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Les étudiants de l’université de Kara manifestent violemment, le préfet sequestré

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Depuis mardi, les étudiants de l’université de Kara étaient dans les rues pour dénoncer les termes de l’accord intervenu en juillet dernier entre le Mouvement pour l’épanouissement de l’étudiant togolais (MEET) et le gouvernement . Mais hier, la tension est montée d’un cran et les étudiants ont violemment manifesté en séquestrant le nouvel ancien préfet Kadja Abalodjam en guise de protestation contre l’arrestation d’un des leurs.

En réalité, l’une des clauses de l’accord conclu par le MEET et le gouvernement togolais, supprime le système actuel des tranches d’aides – 80 000 FCFA par an payées en quatre tranches – au profit des bourses qui ne seront accordées qu’aux étudiants méritants. Mais avec le système LMD et ses nombreuses difficultés, les étudiants méritants ne se compteront qu’au bout des doigts. Même l’annonce d’allocations pour les étudiants nécessiteux faite par l’autre catastrophe UFC au gouvernement, le ministre de l’Enseignement supérieur François Galley, ne rassure personne.

C’est pour s’insurger contre cet accord que plusieurs milliers d’étudiants ont battu le macadam dans la journée de mardi. Ils se sont d’abord rendus chez le préfet Kadja Abalodjam pour lui présenter leur plate-forme de revendications. Non seulement ils dénoncent les clauses de l’accord de juillet 2011 auquel ils ne sont pas parties prenantes, mais aussi ils exigent que la tranche d’aides passe de 20 000 à 30 000 FCFA. Ensuite, les manifestants sont allés porter le même message au président de l’Université, le Prof. Tchagbélé Palanwo, dont la gestion est souvent mise en cause par les étudiants. Les mêmes mouvements d’humeur se sont poursuivis mercredi et toute la ville a été bloquée par les étudiants.

Mais hier, la tension est montée après la répression qui s’est abattue sur les manifestants. Les incessants tirs de grenades lacrymogènes directement sur les manifestants, sont la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « Ce sont les gaz lacrymogènes tirés par les forces de sécurité qui ont envenimé la situation. Nous ne nous sommes pas laissé faire et nous avons protesté par des jets de pierre et des barricades. Nous sommes même allés sortir des élèves et lycéens des classes. Si c’est avec les gaz qu’ils croient pouvoir régler nos problèmes, ils se sont trompés. Nos revendications sont légitimes et à voir le train de vie de ceux qui sont aux affaires, l’Etat a les moyens pour améliorer nos conditions de vie et d’études », raconte un étudiant joint par notre Rédaction.

Autre fait notable au cours de cette manifestation, c’est la séquestration du préfet Kadja Abalodjam remplacé mercredi par l’aide de camp de Faure Gnassingbé, le tout-puissant colonel Badibawou Hemou Bakali. Selon les informations, le nouvel ancien préfet Kadja Abalodjam s’est rendu hier matin au campus universitaire afin de calmer la situation. Mais mal lui en a pris. Il a été enlevé et séquestré avec certains de ses collaborateurs par des manifestants qui réclament en retour la libération de deux des meneurs appréhendés dans la matinée d’hier. Certaines sources affirment que le préfet aurait été ligoté et mis à genou. Un bras de fer qui s’est révélé payant puisque les deux étudiants interpellés, ont été relâchés.

A en croire une source indépendante jointe dans la ville, les manifestants s’en sont pris à quelques biens publics et privés (saccage du siège du RPT, d’une maison du ministre Bodjona et d’autres édifices …). Certains se seraient emparés d’un véhicule des forces de sécurité pour conduire un blessé à l’hôpital, comme le démontre l’image qui fait déjà le tour du monde. « A voir les choses, ce fut un mécontentement généralisé. Je crois que c’est la conséquence de plusieurs années d’étouffement. Compte tenu de la misère ambiante qui règne dans la région, c’est toute la population de Kara qui s’est révoltée. J’ai entendu certains manifestants scander le nom de Kpatcha Gnassingbé. D’autres proclamaient qu’ils sont fatigués de se faire diriger par la même famille », affirme-t-elle.

« Le gouvernement a décidé de fermer provisoirement l’université de Kara (Nord du Togo) après les troubles survenus dans la nuit de mercredi à jeudi. Des étudiants mécontents des nouvelles dispositions concernant l’octroi des bourses et de l’interpellation de leur meneur surnommé « Guillaume Soro » s’en sont pris à des commerces, à des habitations et à des véhicules dont certains ont été brûlés », a rapporté dans la journée d’hier « republicoftogo » qui avait pourtant écrit sur sa page qu’il n’y avait qu’une poignée d’étudiants qui manifestaient dans les rues de Kara. Mais en fin de soirée le site de la désinformation se rattrape en gribouillant : « Certains professeurs avaient annoncé, plus tôt dans la journée, une fermeture provisoire de l’université de Kara, mais il n’en est rien ». En revanche, le gouvernement a rendu public un communiqué dans lequel il annonce la fermeture des deux Universités.

Par ailleurs, les mêmes manifestations se sont poursuivies à l’université de Lomé. Les étudiants de la capitale qui réclament aussi de meilleures conditions de vie et d’études, ont été poursuivis dans les rues.

En rappel, plusieurs blessés ont été enregistrés au cours de ces deux manifestations. A Lomé par exemple, deux étudiants ont perdu leurs doigts sous l’effet des grenades lacrymogènes. « Ils ont lancé des grenades et tout à coup, les trois doigts d’un étudiant se sont détachés de la main. L’image était insoutenable », confie un témoin.

Dans cette crise estudiantine, le gouvernement a déjà fait sauter un fusible en la personne du préfet Kadja Abalodjam. Le président de l’Université de Kara pourrait bientôt le suivre. Mais quid du ministre UFC François Galley qui a mis le feu aux poudres en déclarant que tout allait bien à l’Université de Kara et que c’était à Lomé que les étudiants gesticulaient? Faure Gnassingbé pourrait-il remercier « la catastrophe » sans mettre à mal l’accord avec Gilchrist Olympio ?

En tout cas, le « brillant ministre UFC » (sic) continue de taper sur les nerfs des étudiants avec ses déclarations tapageuses. « Il n’y a nulle part au monde où les bourses et aides sont accordées à la totalité des étudiants; tout se fait en fonction des capacités budgétaires de l’Etat », se défend-il sur le site Internet de Debbasch et Bruno Finel.

R. Kédjagni

source : liberté hebdo togo

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