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Les raisons de l'empêchement du meeting du CST à Kara

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Faure Gnassingbé aux milices armées à Pya : « Il faut défendre la ville de Kara au péril de votre vie ; vous serez récompensés»

. « L’affaire entre Kpatcha et moi est une affaire entre nous deux ; ça ne regarde pas les populations de Kara »

. 152 millions de francs CFA et des sacs de riz distribués par Massina Yotroféi

Au lendemain de la démission de M. Houngbo et de la nomination d’Ahoomey-Zunu, une feuille de route a été élaborée par la présidence de la République. Elle comporte, entre autres priorités, le respect des droits de l’Opposition. Le nouveau gouvernement a été mis en place il y a huit jours et déjà dans notre parution du mercredi, 1er Août 2012, nous écrivions que la tournée que débutait le CST le samedi 4 Août par Kara que certains appellent abusivement leur fief, constituait un bon test d’appréciation du sérieux du Pouvoir.

Nous n’avions pas manqué d’alerter l’opinion, connaissant la duplicité du régime, sur d’éventuelles menaces, intimidations et manipulations en vue d’empêcher les populations de Kara de faire massivement le déplacement. Nous n’avions vu que trop juste et il faut croire que le gouvernement Ahoomey-Zunu à peine installé, a déjà échoué dans sa mission avant de se mettre à l’œuvre. Faure Gnassingbé vient d’apporter la preuve qu’il n’est pas un chef d’Etat sérieux et animé de bonne volonté ; pas le moins du monde.

Samedi 4 Août 2012, il était environ 15h30 lorsque le cortège des véhicules en provenance de Lomé a foulé le sol de la ville de Kara, accueilli à l’entrée par l’équipe sur place chargée de la préparation du meeting et à la tête de laquelle se trouvait Frédéric Abass Kaboua. Aussitôt, un mini carnaval composé de motocyclistes, d’un véhicule muni de dispositif de sonorisation, et du convoi des véhicules de la délégation du CST s’est ébranlé vers le stade Bataskom où devait se tenir le meeting. Après 3 ou 4 km sur quelques artères de la ville, le cortège arrive au stade. A la grande surprise de tous, il y avait des équipes de football qui jouaient un tournoi à quatre dit « tournoi des amis de Maman N’Danidaha », apprendra-t-on plus tard. Le préfet de la Kozah, selon plusieurs sources concordantes, aurait joué un rôle majeur dans la non tenue de la manifestation du CST.

C’est le lieu de rappeler que ce n’était pas le stade sollicité au départ par les organisateurs. C’est après le refus d’autoriser le premier stade convoité pour la manifestation que les organisateurs ont pu obtenir le stade Bataskom. Il y avait deux véhicules de la gendarmerie et de la police sur place avec un maigre public. Difficile de dire s’il était là pour le meeting ou pour le « match forcé » du jour. Il ne serait pas exagéré de dire qu’aussitôt après s’être rassuré que le cortège avait repris le chemin inverse, on devrait avoir mis fin au match organisé juste par provocation et pour empêcher le meeting du collectif. Dès que la délégation a mis les pieds à terre, c’est une menace d’abord contre le cameraman qui avait jusque-là filmé le convoi durant sa traversée des artères vers le stade. « Gare à toi si tu filmes quelqu’un ici !», avaient averti quelques jeunes surexcités qui attendaient le CST de pieds fermes. Ils étaient prêts à lui retirer la caméra ; chose qui fut évitée grâce à l’interposition de quelques membres de la délégation.

