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Tout autant que les coups de force du pouvoir Faure Gnassingbé, les appels à un dialogue entre la classe politique pour des élections transparentes et apaisées ont fusé de toute part, sur le plan national. La communauté internationale n’est pas restée indifférente, ses différentes voix autorisées ayant multiplié les interpellations à une préparation consensuelle du processus. Décidément, les élections législatives du 25 juillet prochain la préoccupent énormément. La dernière illustration est l’exhortation de la France, à travers son ambassadeur au Togo, Nicolas Warnery. C’était au cours d’une réception le 14 juillet dernier, à l’occasion de la célébration du 224e anniversaire de l’accession de l’ancienne métropole à la souveraineté internationale.
 
Défi démographique, Etat de droit
 
C’est la tradition au Togo, à l’occasion de chaque célébration de l’indépendance de la France, son représentant diplomatique dans notre pays offre une réception aux acteurs politiques. Et cette année aussi, la tradition a été respectée ce dimanche, avec Nicolas Warnery. Membres du gouvernement, leaders de l’opposition, acteurs de la société civile et autres personnalités étaient autour de l’ambassadeur de France pour commémorer l’événement. Et comme toujours, l’hôte a prononcé un discours. Une allocution – on devrait s’y attendre – axée sur les prochaines élections législatives attendues dans notre pays.
 
Le diplomate a d’abord abordé la question de l’intervention militaire au Mali et la participation du Togo, la lutte contre le terrorisme international, la piraterie maritime, la coopération entre la France et notre pays, etc. Et d’enchainer avec des questions qui lui tiennent à cœur : le défi démographique qui oblige le Togo à prendre des mesures pour contenir la population galopante, et la construction de l’Etat de droit. Au niveau de ce dernier point, il n’a pas manqué de pointer du doigt les grands maux connus par notre pays. « L’objectif est la mise en place d’un environnement transparent et prévisible sur les plans douaniers et fiscaux, la transparence des appels d’offres, le respect des arbitrages et, enfin, le bon fonctionnement de la justice dans le respect des textes et des droits de la personne. L’enjeu est la création de nouvelles entreprises et l’attraction de nouveaux investissements (…) C’est dans ce cadre, transparent et prévisible, que les entreprises françaises entendent contribuer au développement de l’économie togolaise », a-t-il noté.
 
Exhortation à des élections « incontestables »
 
Ce serait presqu’un scandale qu’il n’aborde pas la problématique essentielle du moment dans notre pays, les élections législatives. Ici, le diplomate n’a pas manqué de louer les avancées (sic) du dernier dialogue initié par Mgr Nicodème Barrigah et l’ambassadeur des USA au Togo, Robert Whitehead, des avancées qui se résument à la libération effective des leaders de l’opposition et candidats au scrutin législatif détenus dans l’affaire des incendies, et la promesse de l’ouverture de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) et de ses démembrements au Cst et à la Coalition Arc-en-ciel, et d’évoquer les questions connexes comme le dialogue politique, le défi de la réconciliation. « Il n’y aura pas de réel développement du pays sans confiance et respect entre la majorité et l’opposition, sans dialogue entre les principales forces politiques, sans élections libres et transparentes. La France, avec ses partenaires du groupe des 5, n’a pas ménagé ses efforts dans ce domaine, au cours des derniers mois. Elle se félicite des résultats obtenus ces derniers jours et salue tous ceux qui ont contribué à ces avancées », fait remarquer M. Warnery.
 
S’agissant des élections législatives, pour le diplomate, « Tout doit être fait pour que ces élections soient incontestables et constituent une réelle avancée démocratique, ouvrant la voie, le plus rapidement possible, aux élections locales que tout le monde attend et à une poursuite des discussions sur les réformes politiques et institutionnelles évoquées, ces derniers mois, par les acteurs politiques. Tout doit être fait pour qu’il n’y ait, comme en 2010, pas une seule victime. Tout doit être fait pour que ce scrutin débouche sur l’élection d’une assemblée pleinement légitime qui se tourne vers l’avenir et travaille au développement du pays ». Et de souhaiter qu’au-delà du prochain scrutin, « l’œuvre de réconciliation déjà accomplie par la Commission Vérité, justice et réconciliation doit se poursuivre, se prolonger, pour atteindre et convaincre tous ceux qui n’ont pas encore demandé pardon ou qui n’ont pas encore pardonné et qui demeurent donc prisonniers du passé ».
 
Nicolas Warnery sera-t-il entendu ?
 
C’est la grande énigme. D’autant plus que son appel est le nième lancé par la communauté internationale. Les diplomates européens se sont tués à convaincre le pouvoir Faure Gnassingbé d’exécuter les réformes institutionnelles et constitutionnelles majeures de l’Accord politique global (Apg) du 20 août 2006. Ils l’ont signifié au gouvernement tout au début du processus électoral en mars-avril 2012 au cours d’une session des rencontres périodes inscrites au registre du dialogue permanent entre l’Union européenne et les pays ACP et les recommandations de ses missions d’observation électorale de 2007 et 2010. Pensant pouvoir décider les gouvernants à s’exécuter, ils avaient conditionné leur appui financier au processus par leur exécution. Mais rien n’y fit, et de guerre lasse, Bruxelles a décidé de fermer le robinet.
 
Par la suite, ils ont multiplié les déclarations publiques. Devant la montée des tensions, avec les marches à répétition de l’opposition soldées par des répressions, le groupe des 5 a entrepris des démarches de couloir, pour pousser le pouvoir à organiser un dialogue et décrisper l’atmosphère avant l’organisation des législatives. Interpellés par des groupes de pressions formés d’organisations de la société civile, Catherine Ashton et Andris Piebalgs ont insisté à plusieurs reprises sur la nécessité des élections transparentes et du dialogue. Entre-temps l’Ue et la Cédéao ont fait une déclaration commune dans laquelle elles sont revenus là-dessus. Avec les arrestations à la pelle d’opposants dans l’affaire des incendies, des partis politiques français et allemand ont appelé à leur libération et à l’organisation d’un dialogue sincère. Tous ces appels sont tombés malheureusement dans des oreilles de sourds, ou n’ont été traités que partiellement, et avec la manière. Même si elle a entraîné la libération des trois candidats du Cst détenus, la tentative de dialogue initiée la semaine écoulée par Mgr Barrigah et Robert Whitehead s’est soldée par un échec, Faure Gnassingbé ayant refusé de recevoir le prélat pour résoudre les points de blocage. Difficile de croire que l’exhortation (visiblement tardive) de Nicolas Warnery soit entendue.
 
Et puis, les élections incontestables, cela suppose des conditions de préparation optimales, des règles de jeu équitables. Mais pour le scrutin à venir, la Commission censée l’organiser et le superviser n’est occupée que le couple de partis au pouvoir. Et le découpage électoral taillé sur mesure…
 
Tino Kossi
 
Liberté Togo
 
 

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