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« Liberté pour le Togo ! » : Ce cri populaire qui sème la phobie de l’alternance

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Ce ne sont pas les hommes qui gouvernent les sociétés, ce sont les principes, à défaut de principes, ce sont les situations ». Cette réflexion de Pierre-Joseph PROUDHON dans son œuvre, De la justice dans la révolution et dans l’Eglise édifie la lutte des populations togolaises, leur détermination à sortir de l’asservissement quels que soient les sacrifices à consentir. Leurs réclamations de justice, de respect des Droits humains sont les principes de bonne gouvernance. L’absence de ces principes dans l’action du gouvernement met en danger la vie publique. Pour éviter d’assister passivement à sa propre perte, le peuple est dans la rue.

Le sentiment de vivre dans la pénombre de l’histoire des peuples est réel dans le cœur des Togolais au regard des évolutions notables, perceptibles ça et là par-delà nos frontières et dans une maison de verre que constitue désormais la planète terre. La justice, les lois, la Constitution, les valeurs républicaines jetées à la rivière de l’insolence instruit les Togolais sur leurs propres responsabilités en ce que tous les pays méritent leurs propres ordures lorsqu’ils sont indulgents sur les dérives autoritaires et complaisantes sur la question morale. Depuis vingt deux années, la constance du désir du changement est au zénith dans la foi de nos populations exaspérées par une dégénérescence de la gouvernance autoritaire et liberticide avec tous ses échantillons en crimes économiques, en crimes de masse.

Aujourd’hui, le rebond populaire du combat pour l’alternance et le changement se radicalise parce que le mépris du clan Gnassingbé pour ce peuple, le contrat politique qu’est l’Accord Politique Global (APG) est si offusquant qu’il s’agit d’une provocation gratuite de la patience des Togolais. Le cramponnement vertical du fils d’EYADEMA à la dynastie pour un règne de tous les malheurs dans un pays laissé en vrac, pillé à satiété par le même clan est la source de tous les débordements. Cette République ne peut plus être déshumanisée qu’elle ne l’est dans les réflexes bestiaux contre lesquels s’insurgent les citoyens en synergie de combat. Le FRAC, les ODDH, Y-en-a marre Etiamé, réalisent une convergence citoyenne que porte le Collectif « Sauvons le Togo » (CST).

Il y a quelque chose de profondément pathétique qui nous chavire d’émotion lors des manifestations du CST le 21 août dernier lorsque de milliers de jeunes et vieux investissent les rues avec ce cri repris en chœur : « Liberté pour le Togo !» devant une garnison en face d’eux, chargée de matraques, de gaz lacrymogène et de fusils. La nuit se prolonge au Togo, mais elle ne peut plus durer. Ceci est le serment des Togolais. Faure GNASSINGBE, dans sa petitesse d’homme d’Etat ignore que le vrai pouvoir de l’homme naît de son désespoir lorsqu’il est sur ses droits. Ses tendances libertines et crapuleuses en violation du contrat social, du contrat politique n’ont plus de beaux jours devant elles. Le Togo refuse de se mettre à la remorque de l’esclavagisme. Il piaffe d’insubordination face à un pouvoir qui le piétine. Cette légitime-défense est un droit constitutionnel. Si ce gouvernement tombe les pieds joints dans la faiblesse de la force, le piège de la criminalité dans lequel il s’est embrigadé va le décapiter. Son passif en criminalité est déjà trop lourd et ce qui lui adviendra dans sa raide bestialité lui coûterait des bonbons. C’est à lui de jouer face à un peuple qui est dans la légitimité de ses réclamations et dans ses droits constitutionnels.

S’il est clair que toutes les crises sont une accumulation de manquements moraux, éthiques, ne sommes-nous pas en droit de nous demander quelle valeur le « cercle du petit » a-t-il pour prétendre gouverner notre pays sans l’aval de notre peuple ?

L’arôme de la liberté qui vivifie l’appétit du combat populaire n’échappe-t-il pas à l’étreinte des despotes ?

1) Gloire aux combattants de la liberté

Il n’existe nulle part dans le monde des révoltes plus coûteuses que la servitude. L’asservissement détruit les peuples, les qualités humaines, les chances individuelles dans l’égalité des capacités et tue l’émulation qui est le seul gage de progrès des individus et des peuples. L’Etat de notre pays, ses tâtonnements en modernité, son écroulement en matière d’éducation, de formation, l’état de nos hôpitaux, de nos sociétés d’Etat exposent le meilleur relevé du système de gouvernance de la servitude. Il n’accorde aucune valeur d’homme aux citoyens utilisés telles des bêtes de somme pour l’enrichissement du clan GNASSINGBE. Préoccupée essentiellement par sa propre survie et l’accumulation de la richesse, la dynastie GNASSINGBE n’a le moindre temps à perdre pour une jeunesse togolaise à l’abandon dont elle pioche quelques zélés à qui elle offre la divine chance de les transformer en miliciens contre la République. Le quotidien du plus grand nombre de Togolais est évanescent et l’avenir couvert d’un écran de fumée. La liste des victimes de ce système est un écheveau spectaculaire de prédation. Dans l’officine de la terreur et dans l’isoloir d’un sectarisme primaire, le « petit » est rivé à la méthode de conservation de son « empire ». Les dégâts humains, sociaux, économiques de son entêtement suicidaire est le style d’un héritage déclaré.

