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Le Premier ministre de Faure Gnassingbé, Arthème Ahoomey-Zunu a enclenché depuis le mercredi 23 janvier dernier, une tournée en Europe devant le conduire respectivement en Belgique, en France et en Allemagne. Plusieurs rencontres sont prévues avec les personnalités politiques européennes, et au menu des discussions, la situation politique au Togo et l’organisation des prochaines élections législatives et locales. Il s’agit surtout de convaincre les partenaires à financer le processus électoral. Cette tournée lui a également offert l’occasion d’aborder le sujet d’actualité, les incendies. Ces questions se sont invitées à une conférence de presse organisée mardi à Paris. Et l’interlocuteur du jour n’a pas failli à sa réputation et à sa véritable mission : embobiner son auditoire et relayer les clowneries du pouvoir Faure Gnassingbé dans le cadre des incendies, pour salir proprement l’image de l’opposition.
 

Le PM promet des élections transparentes !



« Nous souhaitons les organiser dans la plus grande transparence en faisant en sorte que la plus large majorité d’acteurs politiques puissent y participer. Les résultats proclamés seront les résultats issus des urnes. Lors des différentes phases de dialogue, nous avons tenu compte des exigences de l’opposition ». Le commun des lecteurs devrait croire à un Premier ministre d’un de ces pays reconnus comme vitrines démocratiques en Afrique. Mais que nenni ! C’est ce qu’a répondu à nos confrères de la presse internationale Arthème Ahoomey-Zunu, sur la question des prochaines échéances électorales. Il parlait donc du Togo ! C’est ce qu’on appelle tourner ses interlocuteurs en bourrique, d’autant plus que tout est fait pour déséquilibrer le jeu électoral.
 
Les dés ont été déjà pipés en amont lors de la définition des règles du jeu. Les réformes constitutionnelles et institutionnelles essentielles recommandées par l’Accord politique global (Apg) du 20 août 2006 censées assurer la transparence et la crédibilité, ne sont pas matérialisées jusqu’à ce jour, et le consensus requis pour la préparation du processus n’est resté qu’un vœu pieu. Les iniquités contenues dans le découpage électoral ayant entrainé le déséquilibre abyssal entre le Nord et le Sud et dont la mission d’observation de l’Union européenne a demandé la réparation, sont toujours maintenues. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) que l’on voudrait équitable, à défaut d’être purement technique, n’est remplie que des membres de l’Union pour la République (Unir), de son alliée l’Union des forces de changement (Ufc) et des admirateurs déclarés de Faure Gnassingbé. Aucun membre donc de son opposition véritable.
 
La plupart des dialogues trompe-l’œil organisés ont été certes boycottés par le Collectif « Sauvons le Togo » et ses partis phares, mais ils ont tout de même pris soin de faire des propositions et les transmettre à qui de droit. Le Cst a été d’ailleurs fondé en avril 2012 pour arracher l’organisation des prochaines législatives dans les meilleures conditions, et le mémorandum élaboré pour un Togo démocratique n’est qu’une pile de propositions pour un scrutin démocratique et une sortie heureuse de crise. La transparence des élections, c’est tout le monde et surtout le pouvoir en place qui a à y gagner. Mais ces propositions ont été simplement ignorées. Qu’est-ce qui peut alors bien faire la transparence des prochaines échéances électorales ? L’actualité aujourd’hui au Togo montre que le pouvoir veut simplement écarter ou affaiblir ses principaux opposants de la participation aux prochaines législatives. Arthème Ahoomey-Zunu a tout simplement couillonné ses interlocuteurs.
 
Les opposants, les suspects-coupables



Les observateurs avisés avaient vu très tôt en ce périple du Premier ministre une tournée improvisée dans les capitales européennes pour intoxiquer l’opinion internationale et vilipender le Collectif « Sauvons le Togo » et ses leaders dans le cadre des incendies. Et les faits semblent leur donner raison. Le sujet était au rendez-vous de la conférence de presse à Paris, et Arthème Ahoomey-Zunu y est allé tout naturellement.
 
« C’est un désastre pour l’économie du Togo, mais tout est mis en œuvre pour reconstruire les marchés et aider les sinistrés. Des responsables de l’opposition ont été interpellés non pas parce qu’ils sont membres de l’opposition, mais parce qu’ils sont suspectés d’avoir un lien avec les incendies criminels », a-t-il déclaré. Mais ses efforts surhumains pour feindre d’être au-dessus de la mêlée n’ont pas tenu longtemps. « Si la politique se fait à coup d’incendies, c’est très grave pour notre pays. La violence comme mode de discussion n’est pas acceptable», a-t-il glosé par la suite, faisant ainsi d’ores et déjà le procès à ces gens interpellés. Et pourtant les véritables causes de ces sinistres ne sont pas encore connues, puisque les experts français requis n’ont pas encore livré les conclusions de leurs recherches.
 
On pensait jusqu’ici que la tragicomédie qui se joue actuellement avec les interpellations des principaux leaders du Cst n’était que la marque du zèle de certains individus pour plaire au Prince ; mais on constate que le sommet de l’Etat en est bien avisé. La suspicion alléguée par Ahoomey-Zunu est simplement fondée sur les déclarations de certains jeunes appréhendés et instrumentalisés pour confondre les leaders du Cst, et le corps du délit seulement constitué de quelques tessons de bouteille, des fils et d’un bidon. Et cela suffit pour justifier les interpellations dans les rangs de ce Collectif qui trouble le sommeil de Faure Gnassingbé. Gérard Adja, Agbéyomé Kodjo, Alphonse Kpogo, Jean Eklou, le député Ouro-Akpo Tchagnaou et autres sont déjà appréhendés, et les arrestations continuent dans les rangs de l’opposition. Personne n’est dupe, la manœuvre vise un double effet : écorner l’image du Collectif « Sauvons le Togo » et ses leaders aux yeux de l’opinion aussi bien nationale qu’internationale et les empêcher de participer aux prochaines législatives. Ce qui offrirait à Faure Gnassingbé une majorité écrasante à l’Assemblée nationale, et donc les moyens pour tripatouiller la constitution et rempiler en 2015.
 
Tino Kossi
 
liberte-togo
 

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