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Mobilisation populaire autour du CST malgré les intimidations et la répression : Et si Faure Gnassingbé en tirait les bonnes leçons?

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La semaine écoulée a été très mouvementée au Togo, avec les manifestations du Collectif « Sauvons le Togo » et la répression qui s’en est suivie. Et celle qui a commencé depuis hier ne devrait pas l’être moins. Le CST appelle encore à des manifestations, déjà ce mardi qui verra les militants et sympathisants marcher à nouveau de Bè-Château à la Place de l’Indépendance qui abritera le sit-in. Le régime en place laissera-t-il la manifestation se dérouler ? Retour sur une semaine surchauffée et pleine d’enseignements pour Faure Gnassingbé.

Mobilisation forte malgré les intimidations et la répression

On pouvait craindre qu’aucune âme ne réponde au rendez-vous de Bè-Château ce mardi 21 août, ou du moins que la mobilisation soit très faible, au regard de la campagne d’intimidation orchestrée par le pouvoir les jours et heures précédant l’ouverture des manifestations. Tout a commencé avec l’interdiction scélérate de Déckon, avec des arguments à faire dormir debout. Le pic aura été enregistré le lundi 20 août, avec les intimidations et les menaces ouvertes du ministre de la Sécurité et de la Protection civile Yark Daméhane, couplées des propos démobilisateurs de son alter ego de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, le sulfureux Gilbert Bawara. Les manifestants n’auront pas accès à Déckon, et ceux qui oseraient défier l’autorité le feraient à leur risque et péril, a laissé entendre Yark Daméhane lundi, sur une chaine privée de la place. Pas de sit-in à Déckon, donc pas de marche, a dit Bawara, se permettant même d’appeler les populations à rester chez elles.

Toutes ces sorties participaient à une campagne visant à démobiliser les populations. Et la crainte était réelle que les Togolais restent chez eux, avec ces intimidations des deux ministres. Mais c’est un monde fou qui a répondu présent à Bè-Château, et on l’estime même plus nombreux que la masse qui a pris le départ de la manifestation du 12 juin 2012.

La solidarité de la Coalition Arc-en-ciel

Ce n’était pas gagné d’avance, quand on connaît les relations qui lient cette coalition et le CST. Même si leurs leaders s’en cachent, évitent d’en parler et se vouent plutôt des civilités, il est constant que les deux regroupements ne vibrent pas au même diapason. En tout cas, Me Dodji Apévon et les siens reprochent beaucoup de choses à leurs camarades du CST. « La rue sans le dialogue est stérile », voilà une critique standard qu’a toujours faite le Président du Comité d’action pour le renouveau (Car) et Coordinateur de la Coalition Arc-en-ciel au CST. Et avec de tels rapports, on pouvait s’attendre à une opposition déclarée à ces manifestations, comme s’illustrent l’Union des forces de changement (Ufc) de Gilchrist Olympio et la Convergence patriotique panafricaine (Cpp) de Francis Ekon. Même si la Coalition a appelé, à travers un communiqué rendu public le 17 août dernier ses militants et sympathisants à s’associer aux manifestations, on pouvait croire à un simple marché de dupes. Mais Dodji Apévon, Jean Kissi et Mme Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson démentiront tout le monde, en participant ce mardi 21 août à la marche du CST. Le Secrétaire général du Car a concédé que la mobilisation était monstre et appelé tacitement Faure Gnassingbé à en tirer les conséquences.

Dans un communiqué de presse daté du vendredi 24 août et signé de son Coordinateur Général, la Coalition n’a pas hésité à condamner « la brutalité avec laquelle le pouvoir a réprimé des manifestations pacifiques. Bien plus, elle s’est dite « indignée par le silence coupable du chef de l’Etat devant une situation aussi déliquescente » et appelle les populations à « rester mobilisées et déterminées pour la réalisation de l’Alternance dans notre pays ». Le Car, la Convention démocratique des peuples africains (Cdpa), le Mouvement citoyen pour la démocratie (Mcd), le Parti démocratique panafricain (Pdp) et l’Union des démocrates socialistes du Togo (Uds-Togo) ont même boudé vendredi, le dialogue lancé à grand renfort médiatique par le Premier ministre Arthème Ahoomey-Zunu, juste par solidarité au CST.

