|

Processus de privatisation de l’UTB : Le ministre Tchalim laisse une ardoise de plus d’un milliard de FCFA qu’on tente de faire passer par pertes et profits

image_pdfimage_print

L’Union togolaise de banque (UTB) fait partie des quatre établissements financiers publics concernés par le processus de privatisation. Mais elle est confrontée à une ardoise d’un milliard cent dix-huit millions (1 118 000 000) FCFA, soit près de 2 millions d’euros, laissée par l’actuel ministre de la Justice et chargé des Relations avec les Institutions de la République, Me Tchitchao Tchalim. Une dette qu’on veut faire passer par pertes et profits dans le cadre de la privatisation au grand dam de certains cadres de la banque et de la Commission de privatisation.

L’Union Togolaise de Banque (UTB) est une des institutions clés du système bancaire togolais. Créée en juin 1964 sous forme de société d’économie mixte, l’UTB est aujourd’hui une institution dans laquelle l’Etat est l’unique actionnaire après le départ, en juin 1994, du Crédit Lyonnais, de la Deutsche Bank et de la Banca Commerciale Italiana qui détenaient respectivement 35%, 18% et 12% des actions. Comme toutes les autres institutions bancaires publiques du Togo Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI), Banque togolaise de développement (BTD) qui vient d’être reprise par le groupe Orabank et Banque internationale pour l’Afrique (BIA-Togo), l’UTB croule sous le poids de dettes colossales.

Selon le « Livre Blanc 2008 » de l’Association des grandes entreprises du Togo (AGET), avec dix établissements bancaires et trois établissements financiers pour un cumul de bilan de 543 milliards FCFA et un dépôt cumulé de 460 milliards, le secteur bancaire connaît de très grandes difficultés. Pour l’AGET, la principale de ces difficultés réside dans le montant des créances douteuses de l’ordre de 100 milliards FCFA, qui génère une faiblesse des fonds propres et handicape les possibilités de financement des investissements du secteur privé, dont les besoins s’élèvent à 460 milliards, contre une capacité actuelle de financement de 80 milliards. C’est ainsi que l’Etat togolais, sous la pression des institutions de Bretton Woods, est contraint de se désengager et de lancer le processus de privatisation.

Mais une affaire de dette contractée par l’actuel ministre de la Justice, Me Tchitchao Tchalim, agite l’UTB à la veille de sa privatisation. « Pendant que la Commission du recouvrement des créances des établissements financiers et institutions bancaires et de crédit pourchasse les menus fretins, allant jusqu’à saisir leurs biens ou les faire emprisonner, elle n’inquiète jamais les pontes du régime. Le cas le plus patent, est celui du ministre Tchitchao Tchalim qui a laissé une ardoise de 1 118 000 000 FCFA. Cette affaire suscite aujourd’hui des remous au sein de la banque et de la Commission de privatisation. On s’échine à faire passer cette dette par pertes et profits dans le cadre de la privatisation de la banque. Ce que nous boudons tous mais personne n’a le courage d’agir à s’opposer frontalement à cette mesure qui met tout le monde mal à l’aise », explique un haut cadre de la banque qui a requis l’anonymat.

A la question de savoir ce qu’il a pu faire avec tout cet argent, ce cadre répond : « Personne ne sait ». Mais pour une autre source, le ministre affirmerait avoir utilisé une bonne partie de cet argent pour soutenir la campagne électorale de Faure Gnassingbé.

« Cette volonté de faire passer cette lourde dette par pertes et profits n’est pas une bonne chose. C’est la politique de deux poids deux mesures qu’il faut déplorer. Mais il ne nous revient pas de régler ce problème », darde un membre de la Commission de privatisation des banques.

En dépit de cette énorme dette contractée, le ministre se la coule douce et fait partie de ceux qui traquent l’homme d’affaires togolais Sow Bertin Agba et l’ancien ministre Pascal Bodjona dans la curieuse affaire d’escroquerie internationale. C’est lui qui, en pleine audition le 10 août dernier, donnait des ordres au juge d’inculper l’ancien ministre de l’Administration. C’est également lui qui, de concert avec le Procureur général Atara M’Dakena, refuse que soit appliqué le verdict de la Cour suprême accordant une libération provisoire sous caution à Agba. Sans oublier le rôle majeur qu’il a eu à jouer dans le tripatouillage du rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) sur la torture. Affaire à suivre.

R. Kédjagni

libete-togo.com

Tags: , , ,

Laissez un commentaire

Premium WordPress Themes

*