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Les biens mal acquis au centre de la guerre à mort au sein de la famille Gnassingbé

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Comment Faure fait des affaires personnelles avec les richesses du Togo

Jeudi 22 novembre, ambiance de fête dans l’enceinte de l’ex-camp RIT à Lomé, et pour cause. L’ex première dame, Hubertine Badagnaki Gnassingbé fête son anniversaire. Le camp RIT, c’est là où la veuve de celui qui a régné d’une main de fer sur le pays durant 38 ans vit, sur le dos du contribuable togolais, avec des dotations spéciales de l’Etat et surtout des FAT. Et pourtant, la caserne en question n’est pas une demeure de la famille Gnassingbé, même si feu Eyadéma y a résidé pendant des décennies.

Au sein de l’opinion, on ne comprend pas pourquoi cette dame et ses enfants doivent continuer par vivre sur le dos de l’Etat. Mais, plusieurs personnes au sein du sérail croient savoir que le camp RIT, c’est un endroit où se passent des choses aussi bizarres qu’obscures avec la domiciliation des sociétés écrans appartenant aux enfants de l’ex-première dame.

Pendant que Hubertine Badagnaki Gnassingbé célébrait en pompe son anniversaire avec des invités de marque et les meilleurs champagnes du monde, une fille de feu Eyadéma, Tina Gnassingbé, sœur utérine d’Ernest Gnassingbé et demi-sœur de Faure, était en direct depuis Paris sur une radio privée de Lomé pour révéler à l’ensemble des Togolais son calvaire, à la suite de son expulsion et celle de ses enfants de la demeure paternelle par l’ambassadeur du Togo en France, Calixte Batossie, sur ordre personnel de Faure Gnassingbé. En ce temps d’hiver, une fille d’Eyadéma se retrouve donc dans la rue à Paris avec les enfants sous les bras, par la volonté du Prince qui est décidé à faire main basse sur l’héritage familial, fruit de plusieurs années de pillage du Togo par leur défunt père.

Après la neutralisation musclée de Kpatcha Gnassingbé, nous voici au cœur d’un épisode de la guerre fratricide qui oppose la ribambelle de rejetons d’Eyadéma. Une tragédie qui a désormais franchi les frontières du Togo pour se transporter dans la capitale française.

Yao Kanékatoua, l’homme par qui Faure fait main basse sur l’héritage familial

Courant 2008, Faure Gnassingbé venait de prendre en un Conseil des ministres fictif ,un décret nommant le très controversé Yao Kanékatoua Directeur Général de l’Office du Patrimoine immobilier du Togo à l’étranger. A l’époque, le Professeur Léopold Messan Gnininvi était encore ministre des Affaires étrangères, et les diplomates en poste à Lomé n’ont pas hésité à manifester à ce dernier leur désapprobation de cette nomination. Cette réaction était liée à la personnalité même de Yao Kanékatoua, un pilleur de la République dont la désignation à la tête de la BTCI (Banque togolaise pour le Commerce et l’industrie) par feu Eyadéma avait entraîné le retrait du partenaire français BNP PARIBAS. La suite à la BTCI a été une gestion désastreuse sur fond de pillage, de blanchiment d’argent, de népotisme jusqu’à ce que la banque ne sombre complètement. Aujourd’hui, sous la pression du FMI et de la BM, l’Etat togolais cherche un repreneur après avoir pris soin de nettoyer les créances douteuses et toxiques des livres de l’institution. En réalité, la nomination de Kanékatoua comme Directeur du Patrimoine du Togo à l’étranger ne visait qu’un seul objectif à lui assigné par Faure : convertir certains biens de l’Etat togolais et ceux de leur défunt père disséminés dans le monde entier au nom de Faure Gnassingbé. Un des membres de la fratrie en avait d’ailleurs fait la révélation en septembre 2011 lors du procès rocambolesque qui a abouti à la condamnation de Kpatcha Gnassingbé à 20 ans de prison.

Parlant de Kpatcha Gnassingbé, il était le seul au sein de la famille à défier son frère Faure aussi bien sur le plan de la gestion de l’héritage de la famille que de la gestion du pays. Mais les relations se sont dégradées entre les deux hommes jusqu’à l’éviction en 2007 du député de la Kozah du gouvernement, suivie deux ans plus tard, précisément le 12 avril 2009, de l’attaque de son domicile par un puissant commando dirigé par son beau-frère, le Colonel Félix Abalo Essodina Kadanga. Acculé, Kpatcha a été arrêté deux jours plus tard et gardé à l’ANR pendant plus d’un an avant d’être jugé et condamné à 20 ans de prison. On apprendra plus tard qu’outre la mésentente sur la gestion quotidienne du pays, l’héritage familial, notamment une colossale fortune d’Eyadéma mise dans une banque à Lausanne (plus de 4000 milliards de FCFA) est au centre de la guerre entre les deux hommes. En effet, moins d’une année avant son décès, Eyadéma, lors d’un voyage dans cette ville Suisse, avait fait modifier les signatures sur un compte bancaire au profit de Faure Gnassingbé et son frère Kpatcha. Aucun des deux ne pouvait opérer sur ce compte sans la signature de l’autre. Du coup, la gestion collégiale de cette fortune a cristallisé les tensions entre les deux hommes. De l’avis de nombreuses sources au sein du sérail, l’opération « base arrière 3 », le code secret de la mission du Colonel Kadanga était de liquider physiquement le frère cadet de Faure, pour permettre à ce dernier d’avoir à lui seul la signature sur le compte. Est-ce la raison pour laquelle un corbillard rôdait dans les environs lors de l’assaut ? Interrogé à la prison civile de Lomé sur l’existence de cette fortune par la Rédaction de L’Alternative, il y a de cela quelques mois, Kpatcha Gnassingbé a juste esquissé un sourire pour éluder la question.

