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Togo : Des conditions de vie exécrables à la prison civile de Bassar

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Un mur de 4 mètres de hauteur et de 0,5 mètre d’épaisseur. Deux portes en fer de couleur bleue hermétiquement fermées qui s’ouvrent rarement pour accéder à l’intérieur de la maison. Une seconde porte donne accès à une petite chambre disposant d’une cloison qui laisse voir les gens de chaque côté à travers les barres de fer. C’est le parloir. Aucun résidant ne paie ni loyer, ni facture d’électricité, d’eau et de restauration. L’entrée est facile, mais la sortie très difficile. 12 heures dans la cour et 12 heures dans la chambre. Nous sommes à la prison civile de Bassar.

Deux bâtiments pour les hommes encadrent celui des femmes bien clôturé et fermé. Les sacs communément appelés « bafana », les nattes, les vêtements tous accrochés aux murs, décorent l’intérieur des bâtiments. Ni tabourets, ni chaises, ni tables.

Plus de 71 personnes en conflit avec la loi vivent dans cette prison. Que ce soient les prévenus ou les condamnés, les innocents ou les coupables, les bons ou les mauvais, ils dorment tous ensemble mais n’ont pas commis les mêmes infractions. Vol, viol, violence, meurtre, maraudage, malversation sont les principales charges retenues contre eux. Dans cette localité de Bassar, un simple soupçon suffit pour mettre les citoyens au gnouf. Même une simple altercation avec un puissant du régime fonde le flagrant délit. C’est ainsi que 04 jeunes de la même famille croupissent depuis plus de quatre ans dans cet enfer, car doigtés par des voisins dans une affaire de meurtre. Depuis quelques semaines, un des représentants des ODDH dans la région y travaille. C’est aussi le lieu d’inviter les ODDH et la CNDH à renforcer leur présence dans ce coin perdu du Togo.

Un chef cour et son adjoint assistés d’un commissaire et ses policiers s’occupent du maintien de l’ordre et de l’harmonie au sein de la prison. Chaque bâtiment dispose d’un chef qui gère les places. La cuisine est assurée par deux prisonniers aidés par certaines femmes engagées à cet effet.

La journée commence à 6 heures du matin et prend fin à 17 heures. Le seul repas de la journée est servi à midi. Une même quantité est servie à tout le monde. L’assistance des parents ou amis est indispensable pour mieux vivre dans ce monde. Toutefois, certains prisonniers fabriquent des bagues, des gommettes, des fourneaux, des éventails, des sandalettes avec les fils en nylon pour s’en sortir. C’est le cas de « To be a man » (Etre un homme), un jeune de 38 ans condamné à 24 mois d’emprisonnement. Il n’a reçu aucune visite de qui que ce soit, mais il est l’un des plus heureux de la prison grâce à la cordonnerie.

A côté des entrepreneurs, il y a des prisonniers qui ne peuvent que se réduire à la servitude avant de joindre les deux bouts. C’est souvent eux qui ressentent la dureté de la prison.


Bien qu’il y ait un infirmier à la disposition des détenus pour les consulter, il n’y a pas de médicaments pour les soigner. La surcharge du personnel judiciaire prolonge le séjour de certains prévenus inutilement. Seulement deux magistrats sont en service au Tribunal de Première Instance de Bassar ; le Président et le Procureur agissent également au nom du Juge d’Instruction, dans un flou total. Les prévenus ne sont pas assistés des avocats. Encore faut-il qu’il y ait un cabinet d’avocat et même d’huissier. Ce qui fait des deux magistrats des demi-dieux.

La qualité des repas n’a rien à voir avec ce que mange le plus pauvre de la société à la maison. Après les selles, les détenus doivent nettoyer leur cul avec de l’eau à la main, augmentant leur exposition à des parasitoses. A l’intérieur des dortoirs, les latrines ne fonctionnent pas et les détenus sont obligés de déféquer dans un sceau en attendant de le vider le matin. Certains prisonniers n’ont presque rien pour cacher leur nudité. Et pourtant, une ONG française avait financé la construction des puisards de cette prison. Selon une source proche du tribunal, la Mairie et la Préfecture se sont servies au détriment de cette œuvre humanitaire. Comme quoi, c’est sur le dos des pauvres qu’on s’enrichit le plus au Togo.

J. TCHAPO

liberte-togo.com

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