Après le simulacre de révision des listes électorales, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) en appelle au Groupe des 5 pour convaincre le pouvoir Faure Gnassingbé de reprendre ou proroger les opérations. Difficile de pronostiquer une réaction positive de la part de ces représentants du monde occidental. Cette interpellation du CAR remet tout de même au goût du jour le rôle de ces représentants du monde civilisé devant les péripéties et questions importantes au Togo depuis les législatives du 20 décembre 2018…

Appel de Yawovi Agboyibo au Groupe  des 5

Les opérations de révision électorale marquées par l’obscurantisme du pouvoir Faure Gnassingbé ne laissent pas indifférents les acteurs politiques ou de la société civile. A certains qui appellent encore au sens de la responsabilité du régime, comme les Universités sociales qui, dans leur rapport sur les opérations, exhortent le pouvoir en place à se reprendre, s’adjoignent d’autres qui ont recours à la communauté internationale pour tenter d’infléchir les choses. C’est le cas de Me YawoviAgboyibo qui a écrit dimanche aux ambassadeurs de France, d’Allemagne, des Etats-Unis, de la Délégation de l’Union européenne et du Système des Nations-Unies, d’abord pour les prendre à témoin du bordel que venait d’organiser le régime durant ces quatre jours de révision des listes, mais ensuite les appeler à faire des pressions sur le pouvoir afin qu’il reprenne l’opération.

« Il s’est trouvé qu’en réaction à de nombreux appels réclamant que la CENI proroge de 3 à 7 jours la période de révision, elle n’a accordé qu’une seule journée de prorogation. Et à l’heure où nous vous adressons le présent courrier, dans plusieurs centres de recensement, l’affluence est toujours forte au point que d’ici la fin de la journée, il sera impossible d’enrôler tous les citoyens en attente », a écrit le patron du CAR dans une lettre à ces représentants diplomatiques. Et de leur demander de faire pression sur le gouvernement afin qu’une autre prorogation de 4 jours des opérations de recensement soit effective à travers tout le pays.

Cette interpellation est on ne peut plus légitime. Si Me YawoviAgboyibo se voit contraint de le faire, c’est parce que la voix de ces représentants du monde civilisé porte. Mais sera-t-il écouté ? Rien n’est moins sûr. Cette interpellation relance quand même la problématique de l’utilité ou du rôle de ces représentants du monde occidental au Togo.

Réformes, révision électorale…le silence

Les réformes constitutionnelles, institutionnelles et électorales réclamées depuis des lustres ont été exécutées depuis le 8 mai dernier. Si on peut se réjouir que ce chantier de vieille date soit enfin mis en œuvre, le contenu fait moins sourire. Ces réformes ont été taillées pour arranger les affaires de  Faure Gnassingbé, réinstallé en fait sur le trône, et sacrifier  l’alternance espérée à la tête du Togo depuis un demi-siècle. De plus,  ces réformes consacrent une monarchisation officielle du Togo, même si c’était déjà le cas dans les faits. Après les 38 ans du père et trois mandats du fils, ce dernier se voit offrir sur un plateau d’or par ses députés nommés deux mandats de plus, en attendant d’aviser vers 2030. On est donc parti pour soixante-trois (63) ans de régence pour la seule famille Gnassingbé. Avec toutes les manettes en main –l’argent, l’armée, les institutions, les relations et le lobbying -, il va sans dire que l’on est parti pour une éternité.

C’est en fait la mort de la démocratie et de l’alternance qui a été consacrée par l’adoption de ces réformes. Au regard de l’importance de cette question pour la paix sociale et la stabilité au Togo, ce tour de passe-passe effectué par Faure Gnassingbé à l’Assemblée nationale le 8 mai dernier devrait susciter la réprobation de la communauté internationale. La CEDEAO particulièrement, ses premiers responsables et les chefs d’Etat de l’espace devraient se sentir couillonnés et taper du poing sur la table, car le pouvoir de Lomé a carrément snobé le texte de réformes proposé par l’institution, fruit des réflexions du constitutionnaliste Alioune BadaraFall. Mais pas de réaction de la part de l’instance communautaire depuis ce pied de nez du pouvoir Faure Gnassingbé. Même attitude dans les rangs du Groupe des 5, ces ambassadeurs qui sont censés être en mission civilisatrice au Togo et s’illustraient souvent en gardiens des valeurs de démocratie. Et pourtant on les a vus rompre le silence sur des questions de moindre importance, se poser en sentinelles des vertus et en donneurs de leçons, prendre parti ostentatoirement pour le pouvoir…Ceux qui ont eu à réagir l’ont fait à titre individuel et à demi-mot, avec la dose de « diplocrisie », que dis-je, de diplomatie teintée d’hypocrisie qu’on leur connaît. Certains, prenant les Togolais pour des cons, des gens qui ne méritent pas l’alternance, se sont mis à vanter les mérites du second tour d’une élection, fermant les yeux sur les implications de l’article 158 qui remet les compteurs à zéro pour Faure Gnassingbé et l’autorise à briguer deux mandats supplémentaires, ce qui lui fera cinq en tout, mais surtout l’article 75 qui lui consacre l’impunité à vie pour tous les crimes qu’il viendrait à commettre.

