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Sida : recul dans le monde, progression en Europe

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sida_unicefA l’occasion de la journée mondiale contre le sida, le 1er décembre, retour sur les avancées, les découvertes encourageantes et autres rapports alarmistes sur l’état de la recherche et des contaminations dans le monde.

Comme chaque année, le 1er décembre est une journée dédiée à la lutte contre le VIH. L’occasion de faire un état des lieux de l’avancée de la maladie et de la recherche à travers le monde. Si les pays africains, les plus durement touchés, ont fortement investi dans la prévention et la prise en charge des patients infectés, les pays occidentaux n’ont pas été à la hauteur de leurs ambitions, avec un désintérêt croissant de la population et des chiffres inquiétants qui en découlent.

Baisse des décès au niveau mondial

Le nombre des décès dus au sida dans le monde a légèrement baissé en 2011, pour la 5ème année consécutive, avec 1,7 million de morts (-5,6%), a annoncé mardi l’Onusida, dans son rapport annuel 2012 publié à Genève. En outre, le nombre des nouvelles contaminations est passé de 2,6 millions en 2010 à 2,5 millions en 2011, notamment celles touchant les enfants (330 000 au lieu de 370 000). Depuis 2001, on note une baisse de 20 % des contaminations.

Cependant, le nombre des personnes vivant avec le virus du sida a légèrement progressé l’an dernier, passant à 34 millions, contre 33,5 millions en 2010. C’est l’Afrique qui continue à être la plus affectée par cette épidémie, avec près d’un adulte sur 20 vivants avec le VIH. Les Africains subsahariens représentent 69% des personnes contaminées dans le monde. Cette année, le virus a tué 1,2 million de personnes dans cette région. L’Asie est également gravement touchée, avec près de cinq millions de personnes contaminées et 309 000 décès.

L’Europe mauvaise élève

Vendredi, un rapport commun publié par le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèle que « Le nombre de personnes vivant avec le VIH en Europe est en augmentation ». Cela prouve l’importance des actions de prévention, malgré les mesures d’austérité économique, insiste le rapport.

Ces mesures peuvent permettre d’enrayer la transmission du virus dans l’Union européenne (UE) et l’Espace économique européen (EEE). « Si nous voulons réduire et prévenir la transmission du VIH à travers l’Europe, nous avons besoin d’investir et de promouvoir le conseil et le dépistage », a souligné le directeur de l’ECDC Marc Sprenger, cité dans un communiqué conjoint des deux agences.

« Seul un patient sur quatre reçoit le traitement antirétroviral nécessaire dans la partie orientale de la région, c’est un des taux les plus bas du monde », a constaté la directrice régionale de l’OMS pour l’Europe. Pour la moitié des personnes en Europe, le diagnostic est établi tardivement, réduisant l’efficacité des traitements et augmentant les risques de transmission. Au total, 121 000 nouveaux cas ont été diagnostiqués au sein de la région, dont 28 000 dans l’UE et l’EEE.

Net recul des contaminations et des décès en Afrique

Si le continent africain reste la région du monde la plus affectée par le sida, c’est aussi celle où les efforts et les progrès sont les plus significatifs. Ainsi, l’Afrique subsaharienne a connu un net déclin des nouvelles infections et des décès liés au sida ces dernières années, indique un rapport de l’Onusida publié mardi 27 novembre. Le nombre de décès est passé à 1,8 million en 2005 à 1,2 million en 2011 soit une baisse de 32% en six ans. Le nombre de nouvelles infections est estimé à 1,8 million en 2011 contre 2,4 millions en 2001, une baisse de 25% en dix ans.

Entre 2009 et 2011 le nombre d’enfants nouvellement infectés par le VIH en Afrique subsaharienne a diminué au total de 24 %, avec des progrès nettement plus spectaculaires (déclin de 40 à 59%) dans six pays : Afrique du sud, Burundi, Kenya, Namibie, Togo et Zambie. Des résultats qui s’expliquent par des financements importants dans la prévention et les soins : alors que, dans 21 pays, l’aide internationale représente plus de 50 % des investissements contre le VIH, le financement national atteint plus de 75 % en Afrique du sud et au Botswana, plus de la moitié en Namibie, Gabon et Maurice. Le Kenya a doublé ses dépenses domestiques entre 2008 et 2010, le Togo entre 2007 et 2010 et le Rwanda entre 2006 et 2009.

Les dépistages progressent en France

Alors que près de 150 000 personnes vivent avec le VIH en France, on estime que 15 000 à 30 000 personnes seraient contaminées en France sans le savoir. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a promis un renforcement des financements dédiés à la prévention et souhaité la mise en place d’une « semaine du dépistage » dans les régions où la situation est la plus préoccupante : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Guyane, Ile-de-France et Rhône-Alpes.

