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Zakari Nandja, l’un des derniers « bienfaiteurs » et « obstacles » de Faure Gnassingbé écarté

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Composition du gouvernement et gouvernance moderne annoncée

De la nécessité pour le « Leader nouveau » de mettre ses « compétences » à l’épreuve
Voici depuis une bonne dizaine de jours que le gouvernement Arthème Ahoomey-Zunu a été rendu public. Départ de Pascal Bodjona, son remplacement par l’« insultocrate » Gilbert Bawara, maintien des « calamités » de l’Union des forces de changement (Ufc), entrée de nouvelles têtes…la presse a abondamment épilogué sur sa composition. Mais un aspect semble avoir échappé à l’observation, ou plutôt n’a pas été assez relevé : le débarquement du Gal Zakari Nandja. Un acte qui mérite d’être soulevé à cause de sa portée. Il consacre l’écartement progressif par Faure Gnassingbé de ceux qui l’avaient porté au pouvoir en février 2005.

Le faiseur de roi Zakari Nandja out !

Entré au gouvernement et nommé au ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hydraulique villageoise en 2009, le Gal Zakari Nandja en est sorti le 31 juillet dernier, à la faveur de la formation de la nouvelle équipe Arthème Ahoomey-Zunu. Il est remplacé au poste par le nouveau venu Bissoune Nabagou. Un non événement à première vue. En tout cas, qui ne mérite pas d’être plus souligné que le débarquement d’un certain Pascal Bodjona, l’homme des coups de forces politiques et électoraux de Faure Gnassingbé. Mais voilà, il s’agit du Gal Zakari Nandja, un nom dont la seule évocation renvoie au 5 février 2005. On a affaire à l’un des faiseurs de roi du jeune monarque.

En effet Zakari Nandja fait partie du quarteron d’officiers de l’armée qui avaient confisqué le pouvoir le 5 février 2005 quelques minutes après que Eyadéma rendit son dernier soupir, pour le confier à son fils Faure, entravant ainsi la succession démocratique pourtant prévue par la Constitution. « En cas de vacance de la présidence de la République par décès, démission ou empêchement définitif, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l’Assemblée nationale. La vacance est constatée par la Cour constitutionnelle saisie par le gouvernement. Le gouvernement convoque le corps électoral dans les soixante jours de l’ouverture de la vacance pour l’élection d’un nouveau président de la République pour une période de cinq ans », dispose justement l’article 65. C’est lui-même qui était à la tête du quarteron d’officiers et qui avait lu le message de l’armée, quelques instants après l’annonce officielle de la « catastrophe nationale » par le Premier ministre d’alors Koffi Sama, qui versa toutes les larmes de son corps.

Petit rappel de l’histoire. Le message de l’armée était libellé comme suit : « Le rôle des Forces armées togolaises est de préserver la paix et l’unité nationale dans l’esprit de celui qui nous a tous formés et que nous pleurons aujourd’hui. Les Forces armées togolaises continueront, comme par le passé, à assurer leur rôle de garante de la paix, de l’intégrité territoriale. Le communiqué du gouvernement que nous venons d’écouter dit, entre autres, que le peuple togolais dans toutes ses composantes politiques, sociales, traditionnelles et religieuses, doit éviter de sombrer à nouveau dans le chaos, la division et l’anarchie. Le gouvernement, les Forces armées et de Sécurité veilleront à ce que l’ordre, la sécurité et la paix règnent sur toute l’étendue du territoire national. A cet effet, les FAT trouvent à l’évidence que la vacance du pouvoir est totale, le président de l’Assemblée nationale étant absent du territoire national. Pour ne pas laisser perdurer cette situation, les FAT ont décidé de confier le pouvoir à M. Faure Gnassingbé à partir de ce jour ». La suite, tout le monde la connaît. L’Assemblée nationale a fait le reste, dans la nuit du 5 au 6 février, en le faisant redevenir député, élire président de l’Assemblée nationale, puis président par intérim du Togo. Même si Faure a été entre-temps contraint à la démission, il reviendra plus tard au pouvoir à la faveur des élections sanglantes du 24 avril 2005 qui ont coûté la vie à un demi-millier de Togolais, et il y est resté depuis lors. Tout cela, grâce à l’armée, dirigée à l’époque par un certain…Zakari Nandja, chef d’Etat-major général.