Faure de plus en plus isolé


Même si le CST a été empêché de tenir ses manifestations comme voulu, le plus grand perdant du bras de fer et de la coulée d’adrénaline aura été Faure Gnassingbé lui-même. Il aura perdu l’once de crédibilité que lui vouaient encore certains représentants diplomatiques dans notre pays, d’autant plus que Me Zeus Ajavon et les siens ont durement éprouvé sa sincérité en faisant plusieurs concessions. Ils ont dans un premier temps, renoncé à Déckon pour abriter le meeting et accepté la Place de l’Indépendance en échange, grâce à la médiation de certains ambassadeurs, et nommément celui des Etats-Unis. Mais le pouvoir qui avait donné sa parole à ces derniers, ravala son vomi et réprima ensuite la marche. Dans un second temps, les responsables du CST acceptèrent de suivre l’itinéraire imposé par les autorités ; mais cette fois-ci la marche a été réprimée au lieu même du rassemblement. Par ce réflexe répressif, Faure Gnassingbé aura réussi à faire l’unanimité contre sa personne dans les rangs des représentants diplomatiques en foulant aux pieds leurs recommandations. Tous ont reconnu le droit à la manifestation du CST et certains ont donné l’exemple des manifestations qui s’organisent même devant la Maison Blanche, pour démonter le refus scélérat de laisser le sit-in se dérouler à Déckon. Le comportement du pouvoir aura surtout permis aux représentants diplomatiques d’éprouver une fois de plus la violation par le pouvoir des lois qu’il s’est librement offertes, mais aussi le non respect de sa parole donnée.

La répression entraîne même un effet boomerang. Comme dans le cas de toute victime d’injustice, la folie répressive du régime de Lomé vaut au CST une sympathie à travers le monde. Il suffit de lire ou de suivre la couverture faite de ces événements de la semaine passée dans les médias internationaux pour s’en convaincre. Faure Gnassingbé aura perdu la bataille de l’opinion aussi bien sur le plan local qu’international, et c’est ce qui justifie les manœuvres entreprises pour commander des articles dans des organes de presse de la sous-région, à coup de centaines de millions de FCFA.

Le rejet du pouvoir en place

La série de manifestations de la semaine passée était au préalable juste destinée à réclamer l’application du rapport de la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh) sur la torture, l’exécution des réformes pour l’organisation de meilleures élections législatives, bref, des choses simples et de bon sens. Mais aujourd’hui, la contestation vire au rejet même du pouvoir de Faure Gnassingbé. Ce ne sont que des slogans hostiles à sa personne qui ont été scandés tout au long de ces manifestations. « Faure dégage ! », « Nous ne voulons plus de toi »…n’ont cessé de crier les manifestants. Et à considérer la composition cosmopolite des manifestants et leurs origines politiques, c’est tout le peuple qui s’est retrouvé dans la rue, comme l’a concédé le Pr Wolou Komi du Pacte socialiste pour le renouveau (Psr) dans une interview à l’agence afreepress : « Je ne dirai même pas que c’est l’opposition qui se retrouve ; c’est le peuple togolais tout entier qui se retrouve et je crois que c’est très encourageant ». Le départ de Faure est même devenu la seule réclamation des responsables du CST.

« Si nous nous asseyons pour dialoguer avec eux, c’est seulement pour discuter des conditions de leur départ », a lâché Me Zeus Ajavon samedi dernier lors du meeting, parlant de Faure et de son régime. Donc, plus de dialogue sans négociation des conditions de leur départ, ont martelé les leaders du CST désabusés. Le discours a donc radicalement changé. « Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour les faire partir. Nous n’irons plus dialoguer avec eux, ils doivent partir par tous les moyens », insistent-ils. Et comme pour donner le ton, il a été demandé le mercredi 22 août dernier à la population de désobéir désormais à l’autorité, conformément à l’article 150 de la Constitution togolaise. Les femmes ne sont pas en reste ; elles comptent marcher toutes nues jeudi prochain dans les rues de Lomé, pour exprimer leur mécontentement. Tout cela, c’est Faure Gnassingbé même qui l’aura voulu. Et la sagesse voudrait qu’il en tire les conséquences.

Tino Kossi

liberte-togo.com

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