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Lutte contre les tracasseries routières dans l’espace UEMOA

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Ouverture d’un atelier sur la validation de l’étude sur la pérennisation des pratiques anormales sur les routes
Depuis la création de l’Union économique et monétaire ouest africaine, (Uemoa), le principal cheval de bataille de cette organisation régionale est la construction d’un marché commun basé sur la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux et le droit d’établissement dans cet espace de 3.509.600 Km2. Mais l’institution peine à parvenir à la réalisation de ses objectifs parce que confrontée à la pérennisation des pratiques anormales qui ont court sur les principaux axes routiers des pays membres. Pour combattre ce phénomène, il faut traquer les fonctionnaires indélicats qui se livrent à ces genres d’actes préjudiciables à l’économie. Ainsi a été mis en place l’Observatoire des Pratiques Anormales (OPA) qui joue le rôle de surveillant sur plusieurs axes routiers dans la région en menant des enquêtes sur l’ensemble des pays pour déterminer lequel concentre le plus de tracasseries pour les transporteurs routiers.

Du 27 au 29 septembre, les membres de l’OPA se retrouvent en atelier à Lomé afin de valider les travaux réalisés sur les pratiques anormales qui ont court sur les routes dans l’espace Uemoa et de certains pays non membres mais qui ont accepté de se livrer à cet exercice. C’est le cas du Ghana.

Afin de réduire les harcèlements routiers, la corruption, les faux frais qui sont évalués à plusieurs millions de francs, l’UEMOA et le West Africa Trade Hub (WATH), en collaboration avec les autorités togolaises et la CEDEAO tiennent depuis hier et ce pendant trois jours à l’hôtel Eda Oba, un atelier sur la validation de l’étude sur la pérennisation des pratiques anormales sur les routes. Et pour apporter leur soutien à cette noble initiative, MM. Hamidou Mallah, Directeur de Cabinet du Commissaire en charge de l’Aménagement du territoire communautaire, des Transports et du Tourisme de l’UEMOA, Niels Rasmussen, Directeur régional de l’USAID, principale ressource technique et financière de l’Observatoire par le biais du WATH, David Keuper, Chargé des affaires à l’ambassade des Etats-Unis au Togo, Patrick Spirlet, chef de la Délégation spéciale de l’Union européenne et Mme Tsegan Yawa Djigbodi, Directrice de Cabinet du ministre du Commerce et des Transports du Togo, ont marqué de leur présence la cérémonie d’ouverture.

Dans son speech, le Chargé des affaires à l’ambassade des Etats-Unis au Togo a mis l’accent sur le constat selon lequel les frais de transport en Afrique de l’Ouest figurent parmi les plus chers au monde et une politique commerciale harmonisée permettrait aux entreprises africaines, de plus en plus concurrentes, d’être plus compétitives sur le marché mondial ; la tâche en incombe donc aux gouvernements et entreprises privées de créer les conditions nécessaires afin que cela devienne une réalité.

Bien que le Togo ait le plus bas niveau de retard dans les transports, a-t-il poursuivi, des efforts sans cesse croissants restent à faire pour inscrire les pays de l’UEMOA dans le concept de « sans frontières » ou « borderless ». Il a émis le vœu de voir l’Observatoire transcender ses frontières actuelles limitées aux points de contrôle, aux retards et autres pots de vin pour s’inscrire dans la durée en s’arrimant à la mise à disposition de données d’une gamme de procédures de transport, de transit et d’activités. « Sans transport, pas de commerce », a-t-il lancé en émettant le vœu de voir facilités les échanges commerciaux et les affaires se développer et prospérer.

S’inscrivant dans la même veine, le chef de la Délégation de l’Union européenne a insisté sur la cherté des transports en Afrique de l’Ouest par rapport au reste du monde, chose qui empêche l’Afrique de décoller. Afin de soutenir et d’encourager l’Observatoire dans ses politiques d’intégration en matière de transport, il a donné en exemple l’intégration de l’Union européenne, débutée en 1951 et qui, depuis 1993, a permis la création de 2,5 millions d’emplois et généré plus de 800 milliards d’euros de richesse supplémentaire. Parlant des tracasseries routières, l’orateur a démontré par le biais du projet WATH financé par l’USAID qu’elles ne sont pas seules responsables de l’absence de compétitivité du secteur des transports. Il a souhaité que l’Observatoire se mue en Observatoire de la Facilitation des Transports, une institution publique du système régional de réseaux des transports.

Tout en remerciant les organisateurs pour l’honneur fait au Togo, la Directrice de Cabinet du ministre du Commerce et des Transports est entre autre revenue sur les faux frais évalués à plusieurs millions de francs CFA par jour au sein de l’espace Uemoa. « Les faux frais perçus sur les transports et le temps que les contrôles font perdre aux transporteurs renchérissent le coût des produits sur les marchés intérieurs et c’est le consommateur qui en pâtit », a-t-elle souligné. Elle a prôné la formation des conducteurs d’engins lourds et l’implication des media pour relayer l’information. Un contrôle doit aussi être porté sur le poids, le gabarit et la charge de l’essieu des véhicules afin de préserver les infrastructures routières.

En effet, dans son 14ème rapport d’enquête sur les pratiques anormales dans l’espace Uemoa, l’OPA a fait ressortir des hausses de 2,5% sur le nombre de contrôles sur les axes routiers de l’espace Uemoa, 3,1% sur les rackets constatés sur les routes et 73,6% pour le temps que ces genres de contrôles ont coûté aux transporteurs routiers. D’après les résultats recueillis des différentes enquêtes de l’OPA, le Togo se place en pôle position des bons élèves en matière de lutte contre les pratiques anormales dans l’espace Uemoa, plus le Ghana. Ainsi, en terme de nombre de contrôles sur les routes, le corridor Lomé-Ouagadougou enregistrerait ce trimestre, le nombre le moins élevé de contrôles avec près de 1,84 arrêts aux 100 km. Pendant le même moment, le corridor Ouagadougou-Bamako demeure le plus dense en termes d’arrêts avec plus de 3,07 d’arrêts aux 100 km. D’après les observations de l’OPA, cette situation est imputable à la partie malienne qui enregistre plus de 4,74 arrêts aux 100 km, soit 20 contrôles par voyage contre 8 du côté burkinabé.

Les principales composantes mises en cause dans ces pratiques condamnables, soutient la Commission de l’Uemoa, sont la Police, la Douane, la Gendarmerie qui s’adonnent à des prélèvements illicites. A ces structures, s’ajoutent la pléthore et l’exploitation disparate des documents administratifs et contractuels qui sont dans la plupart des cas, en contradiction flagrante avec les objectifs de la libre circulation des biens et des personnes prônés par les Etats de l’Union économique et monétaire ouest africaine.

Ces pratiques anormales sont des barrières qui contribuent à réduire les échanges entre les Etats du fait du rallongement des délais d’acheminement et des coûts illicites. Elles retardent, selon l’OPA, l’intégration économique et nuisent à la compétitivité de la région sur le marché international.

Les travaux des participants au panel de Lomé se poursuivent aujourd’hui et prendront fin demain. Nous y reviendrons.

Godson K. et Olivier A.

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