Tous ceux qui sont engagés dans le combat des justes pour un Togo autre… mesurent les risques et les aspérités de leur serment. Mais, ils ne reviennent jamais sur leurs pas parce qu’ils assument entièrement le défi d’une mutation forcée face à un régime sans esprit ni moralité incapable de s’offrir le luxe de l’alternance. Si en vingt deux années de dialogues, toutes les conclusions des assises nationales et internationales s’enterrent sitôt les accords, dans un incroyable trou béant de la mémoire, l’amnésie volontaire des termes des accords est le subterfuge permanent pour apprivoiser les attentes et les espérances populaires aux fins de rebondir sans rien lâcher. Cette attitude oriente les Togolais à l’exploration d’autres voies. Quand la négociation devient du superflu dans le règlement des contentieux, la dignité des peuples se défend par d’autres moyens parce qu’ils peuvent tout accepter sauf, la servitude. C’est pourquoi les préalables posés par le CST apparaissent comme les garanties de la bonne foi du gouvernement qui se préoccupe de feindre une ouverture pour le dialogue au lieu d’en faire une arme de sagesse et d’intelligence. Les bases nouvelles de traitement des questions d’intérêt national issues de la crise témoignent de la maturité de l’opposition. Car, « Ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bien fait » selon les mots de Nicolas POUSSIN dans sa Correspondance.

Un dialogue vaseux dans une situation de volonté de puissance d’un pouvoir fébrile à l’idée d’une alternance serait une perche du pouvoir pour franchir tous les interdits de l’APG aujourd’hui actualisé par la fin du second mandat d’une imposture qui se veut éternelle. La synergie nationale a acquis un niveau de franc-jeu qui sème la peur panique au cul d’un héritier indélicat et aux prétentions infantiles dans son option de raide petitesse de conservation d’une volonté testamentaire d’un père pour qui, il ne faut jamais perdre le pouvoir.

Tous ceux qui versent leur sang sur notre sol pour que le soleil de la liberté illumine notre pays maudissent Faure GNASSINGBE. Ce sont eux qui méritent notre respect, une reconnaissance profonde et notre soutien sans faille au nom de la grandeur de l’œuvre qu’ils accomplissent pour nous et nos enfants. Nous leur devons une solidarité totale parce qu’ils servent la cause nationale. Si ce pouvoir choisit l’affrontement pour étouffer l’expression populaire du changement, notre devoir est de nous mettre en rangs serrés du côté du peuple souverain et divin pour mettre définitivement un terme au choix satanique du « petit ». La force du droit, de la raison, de la volonté populaire ne saurait abdiquer pour laisser fleurir une servitude. Contre l’asservissement, aucun combat ne flétrit la noblesse de la dignité parce que la résignation est un mal absolu. C’est pourquoi le style primitif de la répression au Togo est l’argument rabatteur de combattants sur le boulevard de la libération. La douleur du sang versé est un ferment de l’engagement total contre la délinquance étatique. L’étonnante mobilisation du Collectif « Sauvons le Togo », la spontanéité des Togolais et le répondant affiché dans ce combat présagent d’une victoire certaine. La peur de perdre la vie dans l’adversité du régime a disparu. Dans la puissance de la conscience du droit souverain de notre peuple les bourreaux ont perdu leurs statuts et attributs de petits dieux. A ce niveau actuel de combat, la pensée en action opère des ralliements populaires et préserve la cohésion qui porte le coup fatal à un système pervers, archaïque et vampirique.

Le déroulement de l’histoire de notre pays a pris un tournant décisif, fécond dans l’unité contre la bestialité. Il évacue tout dialogue sans objet. L’évidence de la chute nous conforte dans l’excitation d’un combat sans répit jusqu’à ce que les éclats de la chute du régime n’éclaboussent tous les recoins de cette terre qui nous a vu naître libres. Le flux de notre engagement populaire pour une nouvelle société au Togo, une véritable Renaissance creuse les sillons qui fertilisent l’unité nationale. Nous vaincrons parce que le dépassement collectif des divisions régionalistes, ethniques a paré de grandes noblesses le combat contre un seul ennemi, un seul clan.

