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Un an après la révolution égyptienne, où en est la démocratie?

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Les Égyptiens marquent ce mercredi le premier anniversaire de la «Révolution du Nil» qui a vu la chute du président Hosni Moubarak…

Un an après, ils sont de retour sur la place Tahrir. Les Egyptiens ont convergé par dizaines de milliers ce mercredi sur la place du centre du Caire, pour marquer le premier anniversaire de la «Révolution du Nil», le soulèvement populaire qui a renversé l’ancien dirigeant Hosni Moubarak. Ces manifestants qui convergeaient vers l’épicentre de la contestation de janvier 2011 réclament également le départ immédiat du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui assure l’intérim dans la nouvelle Egypte.

Car cet anniversaire a lieu dans un contexte d’incertitudes et de divisions face au rythme du processus de transition politique. Le CSFA est soupçonné de chercher à s’accrocher au pouvoir. Sous la pression de la rue, les militaires se sont engagés à restituer le pouvoir aux civils à l’issue de l’élection présidentielle prévue au mois de juin prochain, sans toutefois parvenir à convaincre l’ensemble des Egyptiens. «Nous ne nous sommes pas réunis pour faire la fête mais pour manifester contre le conseil militaire et le sommer de quitter le pouvoir immédiatement et de le restituer aux civils», explique Mohamed Ismaïl, jeune contestataire de 27 ans rencontré au rassemblement organisé à Suez.
Levée partielle de l’état d’urgence

Mais ce nouveau mouvement de contestation inquiète. Discrets lors des manifestations qui ont éclaté ces derniers mois, les Frères musulmans, dont le parti Liberté et Justice a remporté une victoire écrasante lors des premières élections législatives libres du pays, craignent une répétition du scénario de 2011. Le chef de la confrérie musulmane, Mohamed Badie, s’est ainsi déclaré opposé la semaine dernière à l’émergence d’un nouveau mouvement de contestation contre l’armée.

A la veille de cet anniversaire, le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, chef du CSFA, a annoncé lors d’une allocution télévisée la levée partielle à compter de ce mercredi de l’état d’urgence, en vigueur depuis 1981. Il a cependant ajouté que la mesure continuerait à s’appliquer aux cas de «brutalités», sans plus de précisions. «Il ne s’agit pas d’une véritable levée de l’état d’urgence», a aussitôt déploré Essam Sultan, député du parti islamiste modéré Wasat. «La loi sur le sujet parle de lever complètement ou d’appliquer complètement l’état d’urgence», a-t-il souligné.
«Justice pour les martyrs de la révolution»

Aucun chiffre officiel n’a été communiqué sur l’ampleur des manifestations de ce mercredi, mais certains témoins ont évoqué la présence de 150.000 personnes à Tahrir. Et, dans les rues du Caire, les appels à la «justice pour les martyrs de la révolution» semblaient au final l’un des seuls slogans consensuels parmi les manifestants de toute obédience.

Signe encourageant, l’armée a gracié cette semaine quelque 2.000 personnes condamnées par des tribunaux militaires depuis la chute d’Hosni Moubarak. Cependant, là encore, il reste des progrès à faire, puisque l’une des principales revendications des manifestants est une transparence totale des procès. D’après un groupe de pression créé après la révolte, «No to Military Trials» («Non aux procès militaires»), la justice militaire a traité pas moins de 12.000 affaires depuis février. Des condamnations le plus souvent rendues à huis clos en l’absence d’avocats de la défense, selon l’ONG.

La nouvelle Assemblée du peuple, issue des élections qui se sont tenues entre le 14 et le 22 décembre 2011, et qui appartient pour un peu plus des deux tiers à des partis islamistes, s’est elle aussi saisie du sujet. Son président, et secrétaire général du parti des Frères musulmans, Saad el Katatni, a annoncé mardi que le parlement allait mener sa propre enquête sur les violences de la révolution. Une demande des élus, qui ont pris la parole pour demander justice et qui ont débattu des moyens de rendre justice aux 800 morts du soulèvement populaire. Quant à Hosni Moubarak, jugé depuis août pour sa responsabilité présumée dans la mort de ces manifestants, le ministère public a requis début janvier la peine de mort. Il pourrait connaître son sort dans un avenir proche: le juge veut conclure le procès d’ici à la mi-février.
Bérénice Dubuc avec Reuters /via 20minutes.fr

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