Ce sont les élections locales qui occupent la une de l’actualité ou sont l’objet de préoccupations pour l’instant. Mais la présidentielle de 2020 est dans un coin des esprits, et c’est une lapalissade. Faure Gnassingbé va-t-il briguer un 4e mandat ? Voilà la grande interrogation. Mais certains ne se la posent même plus, tant ils en sont convaincus au vu de plusieurs signaux. L’intéressé même s’est enfin prononcé en fin de semaine dernière. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il joue à cache-cache et flirte avec la candidature à une quatrième pige à la tête du pays.

Faure et 2020

En marge de son opération marketing autour du fameux PND, Plan national de développement qui les a amenés, lui et sa traditionnelle délégation fournie à Londres, Faure Gnassingbé a été interrogé par nos confrères de BBC sur un certain nombre de sujets d’actualité au Togo. Une des questions qui a retenu l’attention, c’est la présidentielle de 2020 et surtout son éventuelle candidature à un 4e mandat au pouvoir. Ce qu’il faut retenir, c’est que le Prince togolais a répondu sans vraiment répondre…

« Je ne sais pas encore si je serai candidat. Je crois qu’il y a encore quelques mois de réflexion, et puis après je verrai ce que mon parti politique décidera ». Telle était la réponse de Faure Gnassingbé, sur son éventuelle candidature à la présidentielle de 2020, et d’ajouter : «Les règles sont là, l’essentiel, c’est de respecter la loi et les dispositions constitutionnelles de son pays. Je pense que cela règle cette question. Aujourd’hui, si j’ai la possibilité de me représenter, constitutionnellement, je prends acte et le moment venu, je prendrai ma décision». Il se cache donc derrière les réformes constitutionnelles et institutionnelles taillées sur mesure adoptées par son Assemblée de godillots le 8 mai dernier et qui lui pavent la voie pour rempiler.

Il faut relever que c’est la toute première fois que l’« homme simple » a abordé cette question sensible qui le concerne au premier chef, après s’être fait violence pour garder le silence sur ce sujet pourtant présent dans un coin des esprits et devrait à nouveau cristalliser les tensions le moment venu, laissant ses collabos parler à sa place. Mais ce qu’il faut regretter, c’est que ce ne soit sur une chaine internationale qu’il aille parler au lieu d’un média local afin que les populations togolaises soient le plus informées. Preuve de plus de son mépris pour son bétail électoral…

Il répond sans vraiment répondre

Sur cette problématique, le commun des Togolais aurait voulu que Faure Gnassingbé dise clairement si oui ou non, il sera candidat en 2020 pour un 4e mandat au pouvoir. Mais il a évité d’être explicite, feignant de se donner encore « quelques mois de réflexion » et attendant aussi la décision de son parti, le RPT/UNIR, de le présenter ou pas. Une réponse assez caricaturale de l’homme, adepte de l’hypocrisie politique. Mais certains diront qu’elle vaut une confirmation de sa candidature en 2020 annoncée déjà à plusieurs reprises par ses collaborateurs.

D’abord son Premier ministre Komi Sélom Klassou qui, le 25 janvier dernier déjà devant l’Assemblée nationale, annonçait la victoire avant l’heure de leur « champion » en 2020. « En 2020, le meilleur va gagner et va continuer (… ) Et le meilleur, c’est le leader actuel », avait-il dardé. A sa suite, le Secrétaire Exécutif du RPT/UNIR Atchole Aklesso qui déclarait en février devant les militants à Blitta, en marge d’une visite des députés élus (sic) de la préfecture, Faure Gnassingbé candidat. Quelque temps plus tard, c’est la fameuse cellule de réflexion du parti qui est aussi allée sur cette piste, en marge d’un forum tenu le 30 mars sous le thème : « La communication et la mobilisation, nouveaux défis pour les locales et les présidentielles de 2020 ». « A la cellule de réflexion UNIR, nous n’avons qu’un seul candidat. Ce candidat, c’est son excellence Monsieur Faure Essozimna Gnassingbé. Donc à notre niveau, nous allons travailler pour qu’il soit réélu à plus de 70% à la présidentielle de 2020 », a déclaré Esseni Kodjo Egnaniba, l’administrateur principal du forum qui a vu la participation des délégués régionaux, des cadres des différentes instances du parti ainsi que de plusieurs militants et sympathisants venus des cinq régions du pays.

La dernière étape à franchir pour « faire joli joli », c’était que les textes légitiment cette candidature à un 4e mandat en 2020, même si la Constitution jusque-là en vigueur héritée du tripatouillage de décembre 2002 a sauté le verrou de la limitation et arrangeait ses affaires pour se représenter de façon illimitée. C’est ce qui a été fait le 8 mai dernier par ses béni-oui-oui de l’Assemblée nationale, avec des réformes confectionnées à sa taille et selon ses désirs de s’éterniser au pouvoir. On retiendra essentiellement les articles 75 qui lui accorde l’impunité totale pour tous les crimes et surtout 158 qui lui remet le compteur des mandats à zéro et l’autorise à candidater à un 4e en 2020. La voie lui est donc pavée pour ce faire.

Comme devant sa candidature en 2015

On est manifestement face à l’éternel jeu de cache-cache de Faure Gnassingbé pour gruger les Togolais. Et cette jonglerie n’est pas sans rappeler son attitude devant la problématique de sa candidature à un 3e mandat en 2015.

En effet, vers la fin de son second mandat d’affilée accepté en démocratie et face à la mobilisation contre sa gouvernance, la question se posait, après l’échec de la tentative de mise en œuvre des réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales en juin 2014, mieux, du rejet du projet de loi du pouvoir par ses propres députés représentés à l’Assemblée nationale. Au cours d’une visite de trois jours en novembre à Accra sous la présidence de John Dramani Mahama, la question d’une éventuelle candidature à un 3e mandat lui fut posée, lors d’une conférence de presse. Comme la dernière fois, l’homme s’est débiné, évitant d’avouer ses intentions. «Tout ce que je peux vous dire, c’est que la Constitution en vigueur sera rigoureusement respectée », avait-il déclaré, et d’ajouter : « Naturellement, l’opposition et les partis politiques peuvent avoir une opinion sur telle ou telle chose, mais ce vers quoi nous devons tous tendre, c’est la stabilité surtout, et le respect des dispositions constitutionnelles ». Il avait également feint de rester conditionné aux décisions de son parti et des populations togolaises. Il s’était en tout cas fait violence pour ne pas avouer sa candidature évidente pour un 3e mandat. Mais au moment venu, il a franchi le pas. Le jeu de cache-cache de Faure Gnassingbé ne doit donc tromper personne…

Tino Kossi

Source : Liberté No.2937 du 11 juin 2019

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