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Observation forcée des farces de dialogue : Quand les représentants du PNUD et de l’UE se laissent trimbaler et chosifier par le régime Faure Gnassingbé

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Le dialogue, au Togo ou plutôt les farces de dialogue, c’est la nième qui était improvisée vendredi dernier à la Primature, et qui a vu la participation, pour un temps des membres de la Coalition Arc-en-ciel et du Collectif « Sauvons le Togo », avant de faire pschitt. La nième également dont sont témoins les représentants du monde civilisé (sic) dans notre pays, qui deviennent des observateurs forcés de ces simulacres de dialogue. Au nom des règles de civilité. Mieux, ils se laissent chosifier par Faure Gnassingbé qui les trimballe de simulacre de dialogue en simulacre de dialogue.

Présents à tous les rendez-vous…

La communauté internationale est-elle devenue partie prenante de la crise politique au Togo ? La question est loin d’être farfelue. Contrairement au passé, ses représentants de premier plan se font remarquer par leur présence régulière aux simulacres de dialogue organisés par le régime Faure Gnassingbé dans notre pays, au point de ravir la vedette aux vrais protagonistes.

La Représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), Mme Khardiata Lo N’Diaye, et le chef de la Délégation de l’Union européenne, Patrick Spirlet, étaient présents à la comédie du vendredi 16 novembre à la Primature. Sans doute comme (simples) observateurs. Ils étaient là à l’ouverture des travaux, et ont continué même après le retrait des représentants du Cst et de la Coalition.

28 septembre, Hôtel Mercure Sarakawa. Patrick Spirlet, Mme Khardiata Lo N’Diaye, les ambassadeurs de France Nicolas Warnery, d’Allemagne Joseph Weiss, des Etats Unis d’Amérique Robert Whitehead, bref, toute la crème du monde « civilisé » présent dans notre pays était à la fameuse conférence de « haut niveau » sur le processus électoral organisée autour du thème « les enjeux démocratiques et la consolidation de la paix ». C’est le contraire qui aurait étonné, puisque la manifestation était une initiative du Pnud et s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’appui aux processus électoraux (Pape), financé par l’Ue.

Deux semaines plus tôt, c’est-à-dire le 13 septembre, la Représentante résidente du Pnud et le chef de la Délégation de l’Ue étaient à la Primature, où ils sont assisté à la signature du pseudo accord politique à la suite d’un dialogue record que certains ont qualifié de SMS.

…à légitimité contestée

Le point commun à toutes ces manifestations auxquelles assistent malheureusement les ambassadeurs est leur illégitimité et leur impopularité. A la différence peut-être du rendez-vous de vendredi dernier à la Primature auquel a adhéré dans un premier temps l’opinion. Ici tout était devenu illégitime dès le retrait du Cst et de la Coalition Arc-en-ciel, d’autant plus qu’il s’agit des vrais interlocuteurs du pouvoir en place, ceux qui sont réellement adoubés pour parler au nom de la Nation. Le pouvoir (Rpt/Unir et Ufc) n’a en réalité discuté qu’avec soi-même, s’étant retrouvé autour de la table avec ses ailes marchantes : la Cpp de Francis Ekon et le Pdr de Zarifou Ayéva, et dans une moindre mesure l’Alliance, autant de partis qui ne représentent pas grand-chose. Bien que ce soit la recherche du consensus et d’une solution concertée à la crise qui guident l’organisation de ce nième dialogue, la séance a continué en l’absence de la vitamine de l’opposition, sur des questions majeures touchant à l’organisation des prochaines législatives. Et sur cette dynamique, et comme jusqu’à présent, des décisions seront prises et imposées plus tard à toute la classe politique.

