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Les vérités de Mme Adjamagbo-Johnson à Faure Gnassingbé et les siens

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« …Vous quitterez le pouvoir, soit par les urnes, ou d’une autre façon »

Le plateau de la Télévision Togolaise était vendredi dernier, le théâtre d’un débat comme on n’en a jamais vu. Nous en parlions déjà abondamment dans la parution d’hier. Mais les lecteurs devons souffrir qu’on y revienne, notamment sur les grands enseignements de ce débat. Dont la haine du débat contradictoire chez le régime en place, et la énième confirmation du refus de l’alternance au pouvoir chez Faure Gnassingbé et les siens. Pourtant deux principes sacro-saints de la DEMOCRATIE.

Le débat contradictoire abhorré, dans une démocratie

En effet la haine du débat contradictoire était manifeste chez les émissaires du pouvoir, et tous les téléspectateurs devraient l’avoir remarqué. Et c’est cette disposition d’esprit qui a guidé leurs comportements sur le plateau. Tout d’abord la cause que devraient défendre les deux « grandes gueules » du régime Faure Gnassingbé souffrait de légitimité. Ils avaient pour mission de persuader le peuple que le pouvoir a raison de concevoir et conduire seul le processus, selon ses humeurs et son rythme. Contrairement à l’esprit recommandé par l’Accord politique global (Apg) devenu la Bible politique au Togo depuis 2006, c’est-à-dire le dialogue et le consensus dans les prises de décisions politiques, des dispositions qui s’inscrivent dans la dynamique de l’apaisement et de la réconciliation qui a prévalu à l’organisation de ces assises. Le ministre « grand format » Pascal Bodjona et son compère arrogant devant l’Eternel Arthème Ahoomey-Zunu devraient faire avaler aux populations que le gouvernement n’a rien fait de mal en commandant discrètement un projet de Code électoral, qui n’est pas trop différent du précédent et en cherchant à l’imposer à toute la classe politique, qu’il a raison de balayer du revers de la main les propositions sensées faites par des partis de l’opposition et confectionner un projet de découpage électoral qui ne répare pas les injustices, de convoyer discrètement des kits de la RD Congo pour la fraude…Une mission délicate. C’était comme chercher à convaincre les chrétiens que le vrai Messie, ce n’est pas Jésus Christ mais Lucifer. Avec la contradiction portée par Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson et Jean Kissi, il y avait de quoi que les émissaires du pouvoir soient démangés et perdent les pédales.

Le duo Bodjona-Ahoomey-Zunu pensait sans doute avoir en face des interlocuteurs qui devraient juste faire de la figuration et leur permettre de dérouler. Mais l’opposition qui leur a été faite par les représentants de la Cdpa et du Car était de taille, et ils étaient sonnés. C’est ce qui explique leur nervosité et les impertinences dans leur intervention, au point de manquer de bonnes manières, sur un plateau de télé, dans une émission suivie par des milliers de Togolais à cause du sujet choisi. Et dire qu’il ne s’agissait là que des représentants de la Cdpa et du Car, deux partis de l’opposition qui jouent aux centristes et mettent de l’eau dans leur vin depuis un bout de temps quand il s’agit de critiquer le régime en place, donnant ainsi aux populations l’impression de faire le jeu du pouvoir ! En effet la plupart du temps, ils restent bruyamment muets sur les événements mettant en péril la démocratie en construction au Togo, et lorsqu’ils choisissent de se prononcer, c’est pour décevoir les attentes. Comme par exemple au sujet de l’exclusion d’élus du peuple de l’Assemblée nationale que les bouches parlantes du parti des déshérités ont présentée comme « un fait divers ». En tout cas aujourd’hui, les partis qui semblent incarner le mieux l’opposition togolaise et maintenir tant bien que mal le flambeau de la contestation sont plutôt l’Alliance nationale pour le changement (Anc) et l’Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire (Obuts). Ils sont beaucoup plus présents sur le terrain de la contestation que le Car et la Cpda. Et si c’étaient leurs représentants qui étaient invités à faire la contradiction à Pascal Bodjona et Arthème Ahoomey-Zunu, quelle aurait été l’atmosphère ce vendredi sur le plateau ? N’en seraient-ils pas venus aux mains ?

Il faut tout simplement déplorer que le débat contradictoire soit abhorré à ce point par le pouvoir en place, pourtant incarné par quelqu’un qu’on présente comme un « esprit nouveau », dans un pays qui se dit cultiver la démocratie.