Des coups de poings commençaient à pleuvoir sur les véhicules avec des menaces de les casser si l’on ne retournait pas dans dix minutes au maximum. Les forces de l’ordre étaient à vingt mètres de là dans leurs véhicules et regardaient faire sans mot dire. Personne ne s’était fait la moindre illusion sur les risques à partir de cet instant. Les responsables ont ordonné de monter à bord et qu’on retourne. « Meeting, on ne veut pas de ces meetings avec des casses et des vols ici », a lancé l’un des jeunes. « Quittez chez nous, Faure a déjà sauvé Kara », a déclaré un autre qui donne ainsi raison au regretté Jean-Jacques Johnson, professeur de philosophie au Lycée technique d’Adidogomé, qui pensait à juste titre qu’« une ignorance qui se sait vaut mieux qu’une ignorance qui s’ignore ». Faure a-t-il vraiment sauvé Kara ou l’a-t-il au contraire empêtrée dans les problèmes qu’elle n’avait jamais connus ? En tout cas, un membre de la milice de Faure lancera à la figure du Coordonnateur du CST : « Ce que vous faites à Lomé, vous croyez que vous pouvez faire ça ici ? ». Et c’est dans cette ambiance surchauffée que tout le convoi s’est retiré sagement des lieux pour se replier dans une station service afin de faire le point avant de reprendre la route.

Quelques minutes après, trois véhicules de police et de gendarmerie se retrouveront dans la station service située à deux kilomètres environ du stade. Dans ceux-ci, se trouvaient des cargaisons de gaz lacrymogènes. Selon les informations recueillies plus tard, ces policiers et gendarmes à bord de leurs véhicules, avaient pour mission de lancer ces gaz dans la station où nous étions en repli. C’est en ces lieux que deux étudiantes de l’Université de Kara qui se trouvaient ensemble avec la délégation et qui prenaient des photos, ont vu leur appareil saisi par les forces de l’ordre ainsi que leur sac. Ce même samedi, le véhicule muni de haut- parleurs et de mégaphone qu’on utilisait pour la sensibilisation, a été arrêté par la gendarmerie. Jusqu’à dimanche à 21h, ces objets n’ont pas été restitués. Nous avons en vain tenté de joindre notre source pour nous enquérir d’éventuels changements intervenus. Il y a eu deux interpellations et quelques blessés à Kara après le départ de la délégation à 15H50 pour Sokodé.

Signalons que dix minutes après notre arrivée dans la station service, un monsieur qui faisait office de gérant, approcha Me Zeus Ajavon pour lui demander de quitter les lieux parce que, privés et non publics. On avait compris qu’il avait été manipulé par les forces de l’ordre pour nous porter ce message. Si la délégation avait refusé d’obtempérer, apprendra-t-on plus tard, ces hommes qui n’ont pas le sens de l’honneur, ni de la mesure, n’étaient pas loin de lancer leurs gaz lacrymogènes dans ces lieux, créant une panique générale, même si cela devait produire un incendie.

On viserait Agbéyomé Kodjo et Abass Kaboua, notamment. C’est alors que dans ce cafouillage, on aurait sorti les gourdins, les coupe-coupe, etc. Une source nous a confié que selon les commanditaires, « c’est parce que Agbéyomé Kodjo est en bonne santé qu’il mobilise les autres; s’il est blessé et obligé de rester sur place, on va voir comment il va faire ». Concernant Abass Kaboua, l’indiscrétion fait état de ce que Massina et son patron auraient examiné les éventualités en vue de le réduire au silence, parce que, trop dérangeant et en même temps, ils ont peur des leurs, si d’aventure quelque chose lui arrivait. Ainsi, aurait conclu le tortionnaire en chef en direction de son mentor : « un accident de la circulation peut lui arriver ». Alors, s’il arrivait un accident à Abass Kaboua, tout le monde sait de quel côté lorgner. Voilà comment Agbéyomé Kodjo et Abass Kaboua semblent constituer un sujet de préoccupation quotidienne pour Faure Gnassingbé. La politique est un débat d’idées et non un duel.

A quelques mètres des véhicules des forces de l’ordre, se trouvait une BMW blanche, 4239-AD chargée de gourdins, de coupe-coupe, et de cordelettes, et appartenant au beau-frère d’Ernest Gnassingbé. Elle était conduite par le chef de milice, Badanaro Romi Essom, originaire de Kouméa qui agirait sous les ordres de Massina Yotroféi, toujours lui. Au départ du convoi, les deux véhicules de police et celui de la gendarmerie suivront la délégation l’un devant et les deux autres derrière, jusqu’à la sortie de la ville. Un peu plus tard, un autre véhicule 4 x 4 banalisé de couleur bleue avec des forces de l’ordre à bord, rejoindra le cortège et le suivra jusqu’à Bafilo avant de s’en retourner.

