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Manœuvres de la communauté internationale contre la démocratie au Togo : Le PNUD et l’UE en complicité impudique avec le pouvoir cautionnent des élections mal organisées

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M. Patrick Spirlet et ses camarades de la délégation de l’Union européenne au Togo avaient déjà conseillé aux forces démocratiques de consentir à un accord à minima pour aller aux élections. Même s’ils se sont repris plus tard pour démentir, qui s’excuse, s’accuse, ils n’ont pas vraiment renoncé à leur logique insensée des élections à tout prix. C’est à croire que leur mandat au Togo consiste à financer des élections contestables pour ensuite produire des rapports et couler des larmes de crocodile sur les dépouilles des morts qui s’ensuivent. La même danse funeste de ce qu’on appelle la communauté internationale a encore recommencé. Sans gêne aucune, ces messieurs et dames du PNUD et de l’UE se mettent en transe pour organiser panels, ateliers et séminaires en vue des élections. Les mêmes discours qui ne changent nullement le fond du problème électoral dans le pays. C’est une complaisance et une complicité impudiques en faveur du pouvoir de Faure Gnassingbé.

La saison des séminaires et panels

Ce n’est pas encore la grande danse des séminaires et ateliers tous azimuts. Cependant, le PNUD et l’UE ont déjà ouvert le chantier. Un observateur de la politique africaine a fait remarquer que l’Afrique veut faire le développement à travers les colloques, les séminaires et les conférences alors que la Chine et d’autres pays ont réalisé ce développement sans avoir eu besoin d’organiser colloques sur colloques. Dans le cas des élections au Togo, l’UE et le PNUD semblent dire que de bonnes élections passent par la noria de séminaires et ateliers aux mêmes contenus, aux mêmes périodes.

Des composantes de ce qu’on appelle la communauté internationale avaient déjà ouvert les chantiers de leur côté. Ils ont ainsi organisé récemment des séminaires et ateliers avec comme thématique : la préparation des élections à venir. Les grands organisateurs, le PNUD et l’UE, entrent petit à petit dans le jeu. Le 24 septembre, un atelier a ainsi été ouvert à l’intention des forces de sécurité. Objectif : former des formateurs au sein des forces de sécurité, donner à 50 officiers et sous-officiers de la police et de la gendarmerie des ressources et des connaissances nécessaires à la sécurisation professionnelle des processus électoraux. Plusieurs thèmes seront abordés notamment l’environnement juridique et réglementaire du maintien de l’ordre en contexte démocratique, la conduite éthique et légame en maintien de l’ordre dans un contexte électoral, les situations de maintien de l’ordre et l’utilisation de la force par les forces de sécurité dans un contexte électoral. Cet atelier est financé par l’Union européenne dans le cadre du Projet d’appui aux processus électoraux (PAPE).

C’est également dans le cadre de ce PAPE que le PNUD prévoit pour le vendredi 28 septembre dans un hôtel de Lomé une conférence sur le thème « les enjeux démocratiques et la consolidation de la démocratie ». Annoncée comme une rencontre de haut niveau, cette conférence s’adresse aux leaders politiques, aux organisations de la société civile, aux membres de la CENI, aux médias et à toutes les institutions impliquées dans les processus électoraux. Les informations disponibles à ce sujet indiquent que la conférence se déroulera sous la forme d’un panel animé par des personnalités politiques africaines et européennes. On annonce la présence de Moustapha Niasse, président de l’Assemblée nationale du Sénégal et du Général Siaka Sangaré, délégué général aux élections du Mali, entre autres. Ce panel a pour objectif de créer un cadre d’expression, d’échange d’expériences et de débats constructifs à partir des leçons apprises d’expériences d’autres acteurs.

D’autres rendez-vous vont suivre sûrement ; est-ce que cela est la solution aux problèmes électoraux du Togo ? Rien n’est moins sûr.

Des discours sans intérêt réel

A la fin, l’opinion pubilque togolaise peut être tentée de croire que les séminaires et ateliers tous azimuts dans le cadre des élections au Togo profitent aux représentants du PNUD et de l’UE ; Autrement, rien n’explique de façon pertinente leur zèle et leur enthousiasme à s’engager dans ces entreprises. Envers et contre tout. On y reviendra.

