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TOGO: Interview exclusive de Dahuku Péré, président national de l’Alliance

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Le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT, le parti au pouvoir) et l’Union des Forces de Changement (UFC), le principal parti d’opposition de Gilchrist Olympio ont signé en mai dernier, un accord de partage de pouvoir. Environ six mois après la signature de document, certains leaders de parti tentent de faire le bilan. L’Agence Savoir News s’est rapprochée de Dahuku Péré, le président de l’Alliance. Outre ce sujet, M.Péré a abordé d’autres questions liées à l’actualité nationale dont le débat sur la constitution parlementaire ANC et l’incident survenu jeudi dernier à l’Assemblée nationale.

Savoir News : Quel bilan faites-vous de l’accord RPT-UFC environ six mois après sa signature?
Dahuku Péré : Cela fait presque six mois, qu’il y a eu un début de réconciliation entre le RPT et l’UFC ou plus exactement entre le RPT et Gilchrist Olympio. A l’époque, nous avions salué cet accord, mais nous attendons de voir, parce que l’application sur le terrain nous semblait difficile compte tenu de ce que nous voyons en ce moment. C’est vrai, nous pouvons faire un bilan, mais nous préférons ne pas le faire. Nous préférons laisser les intéressés faire eux-mêmes leur bilan, dire honnêtement ce qui a réussi et ce qui n’a pas marché. Cela nous permettra de nous enclencher sur ce qu’ils ont fait.

Savoir News : Pensez-vous que rien n’a changé? Surtout que le RPT n’est plus le seul parti représenté au gouvernement?

Dahuku Péré : C’une partie de l’UFC et même l’infime partie qui est avec le RPT dans le gouvernement. Il est évident qu’il y ait une volonté de réconciliation. Je ne suis pas contre la recherche de la réconciliation fondamentale. Mais je conteste, le fait qu’on me dit que dans ce pays, le problème fondamental, c’est entre Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé. Il faut qu’on me le justifie et que je l’accepte. Je sais qu’il y a un problème dans le pays et le problème est beaucoup plus profond que cela. C’est tout le monde qui est concerné. Nous avons besoin d’être à l’aise dans notre pays, d’avoir de bons rapports. Ça, personne n’en parle. Il ne suffit pas que Gilchrist Olympio et le président Faure Gnassingbé soient à l’aise et qu’on dise que le pays est normalisé. Notre pays n’est pas normalisé.Il y a un problème profond, un malaise profond qu’il faut le régler

Savoir News : D’aucuns avaient fustigé le comportement de M.Olympio, juste après la signature de cet accord. Pensez-vous que l’acte en soi est mauvais? (Le fait de dire qu’il est maintenant est temps de faire la +paix des braves+).

Dahuku Péré : L’acte en soi n’est pas mauvais; il est temps de faire la « paix des braves ». C’est le choix d’un homme grand en soi. Maintenant, dire une chose et la faire, c’est deux choses différentes. Je n’ai pas vu des gens derrière Gilchrist Olympio au moment où il allait faire la « paix des braves », c’est ça qui m’inquiète. Est-ce qu’il est le seul à vouloir la paix dans l’UFC ? Pourquoi il n’a pas pris des dispositions pour que les gens le comprennent. En tout cas, au sein du FRAC, nous voulions vraiment le comprendre, nous attendions qu’il nous dise quelque chose. S’il était venu nous dire : mes frères, je pense qu’il faut entamer la paix des braves; nous l’aurions accompagné et nous lui aurions dit comment nous nous attendions à ce que cela se fasse, parce que nous étions prêts à cela également. Nous savions que, la sortie de crisse dépendait beaucoup de la réaction de l’opposition après cette campagne électorale (Ndlr : les présidentielles du 4 mars 2010). Malheureusement, nous n’avons pas eu à le voir, il y a eu un déficit de communication entre lui et son environnement.

Savoir News : Vous vous réclamez toujours du FRAC, alors que vous avez cessé de prendre part aux activités de cette Coalition, notamment les marches?

