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Les jeudi 24 et vendredi 25 janvier 2013, le Procureur de la République près le Tribunal de Lomé et le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile ont respectivement livré aux médias, l’un par simple communiqué, l’autre par conférence de presse, de prétendus premiers éléments de l’enquête sur les incendies qui ont ravagé les marchés de Kara, de Lomé, d’Aklakou et de Gboto, ainsi que l’immeuble du CIB d’Atakpamé.
 
Coutumier et tristement célèbre dans l’art des montages grotesques, de falsification et de déformation des faits et de la réalité, à travers ces deux personnages, a une fois encore, servi aux médias et aux populations des informations non seulement erronées, mais qui jettent surtout de l’opprobre et du discrédit sur les institutions qu’ils incarnent et représentent pour l’heure.
 
Ces informations, fruits d’un assemblage mal ficelé, appellent de la part du Collectif « SAUVONS LE TOGO » les observations ci-après :
 
I- Sur la communication du procureur de la République
 
D’abord, il très regrettable et très honteux que le Procureur de la République affirme que les « interpellations sont intervenues dans tous les cas de figure dans le respect des procédures en vigueur », alors que toute l’opinion sait de nos jours dans quelles conditions ces différentes interpellations, qui frisent à la limite des enlèvements, se sont déroulées.
 
Ensuite, en déclarant qu’il veille personnellement en sa qualité de directeur de l’enquête, à ce que tous les principes et règles qui gouvernent les enquêtes soient respectés, et notamment le droit à la présomption d’innocence, le Procureur de la République vient de subir un cinglant camouflet de la part du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile qui a, lors de sa conférence du vendredi 25 janvier 2013, fait présenter à la presse les personnes interpellées à visage découvert.
 
Enfin, il est tout de même scandaleux, voire contre serment que monsieur le directeur de l’enquête, magistrat de son état, croit devoir affirmer sans le moindre scrupule que l’« audition sans Avocats » est une garantie des droits des personnes gardées à vue, et ceci au grand mépris des dispositions pertinentes de l’article 16, alinéa 3 de la Constitution togolaise du 14 octobre 1992 qui veut que toute personne interpellée ait le droit de se faire assister par un Conseil au stade de l’enquête préliminaire. On comprend pourquoi des Avocats venus dans le cadre de l’exercice de leur profession pour assister les personnes interpellées, en ont été empêchés et pis encore, certains d’entre eux ont été purement et simplement séquestrés.
 
Mieux, c’est triste que ce soit le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile qui lui fasse la leçon en reconnaissant qu’à l’enquête préliminaire, l’Avocat a le droit d’assister aux interrogatoires de son client.
 
Quelle aberration ! L’histoire est encore fraîche dans nos mémoires et n’ayons pas peur de le dire. Des procureurs ont été plus zélés que ça, mais ont fini par payer de leur zèle.
 
D’ailleurs, celui qui se proclame de nos jours « directeur de l’enquête » n’a été informé de certaines interpellations que plusieurs heures plus tard, par des Avocats venus assister leurs clients, mais également et c’est triste et méprisable, que des officiers de police judiciaire se soient expressément refusés de se soumettre à ses injonctions. Certains centres de détention échappent même à son contrôle.
 
C’est le lieu pour le Collectif « SAUVONS LE TOGO » de dénoncer vigoureusement les multiples enlèvements et détentions au secret qui culminent avec les actes de torture et autres formes de traitements cruels, inhumains ou dégradants qui s’y pratiquent.
 
Pour le Collectif « SAUVONS LE TOGO », cette sortie du procureur de la République n’est rien d’autre qu’une couverture des multiples dérives qu’orchestrent les services de la gendarmerie.
 
II- Sur la Conférence de presse du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile
 
Au prime abord, il y a lieu de relever que du point de vue de la forme, de la procédure et de la compétence, il n’appartient pas au Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile de livrer de prétendus résultats aux médias dans la mesure où une information judiciaire est ouverte par un directeur de l’enquête et l’affaire est encore pendante devant le Doyen des Juges d’instruction.
 
Il en découle que le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile n’a pas fait une sortie judiciaire, mais une sortie à caractère purement politique. Cette sortie n’est que la preuve vivante de ce que le pouvoir judiciaire est écrasé par le pouvoir exécutif et politique. Il s’en suit avec évidence qu’une enquête menée dans ces conditions ne présente aucunement des gages d’indépendance et d’impartialité ; d’où la nécessité de diligenter une enquête internationale indépendante.
 
Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » relève avec raison et insistance ce qui suit : que l’expertise révèle une origine criminelle des incendies et que cela soit confirmé par des experts français de la police scientifique et des pompiers de Paris dépêchés à Lomé à la seule demande des autorités togolaises et non de la prétendue commission d’enquête, ne rapporte en rien la preuve que les responsables du CST interpellés en sont les auteurs.
 
Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » tient à rappeler qu’il n’a ni les moyens, ni même l’intention de se livrer, dans un Etat aussi policier que le nôtre, à une entreprise hautement criminelle et à grande échelle, en procédant à une telle « opération commando » savamment orchestrée par des mains noires que le pouvoir, qui en a les moyens, se refuse de démasquer. A qui profite le crime ?
 
Sur ce point précis, la sortie maladroite du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile n’a pu convaincre et a laissé plus d’un Togolais, ainsi que l’opinion nationale et internationale sur leur soif. Les éléments de l’enquête révélés par le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile sont caractéristiques d’une fragilité extrême et d’une légèreté blâmable pour pouvoir soutenir et justifier les causes et les motifs des interpellations zélées et faites en cascade.
 
Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » dénonce une enquête aux pieds d’argile, incapable d’être à la hauteur des accusations portées et indigne d’une République. Soyons sérieux ! Le commun des Togolais attendait plus que ça. Quelle honte !
 
Le CST interpelle de nouveau le pouvoir en place à mettre rapidement fin à cette comédie et à ce folklore auxquels le peuple togolais n’est plus prêt à assister et l’invite à faire diligenter une enquête indépendante et impartiale pour situer les responsabilités et soulager les cœurs des Togolais encore endoloris et meurtris.
 
Aux dires du Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, le mode opératoire de ceux qui ont commandités les opérations criminelles aurait consisté pour ces derniers en la tenue de deux réunions les 5 et 8 janvier 2013 au siège de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC). Auraient participé à ces réunions, Messieurs Alphonse KPOGO, Secrétaire Général de l’ADDI, Jean EKLOU, Président de la jeunesse de l’ANC et Gérard ADJA, vice-président d’OBUTS. L’objectif déclaré serait de « frapper des sites stratégiques, le cœur de l’économie afin de susciter le soulèvement de la population ». « Des cocktails Molotov et des bidons d’essence auraient été entreposés au siège de l’ANC et au marché d’Adawlato de Lomé avec la complicité de quelques vigiles habituellement en faction ».
 
Montages grotesques, fantaisistes ! Mais aussi montages si légers et si mal ficelés !
 
Il n’est pas surabondant d’objecter à Monsieur le Ministre de la sécurité et de la Protection Civile, qu’aucune réunion de ce genre n’a jamais eu lieu au siège de l’ANC et que toutes les personnes interpellées, en dehors de celles qui ont accepté être des acteurs dans cette pièce de théâtre dont le Ministre revendique, ensemble avec le procureur de la République, la paternité du montage, n’ont jamais reconnu les faits à eux reprochés, aussi bien devant les magistrats du Parquet que devant le Doyen des juges d’instruction.
 
Et pour monter cette pièce incohérente et insipide, les dramaturges et les metteurs en scène ont exploité la misère, la naïveté et l’ignorance de jeunes sans repère, victimes, somme toute, de la mauvaise gouvernance et du système militaro-fasciste encore en place au Togo.
 
Excellence monsieur le Ministre, l’accusation ne doit pas alléguer. L’accusation doit prouver. Qui accuse, prouve.
 
Dans tous les cas, le Collectif « SAUVONS LE TOGO » reste serein et met au défi le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile de rapporter la preuve de ce qu’une perquisition a été effectuée au siège de l’ANC et aura permis de découvrir des cocktails Molotov et des bidons d’essence entreposés.
 
Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » interpelle une fois encore l’institution judiciaire du Togo en ce qu’elle se trouve à une période importante et un tournant décisif de l’histoire de notre pays. Elle doit bouter hors d’elle et loin d’elle ce monstre du pouvoir politique qui, plusieurs décennies durant, l’a instrumentalisée à des fins de conservation du pouvoir, au détriment d’un peuple qui croupit dans la misère.
 
Le Collectif « SAUVONS LE TOGO » demande que soient remis en liberté et sans condition tous ses responsables, militants et sympathisants interpellés aussi bien à Lomé qu’à Kara.

Pour le Collectif,
Le Coordinateur,
SIGNE

Me Ata Messan Zeus AJAVON
 

Peuple togolais, par ta foi, ton courage et tes sacrifices, la nation togolaise doit renaître !

 
Fait à Lomé le 26 Janvier 2013,
 

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