Tout bien considéré, il n’est pas inutile de souligner que ces séminaires et ateliers sont des occasions de ressassement et répétition des mêmes discours. Des journalistes que l’on traîne dans des séminaires en différents endroits du pays, cela a déjà commencé, aux forces de sécurité que l’on rassemble pour leur servir les discours dignes des gentils princes en passant par les jeunes militants et leaders des partis politiques, du moment où les thématiques ne changent que par leurs intitulés, il n’y aucun risque à dire que les années électorales se suivent au Togo et se ressemblent par la forme et le contenu des séminaires.

C’est une vérité admise que la répétition est l’une des clés de la pédagogie. A ce titre, la répétition systématique des mêmes contenus peut revêtir un certain sens et par là sauvegarder un quelconque intérêt aux initiatives. Néanmoins, à y voir de près, on se rend compte que les organisations internationales représentées au Togo ont pris l’habitude et le plaisir de remettre systématiquement, peut-être de façon mécanique, les schémas de formation. Manquent-ils d’imagination ? Ou faut-il y voir le signe d’une persistance inquiétante du même problème politico-électoral ? On n’a d’ailleurs besoin de préciser que, malgré toutes formations stéréotypées, les manquements et reproches relevés au sujet des médias, de la commission électorale et des pratiques politiques du pouvoir de Faure Gnassingbé n’ont pas connu de recul probant.

Combien de fois n’a-t-on proposé à la commission électorale nationale indépendante (CENI) des expériences heureuses d’autres pays, d’autres continents ? Cela a-t-il empêché les missi dominici que le pouvoir place à la tête de ces commissions de fausser le jeu électoral au profit de leurs boulimiques patrons ? Combien de fois a-t-on invité le gouvernement togolais, à travers ces séminaires et ateliers, à conduire un processus électoral crédible à l’instar de ses pairs du Bénin, du Mali ou du Sénégal ? Sans suite ni résultats. De là à conclure que les organisations comme le PNUD et l’UE seraient utiles en aidant autrement le Togo, le pas est vite franchi.

Etre utiles ailleurs

L’intention n’est pas tant de dire que les différentes cibles retenues pour la noria de séminaires et ateliers n’en ont pas besoin. Ce qu’il faut comprendre et retenir est plutôt que le zèle des organisations ne doit pas ressembler à une course la tête basse en direction d’une porte close. Dans le contexte actuel du pays, des initiatives de ce genre sonnent et résonnent comme une caution explicite de la logique de passage en force du pouvoir de Faure Gnassingbé. Hormis les amis de ce pouvoir qui se sont bousculés à la primature pour parapher un accord au contenu creux, la classe politique d’opposition dans son ensemble est farouchement engagée dans un refus absolu de nouvelles élections contestées. Les regroupements tels le Collectif Sauvons le Togo (CST) et la Coalition Arc-en-ciel ont exprimé clairement leur position : pas d’élections tant que des réponses pérennes ne sont pas trouvées aux problèmes restés en instance depuis au moins 2006.

Quand donc l’UE et le PNUD se comportent comme si tout cela se passait dans un autre pays, il faut s’interroger sur la pertinence de leurs actions et aussi sur leurs motivations réelles. Le 15 septembre dernier, des gens armés de machettes et de gourdins ont attaqué des militants de l’opposition, ce qui du coup a sonné comme un mauvais cri dans le ciel des jours et mois à venir dans le pays. Bruxelles et Washington ne semblent pas considérer ces actes graves et périlleux pour une démocratie. Leur préoccupation, ce sont les élections, ici et maintenant, vaille que vaille. Chose plus curieuse encore : l’Union européenne qui se plaint de l’oubli des recommandations des deux rapports de mission d’observation électorale ouvrent le dossier, un nouveau, des élections alors même que l’accord du 13 septembre a divinement mis une croix sur ces recommandations. A quoi joue-telle finalement ? Veut-elle écrire une encyclopédie avec les rapports d’observation électorale au Togo ? Au lieu de courir à des élections dont l’issue peut être catastrophe pour le pays, aucun Togolais ne voulant plus d’ailleurs d’élections kamikaze, le PNUD et l’UE feraient mieux d’insister auprès de Faure Gnassingbé afin que les réformes exigées par les forces d’oppositions soient faites. En agissant ainsi, en aidant le pouvoir et ses contempteurs du CST et d’Arc-en-ciel à trouver un terrain d’entente, elles convaincraient les Togolais de leur utilité et de leur efficacité. Comment peut-on empêcher les poissons de dormir dans un pays au nom des élections au moment où les Etats-Unis conseillent à ses ressortissants d’ « être prudents ? » A M. Spirlet et à Mme Lo Ndiaye de voir ce qu’ils veulent. Leur crédibilité en dépend.

Nima Zara

le correcteur

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