce qu’on désigne comme une « minorité sexuelle », à participer à cet atelier axé autour d’une réflexion sur leur vulnérabilité au VIH/SIDA dans le contexte togolais.

« La lutte contre le SIDA est maîtrisée au sein des églises, mais il y a une croissance de la prévalence au sein des groupes spécifiques et des minorités sexuelles, notamment les travailleurs de sexe, les usagers de la drogue, les homosexuels, etc. », à indiqué hier le pasteur Godson Lawson, Vice-président international du Conseil d’Administration du programme EHAIA, en marge de l’atelier. « Des enquêtes ont montré au Togo que ces groupes sont représentés au sein des églises », a révélé le pasteur qui précise que « ce sont des gens qui sont dans des églises, qui se connaissent, qui se réunissent souvent pour parler de leurs problèmes, mais que des responsables d’églises ne connaissent pas».

Durant les trois jours de travaux, les participants qui sont des élèves, des étudiants, des personnes qui travaillent, sont entretenus sur plusieurs thèmes dont : « Prévention de l’infection à VIH et les nouvelles opportunités de traitement pour les groupes spécifiques, les minorités sexuelles et les MSM », « Méthodologie de l’étude contextuelle de la Bible dans les groupes spécifiques », « L’infection à VIH et l’homophobie dans la culture africaine et les communautés religieuses », « Implications éthiques de la relation masculin-masculin ; feminin-feminin en situation d’infection à VIH », « Société humaine, éducation traditionnelle, masculinité et différentes formes d’homophobies », etc. Des professeurs d’Université sont sollicités pour les entretenir sur ces différents thèmes.

Selon les organisateurs de l’atelier, qui n’est pas le premier du genre à l’actif de EHAIA, un mécanisme de suivi est prévu à cette rencontre. Il est envisagé l’élaboration d’un document de prévention, de conseil à l’endroit des minorités sexuelles au Togo et d’une cartographie de la situation dans notre pays.

Il faut le signaler, l’atelier de l’organisation internationale chrétienne n’est pas destinée à décourager ceux dont l’orientation sexuelle est source de curiosité, mais plutôt à les doter d’outils pour mieux vivre dans un contexte aussi hostile comme celui du continent africain et les amener par exemple à avoir un meilleur accès aux soins en matière de VIH/SIDA. EHAIA croit que « les gays, les lesbiennes, les bisexuels et les transgenres font partie de tant de familles dans notre pays, font partie de la famille humaine, de la famille de Dieu et bien sûr de la famille africaine », d’où son intérêt à leur égard. Pour les homosexuels eux-mêmes, Dieu ne serait pas homophobe, et ils s’appuient par exemple sur les propos de certaines célébrités comme l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu qui aurait affirmé qu’il n’aurait « jamais adoré un Dieu homophobe », estimant que « les gays sont eux-aussi créés à l’image de Dieu », et d’inviter les homophobes à lui montrer « où le Christ a dit aime ton prochain, sauf l’homosexuel ».

Au Togo, des enquêtes ont démontré que les MSM (ndlr : homosexuels) constituent 17 à 20% des personnes vivant avec le SIDA, les travailleurs de sexe (29%), et les usagers de la drogue (29%). Le programme EHAIA estime à plus de deux mille membres une communauté d’homosexuels déclarés avec laquelle elle travaille et qui est représentée dans les trois villes que sont Lomé, Kpalimé et Aneho.

Comme on le voit, en l’absence d’une législation claire, le phénomène prend de l’ampleur dans notre pays, même si pour l’instant, le rejet social oblige ces « frères et sœurs » dont des officiels de l’Etat (semble-t-il), à vivre cachés.

Maxime DOMEGNI

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