Dans la nuit du 03 au 4 mai dernier, un assassinat brusque d’un haut gradé des Forces armées togolaises (FAT) a choqué le Togo et suscité divers commentaires et des suppositions fantasmagoriques. Je n’avais pas voulu me précipiter pour écrire n’importe quoi comme tant d’autres et verser dans des thèses imaginaires, mais procéder de manière méthodique par des recoupements, des témoignages et connaître le fond du dossier de cet assassinat avant d’éclairer comme promis, la lanterne de mes lecteurs. Cela a pris du temps, mais j’ai un début d’éléments de réponses au regard de mes enquêtes auprès de sources confidentielles.

Un mois après l’odieux meurtre du Colonel Bitala Madjoulba, commandant du Bataillon d’intervention rapide (BIR), l’élite de l’armée togolaise, le mystère reste entier. Et dans les lignes qui suivent vous saurez qu’au cœur de cette intrigue se retrouve un adjudant, le chauffeur du Colonel, le dernier à l’avoir vu avant le crime.

Contrairement à ce qui est écrit dans la presse et sur les réseaux sociaux, le Colonel n’est trucidé de balles le 04 mai, mais plutôt le 03 mai aux alentours de 22h45, 23h, heure à laquelle le corps baigné dans une marre de sang a été retrouvé.

Ce 03 mai, paré dans ses plus beaux habits d’officiers bardés de ses galons, le Colonel Madjoulba, comme tous les officiers supérieurs de l’armée togolaise sur toute l’étendue du territoire national, se retrouve à la salle des fêtes de la présidence de la République pour assister à la cérémonie d’investiture du Chef de l’État Faure Gnassingbé pour son quatrième mandat.

Assis tous sur la même ligne au milieu de la salle, tous les officiers, après la prestation de serment du président de la République, sont sortis et sont partis au palais présidentiel pour une cérémonie de présentation d’armes et de soumission au Chef suprême des armées. Ils devraient être en position avant l’arrivée du président de la République. En principe cette présentation d’armes se fait dans un défilé militaire. Mais Covid-19 aidant, cette cérémonie a connu une sobriété.

Parallèlement à la rumeur sur les réseaux sociaux, un officier militaire de l’armée ne présente jamais le drapeau togolais au Chef de l’État lors de la cérémonie de prestation de serment. Cette tâche est dévolue à la gendarmerie et c’est son directeur général en l’occurrence Yétroféi Massina qui avait désigné l’officier qui avait présenté le drapeau au Président. Donc Madjoulba ne pouvait pas jouer ce rôle.

Après la cérémonie de présentation d’armes à Faure Gnassingbé au Palais présidentiel, Madjoulba tout comme les autres officiers sont partis vaquer à leurs occupations. C’est ainsi que le Colonel, avec certains de ses amis officiers venus du Nord, principalement de Kara avaient décidé d’aller casser la croûte dans un restaurant bien connu de la Jet Set où il avait ses habitudes. Ce restaurant dont je tais volontairement le nom se trouve dans la banlieue ouest de Lomé à Adidogomé.

Le Colonel et ses amis officiers ont traîné longtemps dans le restaurant avant de décider d’aller prendre un dernier verre « pour la route » comme il avait dit à ses collègues en quittant Adidogomé. Ils se sont donc retrouvés dans le quartier Agoè. La nuit étant tombée et comme il faisait tard, les officiers venus de Kara devant partir tôt le lendemain matin, avaient demandé à rentrer se reposer avant de prendre la route. C’est ainsi que tous avaient quitté la brasserie dans laquelle ils se trouvaient, chacun à bord de sa voiture de commandement conduite par un militaire.

Le Colonel Madjoulba enleva alors sa veste, la mit dans la voiture avant d’y prendre place et demanda à son chauffeur, un adjudant du BIR, de le conduire au camp à son bureau. Il le déposa et prit congé pour, a-t-il confié aux enquêteurs, « rentrer chez lui et se reposer ».

L’ayant déposé à son bureau, le Colonel Madjoulba avait oublié ses deux téléphones portables dans la voiture. C’est ainsi qu’il avait essayé en vain de joindre son chauffeur. Il avait essayé également d’appeler ses propres numéros sans réponse.

Pour entrer sans son bureau, le Colonel procède souvent de deux manières: en passant par son secrétariat pour y avoir accès, ou en passant par derrière à travers une terrasse dont lui seul detient la clé, d’après des témoignages recueillis auprès des éléments du BIR et également d’après les témoignages recueillis au SCRIC. Devant l’entrée donnant à son bureau par la terrasse il y a toujours des éléments positionnés qui montent la garde. D’après une source, ils sont généralement une dizaine ou une quinzaine toujours armés. Il arrive pour le Colonel, au regard de certaines visites nocturnes, de demander à cette garde de « s’éloigner d’au moins 100 mètres de l’entrée » afin que ses visiteurs (surtout des femmes) passent inaperçus. Le Colonel a procédé ainsi encore le soir de son meurtre en éloignant ses gardes postés devant la terrasse de la seconde entrée. S’étant éloignés des 100 mètres habituels et se retrouvant dans le noir, ils n’auraient rien vu venir. Et là une interrogation s’impose. Pourquoi même s’étant éloignés, ces gardes n’ont pas fait attention à la personne ou aux personnes qui sont entrés par le truchement de la terrasse si c’est par cette entrée que le ou les meurtriers sont passés pour tuer le Colonel ? L’autre interrogation est de savoir si l’entrée principale par le secrétariat était fermée à cette heure tardive ou s’il y avait le secrétaire et un garde à ce niveau. L’enquête en cours au moment où j’écris cette ligne n’a pas encore répondu à ces questions.