C’est de la même illégitimité qu’a souffert la rencontre du 13 septembre, qui a vu sceller un pseudo accord, entre toujours le pouvoir et ses éternelles béquilles, à la suite de deux séances de dialogue boycottées légitimement par la véritable opposition à Faure Gnassingbé, à cause de son manque de sincérité. Le Cst et la Coalition parlent « d’un enfumage destiné à flouer la communauté internationale en vue de se donner un quitus pour poursuivre en toute opacité et de façon unilatérale, l’organisation des élections législatives frauduleuses ». C’est ici qu’il a été décidé par exemple la répartition scélérate des sièges à la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

On ne le dira jamais assez, la fameuse conférence de haut niveau organisée par le Pnud et à laquelle ont été invitées des personnalités étrangères comme Moustapha Niasse, et à laquelle ont participé les fossoyeurs de la démocratie et des élections transparentes comme Abass Bonfoh, le Président de l’Assemblée nationale et Aboudou Assouma, le patron de la Cour constitutionnelle, était inopportune. Elle intervenait au lendemain de l’accord détestable du 13 septembre, et surtout des violences perpétrées le 15 septembre par les milices du pouvoir sur les manifestants de l’opposition à Adéwui. Mettre le cap sur les élections dans ces circonstances relevait tout simplement de l’irrationnel.

Des ambassadeurs chosifiés par Faure Gnassingbé

Des représentants de la communauté internationale qui assistent à n’importe quoi (sic) ? On ne pouvait pas en rêver jusqu’à un passé récent. Le monde occidental n’intervenait que pour faire régner l’ordre, ramener la paix entre les protagonistes de la crise au Togo. La signature en avril 2004 des vingt-deux (22) engagements à laquelle le pouvoir Eyadéma avait été contraint, était le fruit de leurs pressions. C’est aussi eux qui ont obligé Faure Gnassingbé à l’organisation de pourparlers intertogolais après les événements d’avril 2005 et également facilité la signature de l’Accord politique global (Apg) le 20 août 2006. Mais elle est loin, cette époque où le monde civilisé constituait un lobby et était craint par la monarchie au pouvoir au Togo. Aujourd’hui, ses ambassadeurs se laissent chosifier par Faure Gnassingbé et trimballer dans des aventures pernicieuses, comme les farces de dialogue.

« C’est auprès des Etats qu’ils sont accrédités, et ils doivent répondre aux invitations du gouvernement, par civilité et un peu par obligation morale », a tenté de relativiser un compatriote qui a fait longtemps dans les cercles diplomatiques. Mais est-ce à toutes les invitations du gouvernement que les ambassadeurs occidentaux doivent répondre, sans considérer la légitimité de la manifestation ? Peuvent-ils par exemple être présents à une séance de torture à l’Anr s’ils y sont invités ? Quelle crédibilité auront-ils aux yeux de l’opinion en répondant présents à n’importe quoi ? Aujourd’hui, ils ne représentent plus rien et ne sont plus craints par le pouvoir. A preuve, les recommandations d’octobre 2007 qui insistaient sur un découpage équilibré par exemple sont restées en l’état. Les menaces à peine voilées de Patrick Spirlet lors de la session entre les ambassadeurs de l’Ue et le gouvernement en début d’année n’ont guère arrêté Faure Gnassingbé et les siens dans leur élan.

C’est un secret de Polichinelle, le pouvoir Faure Gnassingbé n’est nullement prêt à organiser les prochaines législatives dans la transparence voulue, et les nombreux dialogues lancés ne sont que des farces destinées à requérir la caution de l’opposition. A défaut de celle de la vraie incarnée par le Collectif « Sauvons le Togo » et la Coalition Arc-en-ciel, il se contente pour l’instant du soutien de ses éternelles béquilles de la Convergence patriotique panafricaine (Cpp) et du Parti pour la démocratie et le renouveau (Pdr), mais aussi tacite des ambassadeurs du monde dit civilisé. C’est la caution de ces derniers que Faure Gnassingbé recherche, et ces présences seront sans doute exploitées au moment opportun.

Tino Kossi

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