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Quelle attitude Faure Gnassingbé adopterait-il si l’enquête concluait à des résultats qui n’orientent pas vers le CST ?
Promis pour être rendu fin février, le rapport de la mission d’experts français sur les incendies de Lomé et de Kara n’est toujours pas tombé, du moins jusqu’au moment où nous mettions sous presse hier tard dans la soirée. Et pourtant, il est très vivement attendu à Lomé, en raison de l’éclairage qu’il apportera à la manifestation de la vérité sur les causes des incendies. Mais en même temps, il risque de mettre Faure Gnassingbé en très mauvaise posture, si…

 
Début janvier, le Togo a connu deux événements douloureux majeurs : coup sur coup, les marchés de Kara et de Lomé sont partis en fumée, créant des sentiments d’incompréhension, de désolation, mais aussi de colère et de suspicion aussi bien chez les victimes de ces sinistres que chez la plupart des Togolais. Tant l’ampleur des dégâts et la proximité entre les deux sinistres amènent tout esprit sensé à privilégier la thèse criminelle. Et de là à opter pour la piste politico-criminelle, il n’y a qu’un pas que certains ont vite fait de franchir. A tort ou à raison ?
 
Dans la confusion la plus totale, et alors qu’aucun indice grave ni concordant ne légitimait la traque contre des opposants, Gérard Adja, Premier Vice-président de la formation OBUTS a été interpellé dans des conditions jugées déplorables. Sans mandat d’arrêt ni mandat d’amener, il a été embarqué, direction Camp de la Gendarmerie. A la manette, il y avait le Capitaine Akakpo, directeur du Service de Recherches et d’Investigations (SRI). Et peu après, Faure Gnassingbé fait recours à deux experts de la Police scientifique française. Ceux-ci arrivent au Togo, font les prélèvements nécessaires sur les lieux des drames et retournent au bercail, pour y voir plus clair. La mission à eux confiée consiste à trouver l’origine et, dans l’hypothèse d’un incendie criminel, déterminer le matériel, les produits utilisés et le mode opératoire mis en œuvre par les pyromanes.
 
Mais sans attendre le résultat de cette enquête, le pouvoir a multiplié les arrestations dans les rangs de l’opposition incarnée par le Collectif « Sauvons le Togo ». Tirant des conclusions hâtives qui n’avaient pour seul fondement que son imagination fertile, le ministre de la Sécurité Le Col. Yark Damehame aidé par les journalistes-agents de renseignements et des jeunes manipulés à loisir, a orienté ses enquêtes vers les leaders du CST, en excipant d’un rapprochement douteux entre les « Derniers Tours de Jéricho », opération dont le lancement coïncidait avec l’affaire des incendies.
 
Tour à tour, Agbéyome Kodjo dont l’immunité parlementaire a été levée à la hussarde et à la vitesse de l’éclair ; Jean Eklou, Secrétaire national chargé de la Jeunesse de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), Alphonse Kpogo de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI), Mme Nukafu et autres subiront le même sort. Mais après quarante jours en détention, Agbéyomé Kodjo sera remis le 25 février dernier en liberté « provisoire », selon le juge. Plus chanceux, Claude Améganvi du Parti des Travailleurs convoqué à la Gendarmerie, est revenu sain et sauf. Mais surtout, il n’a pas été inculpé. Mes Zeus Ajavon, Raphaël Kpandé-Adzaré et Jil-Benoît Afangbédji, convoqués, n’ont pas eu droit au même sort. Pour eux, c’était mi-figue mi raisin. Ils sont inculpés avec restriction de leurs droits, mais n’ont pas été gardés-à-vue. En tout, c’est à une vingtaine d’interpellations dans les rangs du CST qu’on a assisté dans ce dossier. Une situation qui ajoute au flou kafkaïen qui prévaut déjà et conforte la thèse de l’incendie du Reichstag.
Car, si Le Col. Yark Damehame parle de cocktails Molotov, de bidons d’essence comme substances ayant servi à mettre le feu aux marchés, les Experts français qui ont pour mandat de détecter l’origine des incendies restent muets pour l’instant. « Joint par le confrère Jeune Afrique, Bazin promet de rendre sa copie d’ici la fin de février ».
 

