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Coup d’Etat et différends familiaux : La saisie des biens de Kpatcha Gnassingbé, l’ultime preuve de règlement de comptes

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La comédie de procès d’atteinte à la sûreté de l’Etat a connu son épilogue vendredi, avec la condamnation sans état d’âme de Kpatcha Gnassingbé et ses camarades d’infortune. Une bonne partie des inculpés ont été condamnés à des peines allant de 18 à 24 mois de prison, dont un avec sursis, et devraient recouvrer leur liberté, puisque ayant déjà passé plus de deux ans en prison. Le député, le Général Assani Tidjani et le Commandant Atti écopent eux, de 20 ans de réclusion, de même que le Libanais Bassam el Najjar contre qui un mandat d’arrêt international est lancé ; quant au Capitaine Casimir Dontéma et à Towbeli Kouma, ils devront passer 15 ans en prison. D’autres détenus ont écopé de 5 et 10 ans de réclusion. Tous les inculpés ont été déchus de leurs droits civils. Mais ces condamnations suffisent-elles à convaincre de l’existence réelle d’un complot d’atteinte contre la sûreté de l’Etat ?

En tout cas, pas au vu des impressions exprimées par les uns et les autres. Cette affaire de coup d’Etat est une véritable fable, un montage pour coincer Kpatcha Gnassingbé et tuer ses ambitions présidentielles, c’est l’opinion partagée depuis le début de cette affaire. Et elle se trouve renforcée au terme du procès, non seulement au regard de l’obscurantisme manifeste du juge Abalo Pétchélébia et de son associé l’avocat général Komlan Missité, mais surtout d’un aspect de la sentence prononcée. Au-delà des peines d’emprisonnement, il a été requis contre Kpatcha, le Cdt Abbi Atti et le Gal Assani Tidjani la confiscation de leurs biens. Cela dit, les biens matériels et immatériels des concernés devront donc être saisis et ils se retrouveront tout démunis.

Le bon sens peut comprendre les peines d’emprisonnement infligées aux prévenus et la déchéance de leurs droits civils ; mais ce qu’il est difficile à saisir, c’est la confiscation de leurs biens. Qu’est-ce que le coup d’Etat a-t-il à avoir avec les richesses des inculpés ? C’est la question qui est dans toutes les bouches. Une telle mesure s’entendrait si c’est par exemple un détournement de deniers publics qui leur était reproché ; la saisie serait destinée à payer le pactole détourné, et peut-être aussi les dommages et intérêts. Dans le cas de cette affaire Kpatcha Gnassingbé, on pouvait encore comprendre s’il était dit que cette saisie des biens du député devrait servir à payer les préjudices subis par l’Etat ou Faure Gnassingbé, c’est selon.

La partie civile a certes requis comme dommages et intérêts 80 milliards de FCFA, mais il se fait que la Cour a rejeté cette demande au motif qu’elle n’a fourni aucune pièce justificative de ce préjudice subi, d’ailleurs difficilement quantifiable selon la défense. A quoi répondrait alors la saisie des biens du député ? N’est-ce pas pour l’appauvrir, et ainsi lui enlever toute ambition de taille, du genre briguer le fauteuil présidentiel ?

Tous ses biens saisis, il serait dans le besoin, et même pour la popote, il devra recourir à l’indulgence du gestionnaire du trésor de Papa – suivez les regards. L’argent étant le nerf de la guerre, dépourvu, il deviendrait super docile. C’est manifestement un règlement de comptes qu’aura réussi à faire Faure Gnassingbé, et cela ne fait que renforcer l’opinion qu’avaient depuis fort longtemps les Togolais avisés, selon laquelle ce sont justes des différends familiaux qui ont été transposés sur la place publique et habillés en tentative de coup d’Etat par le « Leader nouveau », le plus « propre » des Gnassingbé.

Le déballage qu’il y a eu, les déclarations de Rock, et surtout celles de Essolizam, que le Capitaine Dontéma caricature assez bien de « Judas Iscariote », l’ont d’ailleurs assez prouvé. Mais comme Faure a déjà inauguré le scénario, il ne pouvait pas reculer. Il fallait le conduire jusqu’au bout pour séduire les plus naïfs, et le processus pour y arriver ne confirme pas moins la thèse de règlement de comptes. Pour arriver à coincer le député, il a fallu à la Cour une gymnastique digne de prestidigitateur. Abalo Pétchélébia a dû requalifier les faits, en plein procès. Une première ! Se rendant compte que le grief de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat ne tenait plus la route, le « juge inique » a dû requalifier les faits en « complot formé pour préparer un attentat contre la sûreté de l’Etat », afin d’utiliser les articles 229, 230 et 232 du Code pénal pour sévir. En clair il n’y avait pas de début d’exécution, comme il est ressassé depuis plus de deux ans, et logiquement pas de flagrant délit. On parle d’un complot pour « préparer » un attentat contre la sûreté de l’Etat, un vocable qui signifie, dans le Petit Larousse « créer, organiser ce qui n’existait pas ». Cela ne fait que prouver la légèreté manifeste de l’accusation.

Le « Leader nouveau » n’a pas fait les choses à moitié. Comme un commando qui, après avoir touché mortellement l’ennemi, nettoie le site et arrache son arme afin que ce dernier ne puisse plus en trouver à réutiliser contre lui lorsqu’il recouvrera ses esprits, au-delà de la confiscation de leurs biens, il a fait déchoir les inculpés de leurs droits civils. Ainsi ils ne pourront plus ester contre l’Etat, Faure Gnassingbé ou son homme de main Yotroféï Massina pour les tortures subies ou pour quelque dommage que ce soit. Ainsi prend fin le feuilleton. Qui a dit que le « p’ti » était naïf ? La candeur et le visage d’ange affichés en 2005 n’étaient que factices.
Tino Kossi

source : liberté hebdo togo

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