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Tribune/L’amour du peuple : ce qui manque cruellement à la gouvernance africaine

Tribune/L’amour du peuple : ce qui manque cruellement à la gouvernance africaine

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L’Afrique ne manque ni de ressources, ni de talents, ni même de visions proclamées. Ce qui lui fait défaut, de manière tragique et persistante, c’est l’amour véritable du peuple et la priorité réelle accordée au bien commun. Tant que cette réalité ne sera pas assumée, analysée et corrigée, aucune réforme institutionnelle, aucune alternance politique, aucun discours panafricain ne produira de résultats durables.

L’histoire récente est pourtant claire. Des pays comme la Chine, mais aussi plusieurs nations asiatiques, se sont relevés parce qu’ils ont compris une vérité simple : un dirigeant n’existe que par et pour son peuple. Là-bas, le pouvoir est filtré, encadré, surveillé, et subordonné aux résultats concrets sur le bien-être collectif. Gouverner n’y est ni un privilège mondain ni une récompense personnelle, mais une charge lourde, parfois impitoyable.

Diriger, c’est être prêt au sacrifice

Un principe fondamental doit désormais être assumé sans ambiguïté : si nécessaire, chaque dirigeant doit être prêt à donner sa vie pour le bien-être de son peuple. Non pas dans une logique romantique ou guerrière, mais dans une logique de responsabilité ultime.

Cela signifie refuser, avec intelligence et fermeté, les contraintes imposées par les puissances néocolonialistes lorsque celles-ci vont à l’encontre des intérêts vitaux des populations. Ces puissances ne défendent pas des abstractions morales ; elles défendent les intérêts de leurs propres peuples. Il serait naïf, voire irresponsable, d’attendre d’elles qu’elles agissent autrement.

Le dirigeant africain digne de ce nom est donc celui qui, dans chaque négociation, dans chaque contrat, dans chaque partenariat, place le bien-être de son peuple au-dessus de toute autre considération. Aucun accord ne devrait être signé sans une évaluation rigoureuse de son impact réel sur la souveraineté, l’économie et la dignité nationale.

Changer radicalement de paradigme

Nous devons opérer un changement drastique de paradigme. Les relations internationales ne sont pas des espaces de charité, mais des champs de confrontation d’intérêts. Les partenaires en face se battent pour leurs peuples. À nous d’en faire autant pour les nôtres.

Continuer à négocier en position de soumission morale, de dépendance psychologique ou de fascination pour le pouvoir symbolique, c’est accepter de perdre avant même d’entrer dans la discussion. L’Afrique n’avancera que le jour où ses dirigeants comprendront que défendre les intérêts du peuple n’est ni radical, ni populiste, ni irresponsable — c’est leur mission première.

Le poison du pouvoir pour le pouvoir

Un autre mal, tout aussi destructeur, mine profondément nos sociétés : le goût excessif du pouvoir.

Non pas le pouvoir comme instrument de transformation du destin collectif, tel qu’on l’observe dans certaines nations asiatiques, mais le pouvoir pour la forme, pour les privilèges, pour l’accès aux richesses et pour l’ivresse symbolique qu’il procure.

Les néocolonisateurs le savent parfaitement. Ils savent que là où le pouvoir est recherché pour lui-même, il est facile de trouver des collaborateurs. Des hommes et des femmes prêts à devenir de simples représentants sans véritable pouvoir souverain, pourvu qu’ils conservent leur position, leurs avantages et leur protection.

Dans cette logique, certains vont jusqu’à sous-traiter leur propre sécurité, à confier la défense nationale à des intérêts extérieurs, acceptant une dépendance totale en échange de leur maintien au sommet de l’État. Un tel pouvoir n’est pas un pouvoir : c’est une délégation sous tutelle.

Prouver l’amour du peuple avant de gouverner

Face à ce constat, une exigence s’impose : l’amour du peuple doit être prouvé avant l’accès aux responsabilités, et non proclamé une fois le pouvoir acquis.

Cela implique la mise en place de mécanismes de filtrage stricts, rigoureux, parfois même impopulaires, mais indispensables. Nul ne devrait accéder à un poste engageant la vie, la sécurité et l’avenir des citoyens sans avoir démontré, par des actes concrets et durables, son intégrité, son sens du sacrifice et son attachement réel au bien commun.

Gouverner doit redevenir un privilège rare, mérité, conditionné et révocable.

Refonder par l’éducation et le temps long

Enfin, aucune transformation durable n’est possible sans une refondation en profondeur des mentalités. Cette refondation commence dès l’école, dès la maternelle, par des programmes éducatifs orientés vers la responsabilité, la discipline, la probité et le respect du bien commun.

Il faut accepter une vérité inconfortable : les générations actuelles ont, en grande partie, déjà échoué. Mais tout n’est pas perdu. Un pari sur trente ans reste possible. Les générations futures, si elles sont correctement formées et protégées de la culture de la prédation, peuvent reconstruire ce que d’autres ont détruit.

Conclusion

La renaissance africaine ne viendra ni des slogans, ni des alternances mécaniques, ni des alliances de façade. Elle viendra le jour où aimer le peuple deviendra une condition non négociable pour gouverner, où le pouvoir sera subordonné au sacrifice, et où le bien commun sera enfin sanctuarisé.

Sans cela, le cycle de l’échec se poursuivra.

Avec cela, tout redevient possible.

Dr. Festus Tamakloe

Ecrivain, Editorialiste Géopolitique

Auteur de “Comment l’occident a armé la Chine”

Munich, 1 janvier 2026