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UNE JUSTICE DE CONNIVENCE AU TOGO : MOUSSA BARQUE ET FAURE GNASSINGBE FUIENT LEUR RESPONSABILITE

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ANALYSE DU 10 AOUT 2011 SUR L’ORGANISATION

DU 36e SOMMET DE L’OUA en 2000 AU TOGO

 

UNE JUSTICE DE CONNIVENCE AU TOGO : MOUSSA BARQUE ET FAURE GNASSINGBE FUIENT LEUR RESPONSABILITE

Au Togo le 21 juillet 2011, la cour d’assise a condamné des anciens ministres de la République du Togo dans une histoire de construction de villas en 2000 non pas pour le Peuple togolais mais pour des Présidents africains. Comme la séparation des pouvoirs entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire n’existe pas dans le système du Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), il y a lieu de remettre en cause la décision de la justice, comme au demeurant les techniques utilisées pour ne pas laisser de preuves contre les véritables commanditaires des crimes économiques. Sauf qu’il faut pour que l’histoire « sonne vraie », trouver des boucs-émissaires et convaincre le public de leur « culpabilité » comme si celui qui condamne n’est pas aussi, sinon plus condamnable.

1. TROUVER DES BOUCS EMISSAIRES POUR PALLIER LA MAUVAISE GOUVERNANCE
Personne n’a pris au sérieux les motivations de la justice togolaise, tant il n’y a eu aucun respect du droit de la défense. Le droit de réponse n’a pas été octroyé à l’avocat informé verbalement la veille du procès. Il n’y a donc pas eu un accès au dossier, encore moins un respect de la présomption d’innocence. Les délais réglementaires pour accéder au dossier afin de bien préparer la défense n’ont pas été respectés. Le comble est que la Cour d’assise s’est contentée d’une enquête bâclée et incomplète pour apprécier le dossier. Le point de vue du Tribunal est ainsi bien unilatéral, partial et donc partiel.
Dr Eugène Koffi Adoboli, ex-Premier Ministre du Togo, Mr Agboli Hope, ex-ministre de l’Urbanisme et Mr Samarou Saïbou, ex-secrétaire d’Etat chargé auprès du Premier ministre chargé de la promotion du secteur privé se sont vus condamnés de 5 ans de prison pour le premier et 8 ans pour les autres avec une condamnation pécuniaire consistant à verser à l’Etat 500 millions de FCFA (soit 764 000 Euros), le tout sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Ils sont tous trois accusés d’avoir détourné 800 millions de FCFA dans le projet de construction de villas à la Cité de l’OUA à la fin des années 90 1.
Dans un pays où la séparation des pouvoirs n’existe pas et est remplacée par la séparation entre ceux qui dirigent et ceux qui doivent « obéir », la justice est aux ordres. Les conclusions de la justice togolaise ne peuvent qu’être à l’image du fonctionnement de Faure Gnassingbé lui-même et de son entourage RPT/AGO, à savoir la mise en œuvre d’une capacité de nuisance et de règlements de compte dès lors que ceux qui ont participé au système RPT, tentent de retrouver une certaine liberté ou réclament discrètement une justice impossible au Togo. La raison de cet arbitraire du clan RPT tient à son mode de fonctionnement qui consiste à assurer le silence par tous les moyens, et s’il le faut, le silence des cimetières.
Quand tout ceci n’est pas possible, alors il faut monter une cabale institutionnalisée, surtout si c’est dirigé contre des faibles ou ceux ne disposant plus de réseaux. Alors le clan RPT tente de « servir » un exemple au Peuple togolais pour prévenir toute velléité de « résistance » de ceux qui ne démontraient alors aucun signe de résistance contre le système RPT. Pour certains d’entre eux c’est le zèle qui fait office de carte d’adhésion aux principes du système RPT. Il faut avoir sérieusement manqué de clairvoyance ou avoir été naïf sur la vraie nature du système RPT. Celui-ci doit nécessairement toujours trouver des boucs émissaires pour pallier sa mauvaise gouvernance et ses crimes économiques quand la pression occidentale, pour se donner bonne conscience, prend le dessus. En cela, les représentants des pays occidentaux continuant à légitimer le système RPT, sous prétexte que les élections ont été transparentes alors que les résultats ont simplement été inversés, ont choisi la diplomatie de connivence.

