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Togo : Il faut pousser le tyranneau vers la sortie, ici et maintenant

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Chronique de Kodjo Epou

Il faut une loi électorale de compromis, si le régime veut éviter une insurrection populaire. C’est le message que « Sauvons le Togo » a voulu passer. Il a réussi. Les Togolais, massivement, ayant fait savoir, avec une admirable ténacité, qu’ils soutiennent le collectif, contre les malignes entreprises du pouvoir.

Peu s’en est fallu pour que le 12 juin 2012 soit un 5 octobre 1990. Depuis son palais, le tyranneau de village, Faure Gnassingbé, a dû sentir que les Togolais sont sortis de leurs gongs, que son pouvoir ne peut pas, indéfiniment, avoir le dernier mot. Le fondateur de UNIR, comme prévu, a réagi avec les méthodes du RPT, donnant une raison de plus aux Togolais de demander son départ.

Les événements qui secouent Lomé, depuis quelques jours, sont suffisamment graves pour que le chef de l’état s’exprime, tempère les ardeurs de ses troupes et rassure le peuple. Il ne sait pas le faire et il ne l’a pas fait. Par ignorance ou par mépris. Certainement, beaucoup plus par incompétence. Faure Gnassingbé, pour sauver le reste de son mandat( ?) et, peut-être sa peau, devra rapidement appeler à des assises nationales sérieuses, sincères, en raison de la gravité de la situation, des multiples écueils qui risquent de dégénérer et plonger le pays dans le chaos.


Au lieu de prendre ses responsabilités, Faure se terre, retranché, dans son silence narquois habituel. Signe d’incivisme à l’égard du peuple souverain du Togo, il fait arrêter, par ses cerbères, les leaders du CST. Puis, par la bouche du chien prestataire des mauvais services, le négatif Pascal Bodjona, l’ogre menace : « la violence et le vandalisme ne sauraient constituer des moyens de pression ». Le conseil des Ministres, toujours sous sa botte, ajoute à la provocation en annonçant une action en justice contre les manifestants arrêtés. « Ça veut dire quoi » ? Les criminels au pouvoir, leurs victimes devant les tribunaux ? On a affaire, au Togo, à un bien curieux état de droit. A une démocratie à géométrie variable. Sinon, comment expliquer que le petit tyran doit-il, lui, placarder ses posters géants partout sur le territoire national alors qu’aucune campagne électorale n’est en cours dans le pays ? Encore un « guide bien aimé » ? Ce monsieur est-il si buté au point de devenir nostalgique d’un passé que lui-même dit vouloir faire oublier à ces concitoyens ?

Pour les Togolais, en tout cas, c’est une extrême affliction de constater que ça ne tourne pas rond dans la tête de leur président. Celui qui est parvenu, dans le sang, au sommet de la République par un douloureux accident de l’histoire et qu’on considère comme le premier coupable des crimes ayant endeuillé de nombreuses familles en 2005, allègrement, veut, sans aucune gêne, installer la peur qui lui permette de se tailler sur mesure, en octobre, une Assemblée Nationale. Tous les moyens sont bons : le manipulateur agréé, Bodjona, déroule, dans la foulée, l’idée du dialogue, le paravent que le système sait si bien planifier et alterner avec des actes de vandalisme et de terreur qu’il fait exécuter par ses propres miliciens : « on n’a jamais assez de dialogue ; le chemin vers la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit passe inévitablement par le dialogue ».

Bien sûr que le dialogue est indispensable ; bien sûr que les échanges d’idées sont de nature à dissiper les malentendus, les nombreuses équivoques. Mais, pourquoi donc un dialogue si, comme d’habitude, comme les fois précédentes, il ne peut pas être franc et se pencher sur le péché originel du RPT qui veut que ce soit ce parti qui ait toujours raison, s’il n’est pas clairement stipulé que le temps est venu pour le pouvoir de remplacer les institutions et les lois bancales et biaisées dont il a truffé la vie de la nation ? Non ! Sans des institutions crédibles dans lesquelles les citoyens se retrouvent, le Togo ira à vau-l’eau et demeurera une poudrière en sommeil. Il y a besoin d’un leader de grandes qualités, un homme courageux et honnête, désireux de s’aménager une place dans l’histoire. Loin s’en faut, Faure n’est rien de tout cela. Il se confirme, au fil des ans, par les actes qu’il pose dans sa nocive capacité de prédateur de la démocratie et, plus dramatique encore, son avidité à faire verser le sang de ses concitoyens. Les Togolais ont raison de demander son départ. Poussons donc le tyranneau vers la sortie, ici et maintenant.

La prise en compte, par le RPT, sans supercherie ni faux fuyant, de l’opinion des autres forces politiques du pays est un passage obligé vers un apaisement social. Il ne sert à rien de convoquer des dialogues qui, chaque fois, débouchent sur la seule volonté des gouvernants ! Se rendre à de tels dialogues que le RPT noie dès que les questions de fonds apparaissent, n’équivaut-il pas à perdre du temps, à se faire berner ? Le peuple, déjà maintes fois trompé, maintes fois brutalisé, est aujourd’hui dos au mur, chaque jour étant, pour lui, pire que la veille.

Les Togolais ont trop souffert. Extrêmement ! Ayant épuisé toutes leurs attentes, ils n’en peuvent plus de rester passifs et voir, sans rougir, les mêmes manipulateurs, les mêmes fossoyeurs, les mêmes criminels leur imposer les règles du jeu politique. C’est pourquoi, cette fois-ci, ils veulent que les députés soient élus et non parachutés, c’est-à-dire des gens à qui l’exécutif, par d’habiles manipulations, arrange des sièges à l’Assemblée Nationale. C’est le sens qu’il faut donner aux manifestations des 12 et 13 juin. Au lieu de voir cette réalité en face, le président, tel un ver à ventouses, de tous ses muscles, s’accroche à sa logique de la force brutale. Oubliant qu’à vouloir utiliser la manière forte et, contre vents et marrées, rester maître absolu malgré son impopularité historique, la révolte populaire peut, un jour, quitter la rue pour aller le chercher dans son palais. Il n’est pas évident qu’il s’en sorte victorieux si l’on sait que d’autres, dans pareille situation, y ont laissé toutes leurs plumes. Ne dit-on pas que le peuple humilié et qui a faim finit par manger le pouvoir ?

« L’impossible n’est pas si impossible, si on reste fidèle à ses convictions, si on reste à l’écoute de ses instincts », nous enseigne le funambule américain, Nik Wallenda, qui vient de rentrer dans l’histoire en réalisant l’exploit de traverser, sur un fil, les chutes du Niagara. S’il y a un message à adresser au collectif « Sauvons le Togo », au peuple togolais et à tous ces jeunes opprimés avides de lumières, luttant contre l’obscurantisme, attachés à la démocratie, aux libertés publiques et aux droits de l’homme, c’est bien celui-là !

Kodjo Epou
Washington DC
USA

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