Toujours est-il que le chauffeur du Colonel, selon ses dépositions (il a été interrogé à plusieurs reprises) s’est réveillé tardivement et s’est rendu compte que son patron l’avait appelé à plusieurs reprises en vain. C’est alors selon ses propos, qu’il tenta à son tour de le joindre sur le téléphone fixe de son bureau, les portables étant restés dans la voiture. Mais jamais le patron ne lui a répondu. Il prit la décision d’aller à son bureau (tous deux resident au camp). Et stupeur, il découvre le corps inanimé de son patron. Il sonnait entre 22h45 et 23h (selon l’heure donnée par l’adjudant-Chauffeur). La suite tout le monde le connaît. Il appela au secours, fait son récit avant d’être convoqué plus tard au SCRIC devant la commission d’enquête sur ce meurtre mise en place par le Chef de l’État et dirigée par le Général Yark Damehane, Ministre de la sécurité et de la protection civile.

Se posent des questions. Qui a ou sont entrés si habillement dans le bureau du Colonel et pour quels motifs? Est-ce un règlement de compte lié à un crime passionnel ? Pourquoi le chauffeur était parti dormir alors que son patron se trouvait dans son bureau ? Et s’il avait besoin de lui ? Pourquoi n’a-t-il pas vérifié si le Colonel avait tous ses effets sur lui, surtout ses portables ? En quittant la voiture pour son bureau Madjoulba avait pris soin de reprendre sa veste entre temps enlevée. Pourquoi le portable du chauffeur était-il éteint ? Voilà autant de questions et d’autres qui n’ont pas encore trouvé de réponses.

Autre fait, quelques jours avant son assassinat, il y a avait des décès surprenants dans la famille Madjoulba. D’après le récit de son cousin recueilli au SCRIC, le Colonel aurait dit à son cousin qu’ils doivent rester vigilants avec les mystères qui se produisent dans la famille et qu’il a le sentiment que le prochain sur la liste sera lui. Avait-il prémédité sa mort ? Là encore mystère.

D’après notre enquête, trois thèses se dégagent.
1- Soit il s’agit d’un règlement de compte entre militaires surtout officiers, mais pour quels motifs ? Pour des intérêts ? Lesquels ?
2- D’un crime passionnel. Il est clair qu’en Afrique et au Togo prendre ou convoiter une femme de quelqu’un d’autre ne se pardonne pas. Surtout dans l’armée. Ça finit par un assassinat de l’un ou l’autre des prétendants.
3- D’une menace sécuritaire qui pèserait sur le pays comme le disaient les autorités.

Sur le plan sécuritaire, le BIR est une armée d’élite dans l’armée togolaise. Elle précède et accompagne partout Faure Gnassingbé dans tous ses déplacements que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Or il s’est avéré que ce camp situé à Agoè n’est pas totalement clôturé et un commando bien préparé peut y pénétrer et commettre des forfaits. Est-ce le cas pour montrer que malgré le dispositif sécuritaire mis en place au Togo, il y a des failles ?

La même défaillance est aussi constatée jusque récemment au niveau du premier Régiment d’infanterie (RI) de Zowla. Pourquoi l’État-major des FAT pouvait prendre autant de risque en laissant des camps avec des clôtures inachevées ? Donc non sécurisées ?

Pendant longtemps, l’actuel CEM (Chef d’état-major) des FAT Félix Katanga avait régné sur la FIR devenu BIR. Il connaît bien la maison et nommait ou faisait nommer à l’intérieur de ce corps d’élite ses plus fidèles. Et exactement le Colonel Madjoulba, d’après nos renseignements était et demeure l’un de ses chouchous et l’un de ses plus fidèles collaborateurs, raison pour laquelle il a proposé, appuyé et obtenu sa nomination à la tête de ce corps de l’armée togolaise. L’enquête a démontré aussi que le colonel est également un chouchou de Faure Gnassingbé. Que s’est-il donc passé pour que ce « chouchou » soit si brutalement assassiné avec une balle dans le corps selon les révélations de l’autopsie ?

Quelques jours après l’assassinat du Colonel, des tracts avaient été déposés nuitamment devant l’entrée principale du BIR. Le lendemain matin, des éléments du BIR les ont ramassé pour les présenter au nouveau patron des lieux nommé au lendemain du décès constaté du Colonel. Ils auraient dû les laisser sur place, appelé la police judiciaire et criminelle afin que les empreintes soient prélevées pour analyse pour connaître les auteurs des tracts dans lesquels l’armée et surtout le BIR sont menacés. Noter que pour un document d’identité, passeport ou carte nationale d’identité, il existe depuis un bon moment déjà une base de données où sont consignées toutes les empreintes.

Dans le même sillage, les membres de la commission d’enquête sont allés au BIR pour demander à toute sa composante de signaler tout mouvement suspect constaté la nuit de l’assassinat par une dénonciation anonyme en appelant le 1074.

Quoi qu’il en soi, trop de mystères entourent le meurtre de Bitala Madjoulba et la commission d’enquête qui continue ses interrogatoires et ses enquêtes doit aller au bout pour que l’auteur ou les auteurs de ce crime crapuleux soient punis.

Anani Sossou

1 COMMENTAIRE

  1. Tu pouvais attendre encore quelques jours pour nous satisfaire, nous tes lecteurs. Tu te précipites pour faire pire que les premiers. Je pense même que pour nous satisfaire, il va falloir beaucoup de temps encore puisque tu dois apprendre à parfaire d’abord ta façon de rédiger. Sans rancune.

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