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PROVONAT : Une institutionnalisation de l’exploitation de l’homme par l’Etat

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Vous avez probablement déjà appris l’existence des programmes comme « Volontaires des Nations Unies », « France volontaires » et autres. Eh bien, depuis septembre 2011, le Togo aussi a ses volontaires. C’est le PROVONAT (Programme de Promotion de Volontariat National au Togo), un chef-d’œuvre de la femme aux multiples postes ministériels, Victoire Dogbé Tomégah et l’une des réponses (sic) du gouvernement Houngbo II au taux de chômage record des jeunes togolais. Mais en réalité, c’est l’institutionnalisation de l’exploitation de l’homme par l’homme, sinon de l’homme par l’Etat.

La vie du jeune diplômé togolais n’a rien mais alors absolument rien d’enviable. Une fois sa formation terminée, commence la traversée du désert au bout de laquelle il devra rallier la vie socioprofessionnelle. Mais il réalise dans 65% des cas qu’il était dans un monde plein d’illusions, de rêveries. Ses ambitions s’échouent aux portes des sociétés d’Etat, de l’administration publique ou parapublique ou encore des sociétés privées. Dénué de relations ou comme on dit, n’ayant pas de contacts utiles, il devra se résoudre après moult tentatives infructueuses à admettre cette évidence si triste. Il est chômeur. D’Eyadéma Gnassingbé qui tenait ce discours trompeur selon lequel « aucun sacrifice n’est trop grand lorsqu’il s’agit de la jeunesse » à son fils Faure Gnassingbé qui, pour marquer sa différence d’avec son géniteur, n’a pas hésité à déclarer à son corps défendant : « Lui c’est lui, moi c’est moi », le sort du jeune diplômé togolais n’a jamais été amélioré. Après sept ans passés à la tête du pays par Faure Gnassingbé, en dépit du recrutement de 2008 et des recrutements successifs dans les corps militaire et paramilitaire, le taux de chômage a atteint un niveau record. 65% de jeunes diplômés togolais sont sans emploi. Et pour juguler cette situation qui entretient des frustrations monstre au niveau des jeunes, la ministre en charge de l’emploi des jeunes, Victoire Dogbé Tomegah, a concocté un programme dénommé PROVONAT. Avec l’appui du PNUD, du Programme des Volontaires des Nations Unies et de France volontaires.

Le programme et ses ambitions déclarées

Le PROVONAT, pompeusement qualifié de très ambitieux par ses promoteurs vise à permettre aux jeunes diplômés sans emploi d’acquérir une 1ère expérience professionnelle, indispensable à leur insertion dans le monde du travail. Au total, c’est 21139 demandes de candidatures qui ont été enregistrées. Ce chiffre illustre à bien d’égards les difficultés qu’éprouvent les jeunes diplômés togolais à se frayer une place dans le monde professionnel. C’est aussi la preuve que personne ne pense à eux, au-delà des élections. Pourtant, la ministre aux multiples postes dira : « Les cris de détresse de ces dizaines de milliers de jeunes en quête d’emploi dans notre pays, nous interpellent en tant que personne chargée de conduire la politique de la jeunesse du Chef de l’Etat… ». Cette mobilisation record, Victoire Dogbé Tomégah, estime qu’elle démontre « l’importance que la jeunesse accorde à ce programme… ».

Entre autres ambitions déclarées, il s’agira, dit la ministre, d’inculquer à ces jeunes volontaires, des valeurs de citoyenneté et d’engagement pour le Togo, l’humilité, le dévouement, la solidarité et le professionnalisme. Concrètement ils seront déployés partout où besoins sera, pour accomplir toute mission qui leur sera assignée, de plein gré. Leur contrat s’étend sur six mois voire un an, renouvelable tenez-vous bien, cinq fois. Quant aux allocations mensuelles, elles oscillent entre 40.000F pour les titulaires de diplômes inférieurs ou égaux au BAC II et 60.000 F pour ceux qui ont un niveau supérieur au BAC II. Ainsi tous azimuts, les titulaires d’un BTS, d’une licence, maîtrise, DEA/DESS ou même le Doctorat. En dehors de ces allocations mensuelles, le jeune volontaire aura droit à un véritable accompagnement, sera « coaché » dans sa structure d’accueil. Et au-delà du fait qu’il est déclaré à la CNSS, il bénéficiera d’une cotisation mensuelle de 6000FCFA que la structure lui comptabilisera par rapport au nombre de mois ou d’années qu’il y aura passées. Somme qu’on lui remettra au terme de son contrat, en guise de soutien. D’autres qui auront la chance d’être envoyés dans des ONG ou encore des sociétés privées qui accomplissent une mission d’intérêt général, pourraient éventuellement être recrutés au bout de quelques mois de volontariat, s’ils brillent par leur dynamisme et leur sérieux au travail.