Par ailleurs, le nombre de tests de dépistage du VIH réalisés en France l’an dernier a progressé pour la première fois depuis cinq ans, pour s’établir à 5,2 millions, selon une étude publiée vendredi par l’Institut de veille sanitaire (InVS), soit une hausse de 4 % par rapport à 2010. Les données transmises par les laboratoires d’analyses indiquent néanmoins que les découvertes de séropositivité restent stables, avec 6 100 cas en 2011 (contre 6.300 en 2010).

Les homosexuels masculins et les migrants restent les deux groupes les plus concernés par l’épidémie de VIH/sida et représentent chacun environ 40% des découvertes de séropositivité. Chez les homosexuels, les cas de séropositivité ont augmenté de 30 % depuis 2003.

Une population peu préoccupée et mal informée

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a estimé qu’il ne fallait « pas baisser la garde » et annoncé un plus grand accès aux tests de dépistage rapide du sida et une campagne pour relancer l’usage du préservatif pour combattre cette maladie qui touche 150 000 personnes en France. Quant à Aides, la principale association française de lutte contre le sida, elle a appelé dans un communiqué à la mise en place d’une mission interministérielle « parce que le combat dépasse largement les attributions du ministère de la Santé ».

Les inquiétudes se fondent sur diverses études, publiées dans le Bulletin épidémiologique (BUH) à la veille de la journée mondiale contre le sida, dont l’une de l’Institut de veille sanitaire (InVs) qui montre que le sida est un risque de plus en plus éloigné des préoccupations de la population et plus particulièrement des 18-30 ans. Qu’il s’agisse des modes de transmission (24 % pensaient à tort en 2010 que le virus peut se transmettre par une piqûre de moustique contre 13 % en 1994) ou des mesures de prévention, les connaissances des jeunes Français sont globalement en baisse.

C’est notamment le cas du préservatif dont l’efficacité n’est plus reconnue en 2010 que par 58 % des personnes interrogées contre 72 % en 1992 et dont l’utilisation est en baisse : seulement 34 % des hommes de 18 à 30 ans et 22 % des jeunes femmes déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur dernier rapport sexuel, contre 40 % et 30 % respectivement en 1994.

Vers un vaccin thérapeutique ?

La société biopharmaceutique française InnaVirVax a annoncé, vendredi, que les premières études cliniques sur son vaccin thérapeutique VAC-3S contre le sida avaient montré que le traitement était bien toléré. L’étude comportait des objectifs secondaires sur l’évaluation de la réponse immunitaire, la tolérance à long terme du traitement et le suivi de différents marqueurs biologiques. Les résultats complets seront présentés ultérieurement, a ajouté la société.

« Le traitement consistant en trois injections de VAC-3S est donc bien toléré. Il s’agit d’une étape clé dans le développement clinique de cette immunothérapie qui pourrait être complémentaire avec les traitements antirétroviraux dont nous disposons actuellement », a commenté le professeur Christine Katklama, de l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière, investigateur principal de l’étude clinique, citée dans le communiqué. InnaVirVax indique qu’il « prépare activement la prochaine étape », qui sera le dépôt d’une demande d’étude clinique de Phase II.

Interrogé sur l’hypothèse d’un vaccin préventif, le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), a déploré le « désengagement de la plupart des grands laboratoires pharmaceutiques dans la recherche ». Quant au vaccin thérapeutique évoqué par voie de presse, il s’est « insurgé contre ce type d’annonce qui fait croire aux patients qu’il y a un médicament qui est disponible ». Le professeur Delfraissy s’est néanmoins réjoui que, dans le contexte économique actuel, son budget ait été maintenu pour 2013 à 45 millions d’euros « voire un peu augmenté », signe selon lui « du soutien du gouvernement ».

22 à 24 milliards de dollars par an pour la recherche

Le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme a distribué une thérapie antirétrovirale à 900 000 personnes de plus en un an, a annoncé jeudi l’organisation à Genève, selon l’agence de presse ATS. Au total, le nombre des malades du sida sous traitement grâce au Fonds s’élève à 4,2 millions.

Le Fonds mondial est le principal donateur international dans la lutte contre le sida. Huit millions de personnes vivant avec le VIH sont traitées avec une trithérapie dans le monde. Sept millions de personnes qualifiées pour une trithérapie ne peuvent toutefois pas encore la recevoir.

Le coût d’un traitement avec des médicaments de première ligne pendant une année est tombé à moins de 100 dollars, contre 10 000 dollars en l’an 2000, souligne le Fonds mondial. Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial a investi 23 milliards de dollars dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. A l’horizon 2015, l’ONUSIDA estime qu’il faudrait entre 22 et 24 milliards dollars par an pour financer la lutte contre le sida.

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