Qui étaient derrière tout ça ?

Dans la semaine du 30 juillet au 05 Août, Faure Gnassingbé s’est rendu à deux reprises à Kara et plus précisément à Pya. C’est au sujet du projet de meeting qui lui aurait donné beaucoup de soucis et de migraine. La deuxième fois c’était le jeudi ; il était en compagnie du Col. Massina qui avait traîné un sac noir contenant 152 millions de francs CFA. C’est ensemble (le chef de l’Etat et lui), qu’ils avaient rencontré des miliciens à leur solde composés de jeunes militaires, de jeunes gendarmes et de jeune policiers ainsi que de quelques civils. Les 152 millions leur avaient été distribués séance tenante ce jeudi-là. Selon nos informations, chacun s’en était sorti avec 50.000 F, plus un sac de riz de 25 kg.

En plus, il a été promis une moto de marque APSONIC à chacun d’eux. Des motos dont Faure Gnassingbé dit avoir lancé la commande et qui vont leur être distribuées prochainement. A l’occasion de cette rencontre, le chef de l’Etat leur a déclaré ce qui suit et que nous reprenons intégralement : « Il faut défendre la ville de Kara au péril de votre vie ; vous serez récompensés. L’affaire entre Kpatcha et moi est une affaire entre nous deux. Cela ne regarde pas les populations de Kara ». Aux jeunes militaires, gendarmes et policiers constitués en milice, Faure Gnassingbé a promis des galons, s’ils font bien. Ce sont ses termes. Massina Yotroféi est le porte-parole de Faure auprès des miliciens.

Un détail non moins important que les précédents. Lorsque le porte-parole était devant la milice de Faure jeudi dernier, il lui arrivait de ne pas transmettre certaines préoccupations de son maître assez fidèlement. Ainsi, il est arrivé plusieurs fois que l’apprenti dictateur tape du pied contre le sol pour faire signe à son porte-parole qui s’avance vers lui, lui colle l’oreille à la bouche, puis retrouvait le public de miliciens pour porter le rectificatif. Voilà comment celui qui a voulu tromper l’opinion publique et surtout la communauté internationale le 19 juillet 2012 en faisant placarder à la une de Togo-Presse du 20 juillet la feuille de route en 4 piliers et où figurait en bonne place le fameux appel à respecter les droits de l’Opposition, se met complètement à nu en l’espace de deux semaines seulement. Comme quoi, tout joue sérieusement depuis plusieurs mois contre Faure Gnassingbé et son pouvoir.

Il convient de signaler que dans plusieurs villages de Pya, des gens s’étaient mobilisés et ont fait le trajet de Kara à pied pour ce meeting avec l’intention de rencontrer les avocats de Kpatcha pour savoir quand il va être libéré. Il importe que nous signalions également que le gigantisme de la manif annoncée depuis quelques jours et les remue-ménages dans la ville ne peuvent que donner de l’insomnie à Faure Gnassingbé et à son gotha accroché au pouvoir politique pour le seul plaisir d’en abuser en abandonnant le pays et le peuple dans la misère. Cent cinquante-deux (152) millions de francs ainsi jetés par la fenêtre alors que les médecins ont des revendications non encore satisfaites depuis deux ans et pour lesquelles ils viennent de lancer un préavis de grève !

Etaient de la délégation du CST, MM Zeus Ajavon, Agbéyomé Kodjo, le Prof Komi Wolou, Kpandé-Adzaré, Biyaou, Claude Améganvi, Gérard Adjah, Bodé, Gabriel Johnson, Atcholi Kao, Francis Pédro, Biyaou et quelques membres de la LTDH et Amnesty International. Pour le CST, ce n’est que partie remise. Le retour à Kara va être reprogrammé.

Alain SIMOUBA

liberte-togo

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