Jusqu’alors il est le plus connu et admiré des entraîneurs expatriés passés sur le ban technique du Togo.  Inégalé pour son franc-parler, l’Allemand Gottlieb Göeller fut un joueur moyen de football reconverti en technicien de la discipline. Dépeint par ses détracteurs comme un « irascible » de caractère.

Après la légendaire raclée sportive administrée aux Aigles du Mali aux 1ers Jeux  Africains de Brazzaville en 1965, la sélection togolaise d’alors  perdit de son audience sur le plan extérieur. Pour la rendre plus aguerrie, les pouvoirs publics eurent la géniale idée  de faire appel à un technicien expatrié.

Ainsi, un jeune Allemand, Gottlieb Göeller, à peine la quarantaine, débarqua pour la première fois en terre togolaise dans les années 70. Il y était introduit aux autorités par son compatriote Ganns Hans, alors premier Secrétaire à l’ambassade d’Allemagne à Lomé et féru de football. Bien vite, les contacts noués au nom de l’assistance technique pour une durée de deux ans, le jeune entraîneur est nommé sélectionneur du Togo.

Ingénieur en génie civil option Ponts et Chaussées, Gottlieb Göeller est avant tout un mordu du cuir rond né en mai 1935 à Nuremberg. Formé chez les cadets d’une modeste formation de sa ville natale, il poursuit au sein du FC Bayern Hof puis sous les couleurs de VFL Neustadt Wormatia  et ensuite chez FK Pirmasens jusqu’en 1963.  Reconverti entraîneur, il s’était occupé de la modeste équipe du SV Absenborn qu’il mena en division fédérale avant de prendre les rênes d’une formation de Mayence.

Adepte d’un jeu axé à la fois sur le physique et la technique, les débuts de Gottlieb Goeller bien rigoureux au travail, n’ont pas été faciles pour ses poulains francophones. Que d’éprouvants exercices de culture physique  (la brouette roulant à toute vitesse qui fit perdre le sourire). A l’époque, le sélectionneur allemand bénéficia du fécond travail de ses collègues locaux qu’étaient Oscar Anthony de l’ASC Etoile Filante de Lomé, Charles Fandalor Ayivi de la Modèle de Lomé, Rodolph Jazzar du Racing Club, Daté Hodè de l’Unisport et Désiré Tossoupkpè du Dyto.

Un meneur d’hommes

Bien vite, Gottlieb Goeller parvient à asseoir une véritable discipline de groupe à ses poulains, les regrettés Hunkpati Hermann Ressort, Omer Sadji, Ohin Anyaku, Fiaty Arnold, Luc Agbala, Michel Sokpoh, Pindra Ahanou, César Emile, Adjévi da Silveira, Apéti Kaolo, sans oublier Ayitégan Dmawuzan, Mébounou Kpadé Clément, Daniel Barrigah, Atsu Emmanuel, Pindra Sawoè, recrutés au sein des formations citées plus haut.

Dans un élan patriotique et la détermination aidant, la « bande à Goeller » sut dompter à Accra Staduim, les Black Stars du Ghana pour obtenir la toute première et historique qualification du Togo pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), l’édition camerounaise en 1972. Bien entré dans la compétition sur un nul de trois buts partout devant le Mali, une défaite sur la marque de deux buts à zéro face au Cameroun et un nul d’un but partout face au Kenya, le Togo dut retourner au bercail, éliminé au premier tour. Une participation à la compétition qui révéla Kaolo, Hermann Hunkpati Ressort et Tommy Sylvestre.

Sous les feux de critique, Gottlieb Goeller abandonna son poste avant de le retrouver dix ans plus tard pour une seconde qualification pour la CAN 1984 en terre ivoirienne. Les héros de cette qualification furent Assogba Ayaovi, Ekué Folly, Sadou Boukari, Hounkanli Dosseh, Emile da Silveira, Abdoul Faye, Dos Reis Kwami, Denke Wazo, Mawuena Kodjovi, Mensah Efoé, Sunu Mauli, Rafiou Moutairoo, Essowazina Sanounou, Komlan Kwavédjé, Djogou Akoulassi…

Deux cuisantes défaites devant les Eléphants ivoiriens et les Lions indomptables du Cameroun et un nul face aux Pharaons égyptiens obligèrent une nouvelle fois les poulains de Goeller à dire une nouvelle fois adieu à la compétition. Le plus régulier des coaches allemands au Togo quittera pour une nouvelle fois le sol togolais pour ne le retrouver qu’en 1994 ; ce fut à la demande de l’officier Séyi Mémène, alors Président de la Fédération Togolaise de Football (FTF).

De retour sur les bancs du Togo, le technicien allemand ne parvint pas à obtenir un nouveau ticket qualificatif pour ses poulains. Tancé par le public sportif local, Goeller jeta l’éponge pour s’installer en Tunisie pour revenir encore reprendre en mains la sélection togolaise (les Eperviers) qualifiée pour la CAN 2000 co-organisée par le Ghana et le Nigéria.

Une histoire de «command car» qui le mit aux prises avec Rock Balakyièm Gnassingbé alors patron de la FTF, le conduit à abandonner son poste à la hussarde. Un nul face aux Eléphants, une défaite devant les Black Stars du Ghana et une victoire face aux Lions indomptables ne permirent pas à Abalo Dosseh, Koffi Fiawoo, Assignon Komlan, Franck Doté, Salou Tadjou, Ouadja Lantame, Kader Cougbadja d’accéder au tour suivant. Le Togo, désavantagé par un goal différentiel, retourna au bercail.

Ainsi fut consommé le divorce entre l’entraîneur au français approximatif et les responsables sportifs togolais. A l’index, Gottlieb Goeller sera jugé usé pour un vieux système de jeu axé sur l’usage de latéraux transformés en faux ailiers pour apporter de l’eau au moulin de l’attaque.

Gottlieb Goeller quitta ainsi le Togo.  Mais il reste dans le souvenir collectif, le coach expatrié qui, en dépit de ses sautes d’humeur, de ses rapports circonstanciés avec la presse sportive, s’était donné corps et âme pour écrire un pan de l’histoire du football togolais sur le plan international.

A la tête de la sélection togolaise, l’Allemand Gottlieb Goeller était le seul qui parvenait sans détour à dénoncer l’improvisation et l’opacité qui demeurent la « marque déposée» de notre sport roi. Il n’hésitait pas surtout à exhorter les dirigeants sportifs à un  changement dans l’administration et la gestion du football, une discipline sportive tant ancrée dans les mœurs des Togolais.

Malade, Gottlieb Goeller meurt le 27 août 2004 à Bâle en Suisse. Il avait juste 69 ans.  Au passage, saluons l’apport de Wilfried Rainer, Erhard Vogel, Bern Steurn et autres techniciens  allemands pour le football togolais.

© Ekoué SATCHIVI / Liberté Togo

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