2) Le gain de la victoire

Les yeux de l’esprit ont un éclair. Ils sont au-dessus de la rhétorique. Il ne suffit pas d’avoir un réflexe pour convaincre, d’être prolixe pour persuader, d’être tonitruant pour transcender, d’être rusé pour séduire. Seule la justesse de l’esprit fournit le suc de la rationalité et de la saveur à butiner au plaisir de la cohérence qui élève l’homme. Le bon sens est le répondant qui fait notre sagesse et notre capacité d’adoption au cours mouvant de l’histoire. Les temps ont changé, les mentalités ont évolué, de nouvelles exigences s’imposent dans la gestion des hommes, des affaires publiques autant que de l’environnement. Vouloir être aveugle sur les faits saillants de la mobilité sociale, c’est proprement se livrer à des niaiseries mortelles. Malheur à tous ceux qui n’ont d’ingéniosité que de rater leur adaptation à la marche du monde. Voilà pourquoi, les résistances du « petit » au triomphe de la volonté populaire le placent dans une posture indéfendable qui le contraint à des crimes dont il ne peut survivre. Les données objectives du mouvement en cours portées essentiellement par une génération à qui le pouvoir a volé la jeunesse a suffisamment les raisons d’une aigreur pour sauver son avenir. Ceux qui prêtent à Faure GNASSINGBE les amarres de l’immobilisme le condamnent au tourbillon de l’histoire. L’espérance d’une alternance et du changement est une vie nationale parce qu’elle est déjà fondue dans l’âme de notre République qu’elle se confond avec la primauté des réclamations de tout un peuple. Cette espérance est la seule motivation du projet commun de notre existence. Elle exclut tous les attardés des temps modernes ou tout au plus les met à la remorque du mouvement national pour un nouvel horizon. Pourquoi ?

Il n’y a aucun bonheur à être sous l’empire du despotisme, à vivre sous la coupe d’un potentat et de l’asservissement. Nous avons tous tiré les leçons du désastre togolais et l’engagement à y mettre un point final est inévitable. Nous avons beaucoup de peine, comme Blaise PASCAL dans Les Provinciales à comprendre l’« étrange zèle qui s’irrite contre ceux qui accusent des fautes publiques et non contre ceux qui le commettent ». Fort heureusement ces zélés réglés sur la pension de leurs agitations sont très minoritaires et n’ont d’existence que leur tintamarre dans le grand désert de l’assentiment d’un peuple mûr, droit face à son destin. Combien d’années faut-il à cet homme pour mettre en route les réformes d’un accord politique qui tient lieu d’un contrat social ? En une seule nuit, il fit une migration spectaculaire de son fauteuil ministériel pour atterrir à l’Assemblée nationale pour un fauteuil plus grand : celui du Président de la République. Personne ne se trompe sur le mérite et les valeurs qui fondent la personnalité de celui qui n’a le moindre frisson des bassesses. Qui se fait chef dans la violation intégrale des lois de la République, au mépris de la Constitution et de toute la morale est dépourvu de dignité à accepter une compétition loyale et ses règles. Il faut le déboulonner par la force populaire d’une souveraineté assumée telle qu’elle s’exprime autour du CST. Le mouvement populaire a l’exigence d’inventer de multiples ressources de son action. Sa temporalité fait corps avec le torrent de l’alternance qui dévale nos rues. Ou le « petit » finit par se résoudre à l’évidence ou il est emporté par un peuple lassé de patience.

Le cœur d’un chef n’est pas dans son caleçon, il est plutôt dans sa tête. Sa tête non plus n’est pas bien faite pour flâner dans les jupons. Quand son règne se réduit aux jouissances dionysiennes, il perd totalement son équilibre et se livre à des actes insensés parce que c’est la sublimation ou la rétention des pulsions libidinales qui humanise nos actes, restaure en nous la censure et affine la perception que nous avons de la vie. Les bonnes décisions d’un chef dérivent de son état d’esprit, de son éducation et de sa capacité de synthèse qui forgent en lui le bon sens. C’est sa lucidité qui sauve la République. Sans une longue préparation à la formation de la personnalité du chef, il lui échappe l’acte salutaire, simple et prompt qui préserve les nations des crises inutiles et fort coûteuses.

Nous sommes face à notre destin en tant que peuple martyrisé par le nombrilisme primaire d’une libellule de chef qui veut traverser une vitre, se passer de la Constitution, du contrat social et du contrat politique acquis des massacres jamais connus dans l’histoire du Togo. Nous n’avons plus aucune indulgence coupable à accorder à un fou du pouvoir. S’il croit que l’arme de la répression sauvage de la résistance de tout un pays, son utopie est un feu d’artifice face à un peuple qui gronde et admet les blessures, les morts comme des sacrifices de sa victoire. Par conséquent, le dénouement de la crise actuelle est déjà connu. Les modalités se règlent dans la convergence citoyenne à l’intérieur d’un mouvement unitaire. Toutes les répressions s’essoufflent dès que s’affirme la souveraineté populaire de la résistance.

Les douleurs du peuple togolais sont énormes. Le vice de la répression dans toute sa forme cruelle est trop faible pour arriver à bout du soupir de toute une Nation. La gloire est dans le courage qui crie sous les balles en caoutchouc, sous les grenades lacrymogènes et sous les matraques « Liberté pour le Togo ! ». Quand la douleur est dans la voix d’un peuple mais, la fierté au cœur pour le combat, l’avenir se moissonne par sa détermination et sa mobilisation. Les Togolais ne sont pas dans une réaction d’humeur quand ils réclament le départ de Faure GNASSINGBE. Ils sont dans une réaction de maturité face aux actes du petit club de profiteurs impénitents qui ont perdu tout le sens des valeurs de la République.

Didier Amah DOSSAVI

lalternative-togo.com

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