Gerry-Taama
 
Quelle analyse fait le Nouvel engagement togolais (NET) de la situation sociopolitique qui prévaut aujourd’hui au Togo ? Comment cette formation politique s’organise-t-elle pour prendre part aux prochaines échéances électorales ? Comment le NET a-t-il accueilli la campagne de soutien financier ouverte par les opérateurs de téléphonie mobile qui ont décidé depuis le 5 février dernier de prélever pendant un mois 5 F CFA la minute sur les communications dans le pays ? Telles sont entre autres, les questions auxquelles Gerry Taama, patron du NET et homme d’affaires de son état, apporte des réponses dans l’interview qu’il accorde à l’Agence Afreepress. Lire l’entretien.
 
Afreepress : Vous êtes le président du Nouvel engagement togolais (NET), en tant que parti d’opposition, quelle lecture faites-vous de la situation politique actuelle du pays et pensez-vous qu’elle pourrait permettre la tenue d’élections apaisée ?
 
Gerry Taama : La situation politique aujourd’hui au Togo est caractérisée d’une part par l’impasse et d’autre part la tension. L’impasse parce que vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a des élections que nous aurions dues organisées depuis septembre 2012 et qui sont toujours dans l’attente et la tension parce que aujourd’hui au-delà des tractations concernant les élections, il y a d’autres affaires qui sont venues plomber davantage le dialogue politique.
 
Je veux parler des arrestations qui ont fait suite aux incendies des marchée du Togo. Donc impasse et crise politique qui ne sont que des répercussions de cette longue crise que le Togo connait depuis plus de 20 ans.
 
Afreepress : L’atmosphère aujourd’hui se prête-t-elle à une élection paisible et transparence ?
 
Gerry Taama : Si les acteurs politiques le veulent, on peut faire les élections le plus rapidement possible et dans des conditions de transparence et bien entendu de tranquillité requise, mais il faut une bonne dose de confiance entre les différents acteurs. De toutes les façons, que nous le voulions ou non les élections aujourd’hui sont plus impératives que jamais puisqu’on les a reportées depuis septembre 2012 et on ne peut pas se permettre dans un pays qui veut que ses institutions fonctionnent, continué à les reporter de façon indéfinie.
 
Afreepress : Les rumeurs de report de ces élections se font de plus en plus persistantes, comment accueillerez-vous un énième report au NET ?
 
Gerry Taama : Sur le plan technique, la CENI l’a reconnu tout récemment, il y a un retard qui a été accusé. Il est évident aujourd’hui que si nous allons aux élections dans les conditions actuelles, je ne connais pas beaucoup de partis qui seraient disposés à y prendre part.
 
On est persuadé nous au NET qu’il est encore important d’ouvrir des consultations entre la classe politique. Il n’est pas forcé de faire un dialogue où tous les protagonistes seront sur place, mais on peut faire des consultations où on recueille l’avis des différentes entités et on fait une synthèse de ces avis pour tirer des solutions qui puissent contenter la plupart des acteurs.
 
Aujourd’hui il est clair qu’on ne peut plus aller à des élections qui soient pires que celles de 2007. Il faudra aller à des élections qui au minimum sont au même niveau de transparence, de technicité et de professionnalisme que celles de 2007 et ceci passe par une participation maximale des différents acteurs politiques.
 
Nous reconnaissons qu’un acteur peut décider d’aller ou non aux élections, mais on ne peut pas mettre en place des mesures de contraintes qui en réalité finissent par obliger ces acteurs à ne pas répondre à ce rendez-vous, donc il est très important que le gouvernement et les acteurs qui sont impliqués, y compris la CENI, donnent toutes les garanties de bonne organisation pour que tous les acteurs politiques puissent participer aux prochaines élections.
 
Afreepress : Des élections oui, mais avec quels acteurs voulez-vous parlez ? Est-ce avec ceux qui sont détenus pour une affaire criminelle ou seulement avec le reste ?

 
Gerry Taama :
Notre position sur la détention des personnes qui ont été incriminées dans cette affaire est très claire. Dans toutes les procédures judiciaires, il y a un mécanisme qui permet d’octroyer une liberté conditionnelle à certaines personnes surtout des acteurs politiques qui sont bien entendu appelés à participer à l’animation politique dans un pays et à participer à des consultations électorales.
 
Jusqu’à la tenue d’un procès qui arrive à démontrer leur culpabilité ou non, il est très important de permettre à ces personnes-là de participer au débat politique et à l’animation du jeu politique. Donc ce que nous demandons est que les personnes qui ont été mises en cause dans cette histoire puissent en fonction des rôles qu’elles ont joués sur le plan politique de notre pays bénéficier d’une liberté conditionnelle, les conditions bien entendu peuvent être arrêtées entre les avocats, les juges eux-mêmes et la justice pour que le débat politique continue jusqu’au procès.
 
On ne sait pas à quel moment on peut le prévoir, mais ce n’est uniquement que le procès qui pourra déterminer en réalité la culpabilité des détenus. Donc il faut faire jouer ce mécanisme pour que toutes les composantes politiques en tenant compte des conditions de transparence et d’équité, puissent participer à ces consultations.
 
J’aimerais préciser qu’en ce qui nous concerne, il est hors de question que le NET participe à des élections législatives si elles ne sont pas couplées à des locales parce que ça fait 10 ans que nous attendons ces élections locales.
 