Le rapport d’enquête très attendu à Lomé

 
Promis pour être rendu fin février, le rapport des experts français se fait toujours autant désirer. Et jusque hier tard dans la nuit où nous mettions sous presse, le rapport n’a pas été rendu à l’Etat togolais ni rendu public. Joint par Jeune Afrique, Hervé Bazin, le Chef de la mission et expert judiciaire spécialisé en explosions et incendies près la Cour d’appel de Paris, déclare : « Nous attendons les résultats d’analyses des prélèvements effectués ».
 
Si les experts disent attendre les résultats d’analyses des prélèvements effectués, les Togolais quant à eux espèrent vivement le rapport final d’enquête, tant il contribuera à la manifestation de la vérité sur cette affaire d’incendies aux contours flous, si tant est qu’il n’est pas tronqué, une hypothèse certes peu plausible mais pas négligeable, au regard de la nature pernicieuse et hypocrite du régime. On se rappelle que le même régime qui avait confié le mandat à la CNDH de faire la lumière sur les allégations de torture dans le dossier Kpatcha Gnassingbé et codétenus est le même qui avait tripatouillé et expurgé le rapport « authentique » produit par cette institution, pour ne retenir que la version qui le blanchit.
 
Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que selon des informations provenant de sources très crédibles, ce seraient les réseaux proches d’une égérie de la République qui auraient commis cet acte crapuleux et d’une inhumanité rare. Selon les explications, elle serait très mécontente d’une réforme en cours qui devrait aboutir à la priver de l’emprise qu’elle avait sur les deniers publics. Et pour exprimer son mécontentement face à la perte progressive de sa puissance, elle n’aurait opté que pour cet acte barbare. Les mêmes sources confirment que ces actes criminels auraient été perpétrés à l’insu de Faure Gnassingbé ; mais que pour brouiller les pistes, les pyromanes ont déposé des cocktails Molotov au marché d’Adidogomé où un début d’incendie avait également été signalé, histoire d’orienter les enquêteurs vers la piste des adversaires politiques de Faure Gnassingbé.
 
Surtout que des cocktails Molotov présentés par Yark Damehame comme étant les substances dont se sont servis les pyromanes, ont été trouvés au sous-sol de l’Alliance nationale pour le Changement (ANC). Mieux, on se rappelle que dès la survenue de l’incendie, les réseaux proches de cette égérie que l’on dit très puissante avaient rencontré « les journalistes- maison », – suivez mon regard- et leur avaient demandé, à coup de Francs CFA, de noyer les responsables du CST en leur imputant la responsabilité dans la survenue des incendies. L’argument massue asséné était que l’opération « Les derniers Tours de Jéricho », en référence au récit biblique, charriait le malheur, l’apocalypse. Et cette opération d’intoxication de l’opinion et de travestissement de la vérité a été fort bien menée par ces missi dominici, visiblement obnubilés par la recherche du gain facile.
 
Au cas où l’enquête concluait à l’utilisation du kérosène –dont des traces ont été trouvées sur la scène du crime à Lomé, selon le journal « La Lettre du Continent » -, et d’autres substances auxquelles seuls les tenants du pouvoir pourraient raisonnablement avoir accès, quelle attitude aura Faure Gnassingbé ? Fera-t-il régner «la force de la loi sur la loi de la force» ? Fera-t-il une application rigoriste de la loi pour sanctionner son intime et ses hommes de mains ? A y regarder de plus près, cette affaire d’incendies aux relents politico-criminels est en passe de devenir l’un des plus grands scandales qui aura éclaboussé le régime de Faure Gnassingbé.
Magnanus FREEMAN
 
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