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Malaise aux impôts : D’autres révélations sur le calvaire des agents d’appui

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Pas de couverture sociale, pas d’assurance ; ils sont exclus du récent recensement des agents de l’Etat

« Malaise aux Impôts ; Les agents d’appui méprisés et lésés ; La NJSPF de Noël De Poukn, l’unique refuge pour tous les employés en vue d’entretenir l’espoir », titrions-nous dans la parution de lundi où nous avons relevé les mauvais traitements dont sont l’objet les agents d’appui de la Direction Générale des Impôts (DGI) patronnée par Ingrid Awadé, nommément la discrimination qui se fait lors de la répartition des primes d’incitation, le népotisme qui a court dans la boîte et l’influence de Noël de Poukn et sa fameuse NJSPF, Nouvelle Jeunesse pour le Soutien au Président Faure Gnassingbé. Nous pensions avoir fait un article assez exhaustif sur la situation ; mais voilà que d’autres indiscrétions parviennent à notre rédaction suite à cette parution, les unes confirmant et appuyant davantage les aspects abordés, les autres révélant plein d’autres pans du calvaire des agents d’appui.

Des primes et d’autres avantages

S’agissant des primes, la discrimination est bien réelle et c’est au niveau du dispatching que les agents d’appui sont lésés. Ils toucheraient à peine 10 % des primes de leurs collègues fonctionnaires d’Etat. « Nos trois dernières primes cumulées font 29 000 F et poussière au moment où nos collègues qui ont été recrutés sur concours perçoivent jusqu’à 300 000 F. Ne parlons même pas des directeurs de départements et de sections. Nous apprenons qu’eux, ils auraient touché en tout 9 millions…Et pourtant c’est nous les agents d’appui qui faisons le gros du travail, pour ne pas dire tout », pèste l’un de ces malheureux en poste dans l’un des centres de Lomé. « Cette situation est la résultante d’une grille de répartition inique instaurée par les seigneurs des Impôts, les directeurs de départements et de sections. C’est un véritable réseau créé pour se sucrer sur le dos des agents d’appui », ajoute un autre. Et on cite ici un certain Ali Atcha qui fut conseiller de la Directrice, comme l’ « inventeur » de cette grille. « Nous ne prétendons aucunement toucher les mêmes primes que nos collègues fonctionnaires, et surtout pas les directeurs. Mais la discrimination que nous subissons est révoltante. Déjà la différence se trouve au niveau des salaires, et ils bénéficient en plus de nombreux avantages qui ne nous sont pas accordés, nous autres. Pourquoi nous déshériter encore dans le partage des primes, qui sont le fruit de nos labeurs et qui doivent être réparties équitablement, comme cela se fait dans d’autres services, comme les Douanes ?…Nous on travaille, et eux ils mangent », fulmine une dame.

Ce serait la même discrimination au niveau des primes de timbre aussi. Contrairement à l’époque du Colonel De Souza où, selon les sources, le pactole était plus ou moins équitablement partagé et où 80 % au moins des agents avaient le même montant. D’autres avantages, dont les primes d’entretien moto ou des bons d’essence autrefois offerts, seraient aujourd’hui coupés ; non aux agents d’appui seuls, mais à tous les employés de la boîte. Ce qui n’est pas sans corser davantage la situation des agents d’appui.

Pas de couverture sociale ni assurance,

pas d’augmentation de salaire

La couverture sociale et l’assurance des agents de l’Etat, voilà deux causes pour lesquelles le gouvernement crie vouloir se battre depuis quelque temps. Il est loisible de voir le Directeur de la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) appeler ou relancer, à coup de communiqués, les employeurs tant du secteur public que du privé à déclarer leurs employés. C’est là une bonne cause, pour permettre aux travailleurs de préparer leurs vieux jours et se mettre à l’abri de la précarité. Il est même organisé ces derniers temps des consultations avec les patrons d’entreprises dans ce sens. Malheureusement les agents d’appui de la DGI, l’une des grosses régies financières du Togo et qui participe énormément au budget de l’Etat, ne sont pas déclarés.

« Nous ne sommes pas couverts. Il y a des gens qui sont à 10 et d’autres à 15 ans de service ; ils sont donc à mi-chemin de la retraite, mais ils ne sont pas déclarés à la Caisse. Vous voyez un peu le drame ?…On a même l’impression que la Cnss a peur des Impôts. Je me rappelle que des agents recenseurs étaient passés dans notre centre en 2008 pour vérifier si les employés étaient déclarés, on leur avait dit de passer par la hiérarchie ; mais ils ont été refoulés. Ils n’ont jamais été reçus en audience par la patronne. Et depuis lors, aucun d’eux n’ose venir chez nous ici », déplore un des agents.