Quitter le pouvoir, jamais !

C’est constant que le non avènement de l’alternance au pouvoir au Togo, au contraire des pays voisins est dû, entre autres raisons, aux entraves posées par le régime en place. D’ailleurs partout où l’alternance s’est réalisée par les urnes nommément, au-delà des actions conventionnelles des oppositions en place, cela est dû à l’acceptation du pouvoir en place de ce principe. La dernière illustration nous vient du Sénégal, avec un certain Abdoulaye Wade qui a fini par céder le fauteuil, non sans avoir essayé de s’y accrocher. L’homme a reçu des lauriers pour avoir été fair-play.

Il y a bien longtemps que des esprits avisés ont su que le vrai facteur de la crise politique que vit le Togo depuis une vingtaine d’années est cette volonté du clan Gnassingbé de s’éterniser au pouvoir, quel qu’en soit le prix à payer. C’est ce qui prévaut à l’organisation des hold-up électoraux lors des élections présidentielles, aux verrouillages des processus électoraux avec la confection d’un Code électoral et des conditions sous mesures, comme un découpage électoral inique. C’est aussi la finalité visée avec la caporalisation de l’opposition, le bâillonnement des plus farouches opposants, l’assassinat de certains pour faire taire les autres, les violences et autres répressions de manifestations pour semer la peur en les citoyens et les dissuader de contester. Cela passe aussi par l’injection de moyens colossaux dans les campagnes électorales du ou des candidat(s) du pouvoir, pour acheter les consciences. Le moyen ultime, c’est la répression sanglante des contestations. Comme en avril 2005.

Faure Gnassingbé a avoué cette disposition d’esprit lors d’une intervention publique en 2005. Si vous perdez le pouvoir, il vous sera difficile de le retrouver, leur aurait donné comme conseil leur père avant de trépasser. Le refus de l’alternance va de facto avec cette conception du fauteuil présidentiel comme un bien familial, qu’il ne faut céder à aucun prix. Et ça, les observateurs avisés et les populations le savent déjà, les leaders de l’opposition sans doute aussi, même s’ils n’osent pas le dire ouvertement. Mais il faut avouer que le pouvoir en place se fait découvrir de jour en jour.

« Le problème de ce régime, c’est qu’il pense qu’il ne quittera jamais le pouvoir ». Ce constat, en réalité un secret de polichinelle, serait fait par un de ces « fous » de l’opposition que l’on n’en parlerait même pas, car il s’agirait de la routine. Mais venant d’une représentante de la Cdpa, un parti qui semble avoir tourné casaque et donne l’impression de faire aujourd’hui le jeu du pouvoir, en tout cas qui ne ressemble en rien à celui connu des Togolais depuis les années 90 jusqu’à une époque récente, il y a de quoi s’étonner. Et lorsque Mme Adjamagbo-Johnson a eu le courage de dire aux émissaires de Faure Gnassingbé: « …mais moi je vous dis que vous quitterez le pouvoir, soit par les urnes, ou d’une autre façon », ce qui s’entend par la rue ou par une révolution, il faut dire que c’est peut-être Dieu qui est en train de faire son effet. Et les réactions de Pascal Bodjona et d’Arthème Ahoomey-Zunu étaient illustratives de l’importance de cette constatation somme toute réaliste. Ils ont été piqués au vif, et le ministre « grand format » de perdre les pédales et insulter l’intelligence de son… professeur d’Université lorsqu’il était encore étudiant. C’était comme un secret qui était ainsi dévoilé sur la place publique. Ayant encore vivaces à l’esprit les effets du Printemps arabe, il a vu tout de suite la fin du pouvoir, des beaux jours faits de nombreux privilèges, des richesses, de la vie de pacha etc.

C’est peut-être Dieu qui est en train de faire son effet, disions-nous, afin que le peuple togolais prenne toute la mesure du régime qu’il a en face et agisse en conséquence. En tout cas les urnes, le moyen conventionnel pour accéder au pouvoir ont montré leurs limites, et la représentante de la Cdpa semble avoir évoqué l’une des pistes alternatives pour déloger Faure Gnassingbe et les siens du pouvoir, la rue. Mais il faut avouer que les Togolais ont du souci à se faire, vu que le régime Faure Gnassingbé abhorre le débat contradictoire, un principe fondamental de la DEMOCRATIE, et n’admet pas un seul instant de perdre le pouvoir.

Tino Kossi

liberte-togo.com

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