Les pays de l’Union Européenne dont la France, l’Allemagne, les Etats-Unis d’Amérique, bref les partenaires en développement ont toujours mis la pression sur le pouvoir Faure Gnassingbé pour l’effectivité de la décentralisation et la tenue des élections locales dont les derrières datent de 32 ans. Au vu de l’importance de ce scrutin pour l’instauration de la démocratie à la base, tout devrait être fait dans les normes. Mais tout porte à croire que ces représentants du monde civilisé ne suivent pas l’actualité autour de la question. C’est une décentralisation confisquée qu’est en train d’installer le pouvoir en place. Le processus se passe dans la même démarche obscurantiste que lors des législatives, les règles taillées de façon à le biaiser, le découpage confectionné aux dépens de l’opposition…Le comble, ce sont les conditions d’organisation de la révision des listes électorales. Parce que l’opposition a cette fois-ci décidé de participer aux élections locales et appelé ses militants à aller se faire recenser, le pouvoir a tout mis en œuvre pour entraver leur enrôlement massif sur les listes électorales par des méthodes diverses. Les ambassadeurs du monde civilisé sont curieusement restés muets devant toutes les aberrations ayant marqué les opérations. Et c’est à juste titre que Me YawoviAgboyibo a cru qu’ils pouvaient encore pousser les gouvernants à refaire les choses dans les normes, d’où son interpellation à leur endroit. Mais Dieu sait s’il aura une suite favorable…Tout est fait par le régime RPT/UNIR pour confisquer aussi le pouvoir au niveau des communautés à la base, après l’exécutif, le législatif…Au finish, ce processus de décentralisation et les élections locales n’auront servi qu’à conforter le pouvoir Faure Gnassingbé.

A quoi servent finalement ces ambassadeurs occidentaux au Togo ?

La question peut faire dresser des cheveux sur des têtes, faire couler de la bile. Mais elle se pose avec légitimité. Ce qui est constant, c’est que ces représentants du monde civilisé finissent par s’accommoder des « togolaiseries », des aberrations qu’ils n’accepteraient jamais dans leurs pays respectifs qui sont des démocraties traditionnelles, en deviennent les avocats et même des griots du pouvoir en place. Comment ne pas se rappeler ce diplomate allemand qui, comme dans une pièce de théâtre, s’était extasié de la pseudo-transparence des élections au Togo, allant jusqu’à raconter que nulle part en Afrique, on ne fait mieux? Tout porte à croire que tous ces diplomates sont envoûtés et oublient les valeurs et principes démocratiques universels quand ils débarquent au Togo.

Certains observateurs avisés croient comprendre leur silence. Ils trouvent que ce que ces ambassadeurs cherchaient, ils l’ont eu. Leur objectif visiblement, c’était de pousser le Togo aux élections législatives – ce qui fut fait le 20 décembre 2018 – afin que l’opposition colle la paix au généreux Prince de Lomé ; ce dessein est visiblement atteint. Ils voulaient aussi que les réformes soient mises en œuvre, peu importe le contenu et les écueils contre la démocratie ; ce but aussi est atteint. Le reste, ils s’en tapent. Manifestement, la communauté internationale préfère l’injustice contre un peuple qui recherche légitimement l’alternance, à une crise politique. Tous ces morts de la dernière crisen’auront servi à rien. Sous d’autres cieux, la communauté internationale aurait donné suite à ce dossier. Il n’a pas fallu autant ailleurs pour qu’elle s’emballe. Manifestement, le peuple togolais en quête d’alternance ne devrait compter que sur soi-même pourespérer la réaliser.Oublié donc la mission civilisatrice des représentants du monde occidental en termes de démocratie. Les interventions de la communauté internationaleau Togo semblent aujourd’hui se limiter à voler au secours du pouvoir en place lorsqu’il se retrouve en situation. Le reste, elle n’en a cure….

Tino Kossi
 
source : Liberté
 

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