Résidence Maunoury, l’autre pomme de discorde…

29 Avenue du Maréchal Maunoury Paris 16ème, c’est à cette adresse que se situe la résidence au centre du conflit qui défraye actuellement la chronique. Une résidence construite en 1930, d’une surface de logement habitable de 900 m2, d’une surface parcelle du jardin de 986 m2, d’une surface cave de 240 m2 et d’un parking de 82 m2. Pour avoir une idée du prix de cette résidence, il faut juste savoir que le m2 coûte à cet endroit 13 589 euros. C’est là qu’habitaient Tina Gnassingbé et ses enfants avant d’être expulsés par l’ambassadeur du Togo en France, le controversé Batossie Madjoulba Calixte, sur injonction de Kanékatoua agissant au nom de Faure Gnassingbé. Et depuis, cette dame vit dans le dénuement total avec ses enfants. Son cas a poussé une ONG française à saisir officiellement par lettre, depuis le mois de février 2012, Faure Gnassingbé qui n’a daigné réagir jusqu’à ce jour. « Monsieur le Président de la République, par la présente, nous avons l’honneur de vous alerter sur le cas désespéré de votre sœur Tina Gnassingbé qui loge avec ses enfants à la résidence du Togo, sise 29 avenue Maréchal Maunoury à Paris XVIème. Depuis longtemps, il n’y a plus ni de chauffage, ni eau et madame Tina Gnassingbé vit dans un dénuement total avec des dettes à la banque. Madame Tina Gnassingbé, à bout de nerfs, souffre de palpitations et de troubles divers ; nous craignons le pire si rien n’est fait dans l’urgence », déclare dans le courrier le responsable de l’ONG qui interpelle directement Faure Gnassingbé en ces termes : « C’est pourquoi nous, ONG de solidarité internationale et d’accompagnement humain qui suivons Madame Gnassingbé et ses enfants, avons décidé de saisir votre Excellence pour que quelque chose d’urgent soit fait ce 17 février 2012 au profit de votre sœur et ses enfants. » Et le responsable de conclure sur un ton assez alarmant et pathétique : « Dans cette attente urgente pour parer au pire : danger de mort et non assistance à personne en danger ; veuillez accepter, monsieur le Président de la République l’expression déférente de notre considération très distinguée et nos vœux de bonheur pour l’année 2012 ». Nonobstant ce courrier de détresse, Faure Gnassingbé dans sa logique de faire main basse sur les biens de la famille et d’être désormais le seul maître à bord, n’a pas eu pitié de sa sœur. Cette dernière a fini par être mise à la porte, avec sous les bras des enfants.

… et une propriété de l’Etat togolais

La résidence actuellement au centre du conflit entre les rejetons Gnassingbé est une propriété de l’Etat togolais et non de cette famille. Selon plusieurs personnalités ayant fait le régime ou actuellement au sein du système, c’est après son retour total aux affaires après avoir plombé la transition en début 1993 que, sur avis de ses conseillers, feu Eyadéma a converti cette résidence en son nom personnel. Aujourd’hui, elle tombe de fait dans l’escarcelle de la famille et se trouve au centre de toutes les convoitises des rejetons. Ce lieu, faut-il le rappeler, a longtemps été le cadre de toutes les activités obscures et autres trafics menés par Eyadéma lui-même, ses enfants ensuite. Un fils du dictateur avait d’ailleurs été appréhendé à l’époque après avoir volé des voitures qu’il a pris soin de stocker dans la résidence avant de les convoyer sur Lomé. Jacques Chirac avait usé de son influence pour étouffer ce dossier. Concernant Faure Gnassingbé lui-même, les bruits courent qu’il s’est fait acheter courant 2007 un appartement à plusieurs millions d’euros au cœur de Paris. Les sous ayant servi à cette acquisition proviendraient d’une société de sécurité sociale dont le DG admis à la retraite depuis plus de 15 ans, est toujours stratégiquement en poste pour éviter que le trou creusé ne soit découvert.

Comme on le voit, Faure Gnassingbé n’est pas un chef d’Etat, mais bien un homme qui fait les affaires avec les richesses du Togo. Pendant que les populations tirent le diable par la queue, le Prince lui, a des intérêts partout. Le Port autonome de Lomé, les télécommunications, les mines, les pierres ornementales, le pétrole, bref, tous les leviers économiques du pays sont entre ses mains et celles de ses nombreuses concubines. A l’extérieur, il fait le tour du monde, au nom du Togo, pour superviser ses investissements personnels. Singapour, Japon, Afrique du Sud, Namibie, Botswana, Dubaï, Italie, voilà autant de pays qu’il a récemment parcourus en un temps record, avec l’argent du pauvre contribuable togolais.

Pendant qu’il continue d’amasser les richesses pour la vingtaine de progénitures qu’il a, il dépouille ses frères et sœurs de même sang de l’héritage familial et prive les Togolais du minimum vital. Le drame de la famile Gnassingbé si elle en est une, c’est que la plupart des enfants de feu Eyadéma sont des désœuvrés qui n’ont jamais appris à travailler. Du coup, la ruée sur l’héritage familial devient une nécessité vitale, mais elle ne se fait pas sans embouteillage. N’est-il pas temps de mettre fin à ce qui ressemble à une privatisation de tout un pays par un homme ou une famille ? A quand la traque des biens mal acquis de feu Eyadéma et de Faure Gnassingbé en France ?

Ferdi-Nando

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