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Sénégal : la marche arrière forcée d’Abdoulaye Wade

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Quelles leçons pour les oppositions burkinabè et togolaise ?

Le président Abdoulaye Wade, au mépris du respect qu’il devrait avoir pour sa propre personne et pour la constitution et la démocratie sénégalaises, continue depuis quelques années, en dépit du cinglant camouflet essuyé par son fils Karim lors des dernières élections locales, à placer son ego au-dessus de l’intérêt national. Décidément, l’obsession de s’accrocher au pouvoir ou à défaut, de faire jouer les premiers rôles au sein de la société sénégalaise à son rejeton, risque d’emporter l’octogénaire dont il est difficile de savoir ce qu’il veut exactement pour son pays. On a du mal à comprendre pourquoi l’homme s’insurge contre l’incrustation du Guide libyen au pouvoir, et qu’en même temps, il s’y exerce lui-même.

Les mercredi et jeudi derniers, le président Wade a fait face à une terrible résistance de l’opposition et de la société civile sénégalaises dans sa volonté délibérée de mettre à mal la démocratie dans son pays. A Dakar comme dans plusieurs localités, des manifestations ont eu lieu contre le projet de loi constitutionnel instituant l’élection simultanée du président et du vice-président de la République. La levée de boucliers des Sénégalais a tellement fait au « Vieux » qu’il a dû demander à l’Assemblée de retirer purement et simplement la loi. Ce qui constitue une grande victoire pour l’opposition sénégalaise.

Cette victoire a dopé le moral de la société civile et de l’opposition qui savent désormais qu’elles peuvent faire reculer le président sénégalais. Dès lors, il fallait poursuivre la réflexion en vue de mettre sur pied un comité de coordination devant travailler sur des propositions à formuler ; ce qui sera fait dans la soirée du jeudi 23 juin. L’opposition et la société civile ont alors mis sur pied un mouvement qu’elles ont dénommé « mouvement du 23 juin ». Abdoulaye Bathily, le dirigeant de la Ligue démocratique a annoncé l’intensification de la lutte pour le départ de Wade. C’est de bonne guerre.

Au Burkina Faso, le président Blaise Compaoré vient de mettre en place un comité dénommé « Conseil consultatif sur les réformes politiques » (CCRP) composé de 68 membres. Le comité a 21 jours pour rendre les conclusions de ses travaux en vue de l’organisation d’assises nationales. Ni l’opposition, ni la société civile ne se sont senties concernées par ce conseil. Alors que le pays de Compaoré vient à peine de sortir d’une longue crise socio-politique à laquelle le président n’était pas sûr de survivre et dont les plaies ne sont pas encore cicatrisées, il faut s’étonner que Blaise Compaoré ait pu avoir le culot de maintenir l’initiative de modification de l’article 37 par la mise en place d’un tel conseil sans le dire. Comme quoi, il y a des hommes qui ne savent pas partir pendant qu’il est temps et qui attendent d’être instruits, mais alors trop tard, par des situations dramatiques plutôt regrettables.

Dès l’annonce de cette initiative, la coalition de la société civile et l’opposition ont dénoncé une mascarade. Sauront-elles s’inspirer de la mobilisation des Sénégalais qui a fait fléchir le vieux Wade ? Dans toute démocratie, le dernier mot revient au peuple. Les peuples en lutte pour la démocratie sur le continent attendent de voir, si après cette sueur froide qui a entre-temps faire fuir Blaise Compaoré dans son Ziniaré natal pour quelques heures, la queue entre les pattes, avant de revenir à Ouaga, le peuple burkinabé le laissera franchir le rubicond pour demeurer ad vitam aeternam aux commandes de l’Etat. N’oublions pas que Nicolas Sarkozy a récemment pris position contre un mandat de trop après les 24 ans de Compaoré. S’agit-il d’une simple comédie ? Les Africains le sauront dans les semaines à venir.

Au Togo, l’opposition et la société civile doivent de leur côté tirer les leçons de la mobilisation des Sénégalais qui, d’une seule voix ont dit non à la forfaiture de Wade et de l’Assemblée sénégalaise. Le projet de modification de cinq articles de la constitution togolaise est pendant à l’Assemblée nationale. L’opposition et la société civile togolaises sauront-elles tirer leçon de ce qui s’est passé jeudi dernier au Sénégal ? L’opposition jusqu’ici très divisée et qui continue à se chercher, saura-t-elle se souder et faire bloc avec la société civile pour barrer la route à une honteuse forfaiture que s’apprêtent à commettre Faure Gnassingbé et sa bande dans leur éternelle mauvaise foi et volonté ?

Il ne s’agit pas de condamner le projet sur les médias et à travers des communiqués. La mobilisation de la rue doit être l’oeuvre de tous les partis de l’opposition couplés de la société civile pour être efficace à la manière de ce qui s’est produit au Sénégal. La balle est donc dans le camp des oppositions burkinabé et togolaise et de leur société civile.

Alain SIMOUBA
source: liberté hebdo togo

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