2. LA « DIPLOMATIE DE CONNIVENCE », UNE CONSTANTE AU TOGO
La réalité profonde est que les personnalités condamnées ont toutes en commun d’avoir effacé dans leur mémoire, ceci au moment de leur décision intime de rejoindre le système Gnassingbé, les crimes, les falsifications, les abus divers aux droits humains, les attaques régulièrement contre les médias et la haine et la hantise de la transparence. En perdant ce repère fondamental pour juger de la crédibilité historique du système RPT, de nombreux Togolais, se croyant ou se désignant apolitiques ou carrément osant dire qu’ils ou elles ne font pas de politique, se sont trompés, se trompent encore, et risquent de continuer à se tromper sur la nature inique, mafieuse et vicieuse du système RPT. Que celui au Togo qui ne se trompe pas jette la pierre le premier ! Mais rien ne justifie que des citoyens togolais choisissent de faire perdurer un tel système sauf s’il y a à nouveau une usurpation des résultats des urnes.
Il n’y a pas de mal à espérer que les choses peuvent changer, sauf qu’au Togo, le système RPT ne bouge que sur la base d’un rapport de force national et international.
Malheureusement depuis les usurpations de la vérité des urnes de 2005 (élections présidentielles), de 2007 (élections législatives) et de 2010 (élections présidentielles), de nombreux citoyens togolais, lassés, versent dans le fatalisme comme si c’était Dieu qui pillait l’économie togolaise et achetait des voitures de luxes du style « Maybach » ou frappait les journalistes, les syndicalistes, les opposants politiques et les simples citoyens au cours de manifestations autorisées. La communauté internationale, et plus particulièrement la France, pour des raisons géomilitaires et géostratégiques en Afrique, a besoin du Togo comme point focal dans un processus de recolonisation économique qui ne dit pas son nom. A ce titre, les autorités françaises donnent l’impression de s’être engagées dans un « deal » simple : légitimer le régime monarchique du Togo si les intérêts directs des ressortissants étrangers sont privilégiés sur ceux du Peuple togolais. C’est ainsi que l’essentiel des richesses du Togo sont bradées vers l’extérieur et que le retour pour les populations se fait attendre. Il suffit alors pour réussir ce tour de force de légitimer la contre-vérité des urnes, le rejet de la séparation des pouvoirs afin de valider les « deals secrets et ésotériques » télécommandés d’abord de l’extérieur, renforcés avec zèle par le pouvoir en place pour mieux consolider son maintien au pouvoir. C’est cette « diplomatique de la connivence 2 » qu’il convient d’analyser pour mieux comprendre le sens profond de l’acte posé par Faure Gnassingbé, au mépris du droit à la présomption d’innocence et à la gestion contradictoire des faits sur les véritables responsabilités dans le dossier « Construction de villas à l’occasion de l’organisation du 36e sommet de l’OUA au Togo en 2000 ».

