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Les Togolais invitent l’Union Européenne à faire le bilan de son action au Togo

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MEMORANDUM


LA CRISE SOCIO-POLITIQUE AU TOGO : L’IMPLICATION DE L’UNION EUROPEENNE

DIASPORA TOGOLAISE EN ALLEMAGNE, BELGIQUE, FRANCE, LUXEMBOURG ET PAYS-BAS


COMITE DE SOUTIEN AU COLLECTIF « SAUVONS LE TOGO » AU BENELUX

RÉSUMÉ

En ce 5 Octobre 2012, date anniversaire du soulèvement populaire de 1990 au Togo, des citoyens togolais vivant en Europe, adressent ce mémorandum au Président du Parlement et aux honorables députés européens, afin d’attirer leur attention sur la situation socio-politique dramatique que continue de vivre le Togo, et les appeler à tirer des conséquences avisées de l’implication de l’Union Européenne dans la résolution de cette crise politique qui empêche tout développement du pays, malgré l’importante aide financière de l’Union Européenne (UE).

En effet, depuis plusieurs décennies, le Togo connaît une évolution politique, économique et sociale tourmentée, faite de discrimination et d’exclusion, de déprédation des finances de l’État et de corruption, de dégradation de l’économie nationale et d’expansion de la misère et de la pauvreté, d’élections frauduleuses, d’émeutes et de répressions brutales par les forces armées et de sécurité, d’arrestations et de détentions arbitraires de responsables et de militants de partis politiques d’opposition, d’intimidations, de harcèlements et d’agressions de journalistes, d’incarcérations abusives d’étudiants, de tortures, d’exécutions extrajudiciaires, bref, des atteintes graves aux droits de l’Homme commises par le régime, en violation de la Constitution togolaise et des lois de la République ainsi que des accords et traités internationaux.

Le 05 octobre 1990, les citoyens togolais avaient exprimé leur ras-le-bol de la dictature militaro-politique dirigée par Eyadema Gnassingbé dont l’arrivée sur la scène politique en 1963 a fait suite à l’assassinat le 13 janvier de la même année, de Sylvanus Epiphanio Elpidio Kwami OLYMPIO, premier président démocratiquement élu du Togo. S’appuyant sur l’armée dont le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), parti unique et parti Etat créé en août 1969, est la vitrine civile, le régime a assis pendant plus de trois décennies son pouvoir sur fond de violations de droits de l’Homme, de crimes économiques et de subordination du pays aux intérêts étrangers. Dans cette même logique, Faure Essozimna Gnassingbé fut installé, suite à un triple coup de force, militaire, constitutionnel et électoral intervenu après le décès, le 05 février 2005, de son père Eyadema Gnassingbé.

Face à la volonté du peuple togolais de recouvrer ses droits et libertés arbitrairement confisqués, le régime Gnassingbé n’a pu être sauvé que par des compromis à travers une quinzaine de négociations, dialogues et accords politiques sous l’égide de la communauté internationale, de véritables marchés de dupes, qui ont limité la classe politique et le peuple souverain à s’en tenir aux élections comme moyen de dévolution du pouvoir. Malgré cela, les élections organisées de 1993 à 2010 ont été émaillées de fraudes et de violences post-électorales.

L’UE s’est largement impliquée dans la résolution de la crise togolaise. En effet, après avoir décidé un temps de suspendre son aide au Togo pour « déficit démocratique » et manquements graves aux droits humains, l’UE avait subordonné la reprise de la coopération en 2004 au respect des principes démocratiques et la promesse du gouvernement togolais de tenir 22 engagements clairs et précis, visant au « renforcement du climat démocratique et de l’État de droit dans le pays ». Après le triple coup de force et la présidentielle d’avril 2005, L’UE s’est investie dans un processus de dialogue qui aboutira à la signature de l’Accord Politique Global (APG) en 2006. En 2007, lors des élections législatives organisées avec un financement de l’UE, la mission d’observation européenne a émis une série de recommandations dans son rapport final. A ce jour, la majeure partie de ces engagements, accords de réformes et recommandations, est restée lettre morte par manque de volonté du régime.

La tragédie du peuple togolais s’est ainsi jouée sous le regard passif de la communauté internationale, conformément au cycle désormais connu : « élections – contestations – répressions – négociations ». Il résulte de cette situation un discrédit total des processus électoraux au Togo et une nouvelle prise de conscience du peuple togolais sur la nécessité de se libérer d’un régime qui l’opprime depuis 45 ans. C’est ce qui a motivé la création du Collectif SAUVONS LE TOGO (CST). Porté sur les fonts baptismaux le 4 avril 2012, le CST, est un mouvement citoyen composé de neuf organisations de la société civile, de six partis politiques et d’un mouvement politique. La mission du CST est de parvenir, dans une dynamique unitaire d’actions, à un changement radical et véritable de la gouvernance actuelle du Togo par la défense, la protection, la promotion des droits de l’Homme, la cessation de l’instrumentalisation de la justice et des autres institutions de l’Etat, l’instauration de l’Etat de droit, la mise en place d’une armée républicaine et la mise en œuvre de toutes les mesures visant à définitivement aligner sur les standards internationaux, le processus d’organisation et la tenue d’élections libres et transparentes au Togo. Le Collectif reconnaît comme légitime toute voie : élections ou soulèvements populaires, que le peuple togolais décidera finalement de choisir pour remettre le Togo sur la voie de la démocratie.

Les togolais ont décidé de prendre leur destin en main afin de briser définitivement le cycle « élections – contestations – répressions – négociations ». Ils appellent l’UE à tirer tous les enseignements des situations chaotiques et dramatiques qu’a vécues le pays par le passé, afin d’apporter une assistance plus avisée, plus complète, plus sereine et plus conséquente. Ils exhortent l’UE à s’assurer dès à présent que toutes les étapes des processus électoraux qu’elle finance obéissent aux normes et standards internationaux en matière de transparence et d’équité. Les Togolais invitent l’Union Européenne à faire le bilan de son action au Togo au regard de la dernière résolution du Parlement Européen sur les politiques extérieures de l’UE en faveur de la démocratisation et à revoir sa stratégie et son plan d’action au Togo.

CSCST-2012-10-05-MEMORANDUM-EU

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