Toutes les années on nous dit que cela se fera plus tard, y en a un peu marre de ce discours. Aujourd’hui quand vous entendez la CENI, elle ne parle que des législatives, il n’y a absolument aucune préparation en ce qui concerne les élections locales. Nous sommes le seul pays de la sous-région à ne pas avoir de collectivités locales décentralisées et il est très important qu’on y tienne compte et aujourd’hui, la condition sine qua non pour la participation des élections législatives au Togo en ce qui concerne le NET, est l’organisation couplée de ces élections avec les locales.
 
Afreepress : Gerry Tama bientôt de retour à la Coalition Arc-En-Ciel ? C’est ce que dit en tout cas la rumeur, que répondez-vous à cela ?
 
Gerry Taama : Vous savez, nous sommes entrés à la coalition Arc-en-ciel parce que nous avions des valeurs que nous partagions et à ce jour ces valeurs sont restées les mêmes, il y a eu des différences de vue avec la coalition et nous nous sommes retirés, mais ces valeurs sont restées.
 
Nous continuons par défendre ces valeurs et donc il n’est pas interdit aujourd’hui à ce que le NET travaille avec cette Coalition. Mais nous, nous appelons avant tout à une union complète des partis de l’opposition.
 
Même lorsqu’on était dans la coalition, nous avons précisé que nous n’entendons pas voir une coalition qui se limiterait aux six (6) partis composant Arc-En-Ciel que nous entendons avoir une coalition rassemblant l’ensemble des partis politiques de l’opposition togolaise et aujourd’hui nous sommes bien entendu ouverts à ce type de cheminement. Mais nous n’allons pas quitter la coalition Arc-en-ciel et juste après retourner pour faire le « yoyo », non.
 
Aujourd’hui nous travaillons beaucoup avec tous les partis de la Coalition Arc-en-ciel, nous partageons une bonne partie de leurs valeurs, mais le jour où on aura une grande coalition rassemblant tous les partis de l’opposition, il est évident que le NET répondra présent.
 
Afreepress : Les Éperviers ont eu à défendre vaillamment les couleurs de la nation et vous étiez l’une des personnes qui ont lutté pour le retour du capitaine Adébayor. Comment appréciez-vous la campagne mise en place par les opérateurs de téléphonie mobile pour « soutenir » les Éperviers en prélevant 5 F CFA par minute de communication ?
 
Gerry Taama : Nous trouvons que c’est un scandale qui se rajoute à une série de scandales qui malheureusement secouent notre tissu social. Le peuple togolais a vibré pour les exploits des Éperviers lors de leurs prestations à la Coupe des nations africaines en Afrique du Sud et il ne faudra pas compromettre cette communion qui a existé et continue d’exister entre les Éperviers et la population togolaise.
 
On ne peut pas aujourd’hui prélever 5 F CFA par minute sur les communications sans en aviser les consommateurs que nous sommes et sans leur donner la possibilité en réalité de souscrire. On ne peut pas vous obliger à aider quelqu’un sans vous demander votre avis et c’est le premier élément.
 
Le second élément c’est qu’on demande au peuple togolais de faire un effort pour les Éperviers qui sont revenus au bercail. Si les Éperviers étaient allés en finale, qu’est-ce qui se serait passé ? On nous aurait prélevé 100 F par minute de communication.
 
Depuis le 5 février, le NET a envoyé un courrier au ministre des Postes et Télécommunications pour lui signifier sa désapprobation et lui demander de revenir sur sa décision. En outre, le NET a lancé une initiative citoyenne sur le 13 mars prochain qui consiste à observer une opération « zéro appel » sur tous les réseaux de téléphonie mobile Togocel et Moov en vue d’exprimer notre désapprobation et notre colère par rapport à cette mesure parce que ce n’est pas la première fois qu’on procède à cela. On avait augmenté le prix du ciment, des boissons… etc et aujourd’hui nous apprenons qu’on prélève jusqu’à 2000 F CFA par conteneur au port sous prétexte qu’on veut soutenir les Éperviers qui sont déjà revenus au pays.
 
Il est temps que nos gouvernants nous respectent en tant que consommateurs et aussi en tant que citoyens et peuple.
 
Afreepress : Bientôt le procès dans l’affaire des incendies va peut-être s’ouvrir ? Serez-vous au Tribunal ?
 
Gerry Taama : Le NET a envoyé des courriers de soutien aux partis qui sont secoués par cette affaire et le NET a toujours dit qu’il faut que la défense s’organise ensemble avec les forces vives démocratiques du pays parce que c’est la crédibilité de l’ensemble de la classe politique de l’opposition qui est mise en jeu.
 
Nous voulons que dès que ce procès va s’ouvrir, nous puissions allés en tant que parti de l’opposition en solidarité avec les partis de l’opposition qui sont concernés et nous disons qu’il ne faut pas attendre passivement le procès, il faut s’organiser pour l’accompagner.
 
Un procès mène à charge et à décharge. Les partis d’opposition doivent accompagner la défense pour démontrer la non-culpabilité des accusés, et l’innocence des personnes qui sont mises en cause. Mais cela ne suffit pas, il faut arriver aussi à démasquer les gens qui ont mis le feu aux marchés.
 
Ce procès sera le procès d’un double enjeu, établir l’innocence des personnes mises en examen et ensuite débusquer les personnes qui ont commis ces crimes. Le NET est aujourd’hui entièrement disponible et en ordre de marche pour accompagner les forces démocratiques et démontrer l’innocence de ces personnes.
 
Interview réalisée par Bernard A.
 
afreepress
 

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