3. PLUSIEURS DOSSIERS TRANSITENT SUR UN MÊME COMPTE BANCAIRE
En réalité, Faure Gnassingbé, donne l’impression de souffrir d’amnésie sur les arrangements non-écrits entre Etienne Gnassingbé Eyadéma, son père et les différents protagonistes de ce dossier, en principe des collègues-partenaires de travail. Pour bien comprendre la situation, il faut distinguer entre le Dossier A portant sur le rôle joué par les membres du Comité d’achat et d’organisation du 36e sommet de l’OUA en 2000 au Togo (Dossier OUA-2000) d’une part, et le Dossier B, les tractations qui ont abouti à la vente de l’Hôtel du 2 février à un fond d’investissement libyen (Dossier de la Vente de l’Hôtel 2 février). Il existait plusieurs autres dossiers que l’on dénommera ici le Dossier C qui avaient en commun de traiter de plusieurs affaires mais de faire transiter les fonds par un compte dont la signature était sous la responsabilité d’une personnalité qui servirait de bouc-émissaire en temps opportun. Cette personnalité ne devait pas se douter de l’ampleur des malversations au sommet du pays et/ou présenter les symptômes de la peur ou de la soumission, les critères de choix préférés du régime RPT et marque de fabrique lorsqu’on appartient au réseau RPT.
Toutefois, Il existait deux liens importants entre le Dossier A et le Dossier B, voire même avec le Dossier C à savoir le fait que les fonds des différents dossiers transitaient par un compte dont la gestion fut confiée au Premier ministre de l’époque, Dr Adoboli. L’enquête de Cour d’assise n’a pas su, ou voulu, tirer au clair ce point, ou plutôt a volontairement, et certainement sur instruction, omit de poursuivre l’enquête, de peur de tomber sur les véritables commanditaires. Comme les membres de la Cour d’assises sont pour la plupart tenus par l’obligation du silence instauré dans les cultes ésotériques en vogue au Togo et dont Faure Gnassingbé serait devenu subitement le « Grand Maître à qui tout le monde doit allégeance », il va de soi que les membres de ces cercles ésotériques ne peuvent qu’être exemptés de toutes enquêtes, de toutes condamnations, tout en sachant la vérité qu’ils refuseront de révéler, sous peine de sanctions graves, voire d’atteinte à leur intégrité physique ou à leur vie ou à celle de leur famille.
3.1 Sur le Dossier OUA-2000, c’est une initiative d’Issa Samarou, alors Secrétaire d’Etat en charge du secteur privé, qui réussit à convaincre feu Etienne Gnassingbé Eyadéma quant au projet de construction de « villas » pour loger les Présidents africains lors du sommet de l’OUA de 2000. Il n’obtint son accord que parce qu’il put convaincre celui qui dirigeait le Togo à l’époque qu’il obtiendrait l’argent pour le financement en totalité du secteur privé et que cela ne grèverait pas le budget de l’Etat togolais. A ce titre, il faut reconnaître qu’Issa Samarou a largement gagné son pari. Il semble donc que la presque totalité des investissements sont à verser à l’actif du secteur privé togolais et étranger. L’Etat togolais n’a pris aucun risque particulier, au contraire, c’est l’Etat togolais qui a plutôt contribué à retarder ici et là la mise en œuvre. Rappelons que selon « Lynxtogo », le Dossier OUA-2000 avait été confié à un comité sous la présidence du premier ministre de l’époque, Eugène Koffi Adoboli. Etaient membres de ce comité à ses côtés : Tidjani Douralaye, ministre de l’Economie et des Finances, Tankpandja Lallé, Ministre du Tourisme, Saibou Samarou, Secrétaire d’Etat chargé du secteur privé auprès du Premier ministre, Amoussou Assibavi Quenou, Conseiller du Premier ministre, avec rang de Ministre qui avait pour fonction principale de servir de Rapporteur du comité 3, et accessoirement d’agent double auprès des décideurs en dernier ressort. Au plan financier, l’essentiel des fonds passait par des comptes ouverts auprès des banques de la place dont la Banque togolaise pour le Commerce et l’Industrie (BTCI).
3.2 Sur le Dossier de la Vente de l’Hôtel 2 février, il convient de rappeler qu’un autre comité était en activité et comprenait entre autres (non connus pour l’instant) : Faure Gnassingbé, conseiller économique à la Présidence, Barry Moussa Barqué, conseiller à la Présidence, Anjo Tchamdja et Assibavi Amoussou Guenou, conseillers au service du décideur en dernier ressort sur ce dossier et informellement le Ministre Tankandja Lallé, etc. Le lien avec le dossier OUA 2000 est que les sommes d’argent importantes obtenues dans le cadre du Dossier de la Vente de l’Hôtel 2 février et payées par le Guide Libyen (au moins la partie officielle) auraient été versées sur le même compte que le celui du Dossier OUA-2000. C’est d’ailleurs cet argument qui fut « servi » au Guide libyen pour justifier les sommes versées pour le transfert de propriété de l’Hôtel du 2 février vers les fonds libyens d’investissement. Sauf que l’argent libyen n’a jamais servi à construire les villas de l’OUA, mais c’est bien le secteur privé qui a déboursé de sa poche à partir de l’idée de Saibou Samarou.
Cette gestion opaque et non transparente des différents dossiers n’a absolument pas été éclaircie par l’enquête de la Cour d’assise. Cela conduisit tout droit à une erreur de procédure, devant conduire à l’annulation pure et simple de ce procès. Par ailleurs, le fait que l’avocat choisi par Dr Adoboli pour le représenter lors du délibéré a été interdit de parole, est un vice de forme, ce qui devrait conduire normalement dans une République démocratique avec une justice transparente, à une annulation pure et simple du procès. Enfin, Dr Adoboli ne peut répondre que pour les dossiers où sa signature effective et sa présence étaient prouvées. Or, dans la plupart des cas, Dr Adoboli n’était plus en poste et surtout n’était plus physiquement présent au sein du Gouvernement.

Coordonnateur général

Dr Yves Ekoué AMAÏZO

cvu-togo-diaspora.org

 

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