Et avec près de 1500 volontaires, lors des deux premières vagues, le programme se fixe pour objectif d’enrôler jusqu’à trois mille jeunes cette année. « Notre souhait est d’arriver à enrôler deux fois, trois fois, voire cinq fois plus de volontaires au cours des prochaines années », déclarait la promotrice en chef de ce programme lors de son lancement officiel. Mettre le plus grand nombre de jeunes diplômés togolais en condition d’employabilité immédiate tout en leur procurant quelques ressources de subsistance, c’est donc l’objectif assigné au PROVONAT. Du moins, c’est son objectif déclaré. Car il y a bien des motifs inavoués qui ont sous-tendu le lancement de ce programme. Lesquels, bien examinés, laissent croire à une exploitation de l’homme par l’Etat

Les non-dits du PROVONAT

Depuis le dernier recrutement général pour la fonction publique effectué en 2008, les informations sur l’organisation d’un autre ont fusé en 2010, surtout avant mars 2010. D’aucuns dénonçaient d’ailleurs des mesures électoralistes. Ce serait une opération de charme électoral. Mais, ni avant ni après ce scrutin dont Faure Gnassingbé a été déclaré vainqueur (sic) avec un score dithyrambique de 60%, devançant donc de très loin son principal challenger Jean-Pierre Fabre, ce concours n’a été organisé. Le constat des départs massifs à la retraite, dans la fonction publique, créant du coup un trou abyssal à combler, lui, est réel. Alors comment l’administration publique pourrait-elle continuer de fournir ses prestations dans ce contexte de manque criard de ressources humaines ? A cette énigme, a-t-on appris, c’est la ministre Victoire Dogbé Tomégah qui a trouvé la réponse, disons plutôt la panacée. De son laboratoire où foisonnent des formules qui ne demandent qu’à être expérimentées, elle tire le PROVONAT.

La manœuvre consiste à dégoter des désoeuvrés, Dieu seul sait qu’ils sont une multitude, et à leur proposer des emplois à durée déterminée habilement maquillés de la formule du volontariat. Le reste n’a été qu’un réajustement fait pour plaire. Des allocations mensuelles pour quelqu’un qui était sans emploi, pourquoi résisterait-il ? D’autres avantages sont ajoutés, et le programme a été lancé. Evidemment la mayonnaise a pris. Il nous revient même que les quelques doutes qu’émettent les jeunes volontaires sont aussitôt dissipés dès qu’ils participent à la formation qui les prépare à être déployés. La manœuvre paraît ainsi infaillible. Au lieu de recruter du personnel, l’Etat, par le jeu du PROVONAT, soumet les jeunes à un tout autre régime qui ne leur demandera pas moins de travail que s’ils étaient engagés, mais qui les rémunérera au rabais. Et personne ne semble s’en plaindre. L’enthousiasme, d’après les informations qui nous parviennent, semble généralisé au niveau des jeunes volontaires.

Cependant, cinq ans d’une vie passés à être volontaire et à gagner ce qui est qualifié là d’ « allocation mensuelle », il faut avouer que cela ne saurait égayer. C’est une somme de frustrations. Bien sûr que nul n’est obligé de passer tout ce temps dans ce programme. Le principe, c’est la liberté de rupture assortie néanmoins d’un préavis d’un mois. Le régime se distingue ainsi par sa souplesse. Mais qui prendra le risque de mettre fin à son contrat de volontaire, s’il ne décroche pas une meilleure opportunité ? La réponse est évidente : personne. De plus, quel sentiment pourrait éprouver un jeune nanti de sa maîtrise, de son DEA ou DESS ou encore de son doctorat (des exemples existent) en gagnant 60.000F pendant cinq ans ? D’un autre côté, que deviendront les jeunes qui auront passé cinq années de leur existence dans l’administration publique au nom de ce programme ? Seront-ils remerciés en monnaie de singes ? Ou privilégiés lors des hypothétiques recrutements à venir ?

Plus grave, nul n’ignore dans ce petit Togo que certains jeunes disposant de relations haut perchées, n’ont pas besoin de passer par PROVONAT pour décrocher des emplois dans des structures qui emplois des volontaires dans le même temps. Ainsi va le Togo où la politique de deux poids deux mesures est devenue tout à fait banale.

De ce programme, le pouvoir en place tire un énorme avantage. Depuis qu’il l’a lancé, plus personne n’envisage même la possibilité d’un recrutement général dans la fonction publique. Et tant que durera ce programme, nous confie une source très proche du dossier, « l’Etat ne réalisera plus la nécessité de recruter du personnel ». Or, des candidats à ce programme, il y en aura toujours dans ce pays où le chômage est une réalité quotidienne que subissent de plein fouet les jeunes diplômés. Travailler beaucoup pour un salaire qui n’en est pas un, c’est de l’exploitation de l’homme par l’homme. Et c’est visiblement ce que l’Etat togolais semble institutionnaliser au travers du PROVONAT, au-delà de tout le subtil habillage dont il est revêtu et qui en fait un programme mirobolant.

Magnanus FREEMAN

liberte-togo.com

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