L’un des derniers de la série

A l’époque de sa nomination au ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hydraulique villageoise, beaucoup d’observateurs y avaient vu une sorte de remerciement de la part de Faure Gnassingbé pour son zèle en février 2005, mais aussi une stratégie en douce pour le pousser à la sortie. Les partisans de cette thèse étaient confortés dans leur position par le fait que ce ministère qui n’existait pas, fut créé pour l’accueillir. Aujourd’hui avec son débarquement du gouvernement, c’est la retraite assurée, quand on sait que le Général en était tout proche avant sa nomination. Certaines sources croient même savoir qu’il avait atteint à l’époque l’âge limite et était officiellement en retraite.

Tout compte fait, Zakari Nandja, nous le soulignions, est l’un des derniers officiers et autres dignitaires du régime ayant bradé à Faure Gnassingbé le pouvoir en février 2005 et encore actifs autour de lui. Certains chefs corps présents au Palais de la Présidence ce jour et qui avaient participé à l’allégeance ont encore des postes de commandement, comme le Gal Béréna Gnakoudè qui a dirigé la force militaire de l’ONU en Côte d’Ivoire durant le conflit postélectoral. Mais ils se comptent au bout des doigts, ces officiers à jouer encore les premiers rôles. En tout cas la plupart des membres de ce quarteron qui avaient pris les devants à l’époque ont été poussés à la sortie. Si certains, à l’instar du Gal Zoumaro Gnofame, ont été simplement (sic) admis à la retraite, d’autres par contre sont devenus des cibles de leur protégé du 5 février 2005. On citera ici François Akila-Esso Boko, à l’époque ministre de l’Intérieur ayant participé à l’allégeance ou plutôt été contraint de le faire, qui est devenu l’ennemi public n°1 du régime Faure Gnassingbé, juste pour avoir refusé de cautionner le massacre de ses compatriotes en démissionnant du poste le 22 avril 2005. La plus grande victime est sans doute Kpatcha Gnassingbé, celui-là même qui était le chairman de cette honteuse cérémonie et avait fait preuve de fair-play en laissant son demi-frère monter au trône, espérant son tour plus tard, malgré ses envies à l’époque. A en croire ses propres aveux lors de son audition spéciale dans le cadre du processus Vérité, Justice et Réconciliation, c’est lui-même qui aurait convaincu les dignitaires de l’armée (dont il était plus proche) de confier les rênes du pouvoir à son demi-frère. Mais aujourd’hui, il est coincé entre les quatre murs de la prison civile de Lomé. Son seul tort étant d’avoir eu entre-temps envie de goûter au trône. Et là aussi, c’est par chance qu’il est encore en vie, si on se rappelle les événements de la nuit pascale du 12 avril 2009.

Les officiers de l’armée et autres personnalités ayant participé à l’allégeance et ainsi installé Faure Gnassingbé au pouvoir ont toujours été présentés par ses griots comme les obstacles à sa pseudo volonté de mieux gérer les choses, parce qu’il avait envers eux un devoir de gratitude et ne pouvait pas les contrarier. Mais aujourd’hui avec Zakari Nandja, c’est l’un des tout derniers (obstacles) de la liste à être mis à la touche par leur protégé de février 2005. Il n’y a donc plus de circonstances atténuantes à trouver à Faure Gnassingbé. C’est le moment de prouver toutes les « compétences » acquises dans les grandes écoles occidentales.

Tino Kossi

liberte-togo.com

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