L’assurance c’est le moyen idéal pour minimiser les risques de travail. Et parlant des risques, les agents d’appui de la DGI en affrontent énormément dans l’exercice de leur fonction. C’est souvent eux qui sont envoyés au « front », pour le recouvrement des taxes et impôts. « C’est rare de voir des fonctionnaires parmi les agents recouvreurs. C’est exclusivement nous qui sommes déployés pour ce travail. Nous sommes sous le soleil et sous la pluie. Avec la tension sociale qu’il y a dans le pays, c’est nous qui sommes les cibles de la colère des gens. Parfois des automobilistes, surtout les taximen foncent avec leurs véhicules sur nous lorsqu’on tente de les arrêter pour procéder aux vérifications, et les plus malheureux sont ramassés. Pour les Zémidjan, c’est une autre paire de manches. Certains n’hésitent pas à s’en prendre physiquement à nous ; et d’autres mêmes nous mordent », raconte un agent recouvreur. Malheureusement, ils ne sont pas assurés. Ils font donc le boulot à leurs risque et péril, et lorsqu’un sinistre arrive, ils sont carrément abandonnés à leur triste sort.

L’assurance maladie est rendue obligatoire depuis quelque temps, par décision prise en conseil des ministres. Par cette mesure, le gouvernement entend ainsi protéger tous les agents de l’Etat (sic). Il avait par ailleurs été décidé deux petites augmentations de salaire, et récemment suite à la révolte estudiantine, une concession de 5000 F aux fonctionnaires à titre de frais de transport. Mais les agents d’appui sont laissés sur le carreau pour ces deux mesures. Ne sont-ils pas, eux, des « agents de l’Etat » ?

Exclusion du recensement

Connaître l’effectif réel des agents de l’Etat, tel est l’objectif du recensement organisé du 24 au 31 octobre dernier. L’opération qui a duré une semaine, devra permettre de normaliser les dossiers des agents et d’assainir les finances publiques pour aboutir à un fichier unique fonction publique-solde. Mais apparemment, les agents d’appui de la DGI, ne font pas partie des « agents de l’Etat ». D’autant plus qu’ils avouent n’avoir pas été recensés. Mieux, ils auraient été bien exclus de l’opération..

Selon les indiscrétions, les agents recenseurs qui ont débarqué se sont entendu intimer l’ordre de pas recenser ces derniers. Les recenseurs se seraient opposés à ces consignes et auraient rebroussé chemin, pour revenir le lendemain. Mais là aussi, tout le monde n’aurait pas été enrégistré ; mieux, n’a pas été « autorisé » à se faire recenser. Il fallait, nous apprend-on, être « recommandé », et les heureux élus sont appelés discrètement pour ce faire. Une secrétaire ayant découvert le pot-aux-roses a alerté un collègue agent d’appui de venir se faire recenser. Mais lorsque ce dernier a débarqué, muni de son dossier, il n’a pas réussi à le faire, parce que n’ayant pas été adoubé , nous apprend-on. Selon les sources, c’est le chef personnel même de la boîte, un certain Awutey qui se tiendrait devant la porte et tamiserait les entrées. Sur plus de 1200 agents d’appui que compterait la DGI, ils seraient à peine une cinquantaine à avoir été recensés. Et il nous revient que ceux des centres de l’intérieur, eux, ont été carrément oubliés. « On ne comprend rien. Est-ce qu’on nous cache ? Nous sommes oui ou non agents de l’Etat ? ».

Au demeurant, les agents d’appui de la DGI croient dur comme fer qu’ils sont sciemment maintenus dans la précarité, et que cela profite à certains « seigneurs » de la boîte. « Notre situation profite à certains. Ils veulent qu’on demeure comme ça pour que eux, ils en profitent et bouffent sur notre dos. On ne favorise même pas notre intégration dans la Fonction publique, bien qu’on nous en fasse la promesse tout le temps », fulmine l’un des concernés qui dit compter déjà une dizaine d’années de service. Et la grande patronne de la DGI, que dit-elle de cette situation des agents d’appui, demandez-vous ?

« Sincèrement on ne sait pas quelle opinion se faire d’elle, si elle est bien au courant de notre situation ou si ce sont nos responsables directs qui ne l’informent pas de nos réalités. Mais il faut avouer qu’elle ne surveille pas le travail. Elle est beaucoup plus préoccupée par son image que tout autre chose. Elle attend juste qu’on vienne lui dire que telle personne a dit des médisances sur elle, pour l’affecter. Figurez-vous qu’on enrégistre jusqu’à quatre (04) décisions d’affectations au cours d’une même année. Il arrive même que des gens soient mutés un mois après avoir été affectés », déplore un employé. Tout compte fait, les malheureux agents d’appui en appellent à la Directrice générale Ingrid Awadé, au minstre de l’Economie et des Finances Adji Otèth Ayassor, bref aux autorités compétentes afin que leur cas soit résolu et qu’ils sortent de leur situation de parias.

T. K.

source : groupe liberté hebdo togo

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