Dahuku Péré : Le FRAC n’avait pas été constitué pour faire les marches. Le FRAC avait été constitué pour faire la campagne présidentielle. Il y a eu la campagne, nous ne sommes pas d’accord avec les résultats, nous avons décidé de marcher pour contester les résultats. Mais ma question, demeure toujours: après les marches, qu’est-ce qu’on fait?  Si on ne me dit pas, je ne bouge pas. Jusqu’à présent on n’a pas répondu à ma question. J’ai fait une suggestion également de négociation avec le gouvernement. On me dit qu’on ne va pas négocier, mais toute guerre finir par la négociation.

Savoir News : Votre parti avait publié un document dans lequel il a fait certainement des propositions de sortie de crise. Pouvez-vous nous énumérer quelques grandes lignes de ce document ?

Dahuku Péré : Nous n’avons pas fait une proposition de sortie de crise. Nous en avions fait au moment du dialogue inter togolais. Cette fois-ci, en tant que parti politique, nous avons osé en faisant ce que nous n’avons pas vu un autre parti faire avant nous: le projet de société. Tout parti politique doit dire à sa population, la société qu’il veut qu’on constitue ensemble dans le pays. Et c’est l’exercice auquel nous sommes livrés. Nous avons fait un projet de société que nous avons titré : « Quel Togo construire »? Nous avons avancé quelques idées bien nettes. Il faut remplir un certain nombre de conditions sociales pour la paix dans le pays, il faut également des actes de développement…

Savoir News- L’actualité politique togolaise est secouée ces derniers jours par le dossier dit « groupe parlementaire ANC ». Vous avez une fois dirigé le parlement et vous connaissez bien les textes qui régissent le fonctionnement interne de l’institution. Pensez-vous (à travers votre expérience) que l’ANC, ce nouveau parti créé en octobre dernier, peut aujourd’hui constituer un groupe parlementaire qui portera son nom ?

Dahuku Péré : Le règlement intérieur de l’Assemblée nationale est là et fait foi. L’assemblée nationale a cette loi qui règle son fonctionnement. Au moment où l’assemblée se forme, les différents groupes prennent un nom qui peut être celui de leur parti politique ou non. C’est vrai qu’au moment où l’assemblée se formait, il n’y avait que l’UFC et le groupe avait son nom. Et après il y a eu un problème à l’UFC et ce parti est divisé: un groupe a formé l’ANC et l’autre est resté UFC. Bien sûr, l’ANC n’a pas envoyé des candidats à une élection, mais il y des députés qui se réclament de l’ANC actuellement et il n’y a pas d’empêchement légal à ce qu’ils prennent ce nom là. S’il y a un empêchement légal, qu’on l’exprime. Il n’y a pas qu’ANC comme nom. Ils peuvent prendre un autre nom ou choisir le groupe des non-inscrits. Mais apparemment, le règlement intérieur de l’assemblée n’interdit pas un nom quelconque pour un groupe parlementaire.

Savoir News : On a constaté que ces derniers temps que la plupart des partis de l’opposition font des propositions de sortie de crise. Nous pouvons par exemple citer le CAR, l’OBUTS, le PDP etc. Pourquoi les partis de l’opposition ne peuvent pas rester ensemble et faire une proposition globale, surtout que toutes les propositions se rejoignent.

Dahuku Péré : Je le répète, nous n’avions pas fait un document de sortie de crise, nous avons fait un projet de société et nous l’avons adopté en décembre 2009. Les autres partis ont essayé des éléments de propositions de sortie de crise. Ce qu’il y a de commun, c’est la refondation. Je pense que c’est légitime de fonder la nation, la république.

Savoir News : Jeudi dernier, le parlement a été le théâtre d’une scène insolite. Vous avez sûrement vu les images sur les chaînes de télévision. Quelle a été votre première réaction?

Dahuku Péré : Une vraie déception. On aurait pu gérer autrement la situation. Le président de l’Assemblée et les députés qui s’accusent de faux et usage de faux, c’est vraiment dommage. Dans une assemblée nationale qui se veut la vitrine de la démocratie dans un pays, j’aurai préféré que les problèmes se règlent autrement, plutôt que de les étaler publiquement de cette manière.

Propos recueillis par Lambert ATISSO

Savoir News

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