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Affaire Kpatcha Gnassingbé/Droits de l’Homme : Lambert Adjinon très souffrant, son indispensable évacuation toujours attendue

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Est-on en train d’exécuter un plan d’élimination physique contre l’ancien officier des Forces armées togolaises, Lambert Adjinon ? En tout cas, ce co-détenu de Kpatcha Gnassingbé est très souffrant. Mais il est toujours gardé dans les geôles, pendant que ses ennuis de santé s’aggravent.

Lors du procès en septembre 2011 déjà, il se plaignait de maux d’yeux et d’oreilles dus aux effets de la torture subie à l’Agence nationale de renseignement (Anr). Le Président de la Cour Suprême avait recommandé que des expertises médicales soient commanditées sur son cas et d’ailleurs sur ceux de tous ceux qui se plaignaient d’un quelconque malaise. Plus tard, le rapport de la Cndh avait aussi confirmé que l’Etat de santé de M. Adjinon est très alarmant. Depuis, sa famille a multiplié les démarches pour qu’il soit convenablement traité. Mais en vain jusqu’ici.

D’abord, il a fallu des pieds et des mains pour qu’il accède à son médecin et que son mal soit correctement diagnostiqué. Les consultations auprès d’un spécialiste diagnostiguent une « infirmité auditive due à une inflammation de l’oreille moyenne gauche ». Les mêmes résultats auraient été trouvés par une contre-expertise commanditée par le ministère de la Justice. Le mal dont il est question nécessite une intervention chirurgicale rapide qui, selon les spécialistes, ne peut se faire à Lomé, mais en France. Cependant, depuis plusieurs mois, le détenu et sa famille attendent l’évacuation sanitaire. Le dossier, semble-t-il, reste bloqué au niveau du ministère de la Justice. Qu’attend-on pour donner suite aux recommandations médicales, pour sauver la vie de l’un des meilleurs pilotes de chasse (le seul qui soit issu de la partie méridionale du pays) que notre pays ait jamais connu ?

Lors du procès, il avait fait cas des violences qui ont été exercées sur lui lors de son arrestation et de sa détention par des agents de l’ANR jusqu’à ce que le sang ne coule de ses oreilles. Pas grande surprise si aujourd’hui il se plaint de graves ennuis de santé.

Lambert Adjinon a été interpellé en avril 2009 alors qu’il se rendait à la messe. On l’accuse d’être complice de projets de coup d’Etat (jamais suffisamment démontré par le pouvoir). Jamais il n’a été confronté à qui que ce soit dans cette affaire. La seule preuve qu’on dit retenir contre lui est d’avoir détruit une puce lors de son arrestation. Lors du procès, l’avocat général avait demandé sa relaxe pure et simple. Mais sa joie sera de courte durée puisque au délibéré, il avait été condamné, comme tous ses autres camarades d’infortune. Lui, il s’en sort avec 5 ans de réclusion criminelle. Il vient d’en purger plus de la moitié, trois ans.

Le même homme avait déjà fait la prison de 2003 à 2005 dans une rocambolesque affaire dans laquelle on l’accusait de complicité de coup d’Etat avec le Col Biténéwé qui, lui, après quelques années d’exil, se retrouve aujourd’hui Directeur de Cabinet du Ministère de la Défense. En cette année-là, c’était Massina Yotrofeï qui l’avait personnellement arrêté. Le clan au pouvoir s’est probablement rendu compte que ladite affaire n’était qu’un pur montage. Le principal accusé est aujourd’hui en poste autour de Faure Gnassingbé, donc blanchi. Mais trois de ses co-accusés laisseront leur vie dans les geôles. Lambert Adjinon, plus chanceux, a recouvré sa liberté après avoir subi plusieurs années de graves injustices.

Selon les témoignages, ses qualités d’excellents pilotes de chasse, le seul du Sud du pays, constituaient pour lui une sorte de poisse. Le Gal Eyadema l’en aurait averti. A-t-on peur de lui particulièrement, en trouvant chaque fois des raisons de l’embastiller ? Des gens ont-ils intérêt à ne pas le voir dehors ?

En fait, ancien capitaine des FAT ayant fait une école de guerre, certains auraient peur de lui. Mais aujourd’hui, l’Homme ne représente plus aucun danger. Après son premier séjour en prison, il a refait sa conversion en devenant un simple homme d’affaires. On apprend même qu’il gérait un parc automobile dans la zone portuaire avant sa dernière arrestation.

A deux ans de la fin de sa peine, cherche-t-on à l’éliminer physiquement en le privant de soins adéquats ? Rien n’est exclu. Dieu sait qu’il y a plusieurs personnes en prison au Togo, sans qu’on ne leur reproche rien de précis. Dans ces conditions, leurs détracteurs n’en finissent pas de trouver les moyens de leur ôter la vie. Dans les colonnes de L’Alternative, on vous narrait le cas d’un compatriote injustement incarcéré pendant plusieurs années qui n’a jamais fait l’objet d’une condamnation et dont la libération n’a été prononcée qu’onze jours après sa mort.

La vie de Lambert Adjinon est en danger. Sa situation se complique au jour le jour. Notre Constitution, même plusieurs fois toilettée, stipule à son article 16 alinéa 1er: « Tout prévenu ou détenu doit bénéficier d’un traitement qui préserve sa dignité, sa santé physique et mentale et qui aide à sa réinsertion sociale ». La balle est dans le camp de Me Tchitchao Tchalim et de Faure Gnassingbé. Comme dans le cas d’autres milliers de personnes qui ont été victimes des affres du pouvoir actuel depuis 1967, l’histoire enregistre également le sort réservé à Lambert Adjinon. Affaire à suivre.

Mensah K.

lalternative-togo.com

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